Les scientifiques spécialisés dans le domaine agricole ont appelé au maintien d’une vaste série de pesticides, déclarant que très peu d’entre eux entraîneraient le développement de parasites plus résistants. Cette déclaration fait suite à un vote au Parlement européen l’année dernière, visant à interdire l’ajout de substances chimiques dans les produits.
En octobre 2007, le Parlement européen a voté afin d’étendre la proposition de liste des substances dont l’utilisation devrait être interdite dans la production européenne de pesticides (EURACTIV 24/10/07).
Cette liste inclut des substances cancérigènes, perturbant le système endocrinien des êtres humains ou nuisibles pour la santé génésique. Elle a été étendue par le Parlement afin d’inclure les substances potentiellement toxiques pour le système immunitaire (immunotoxiques) ou le système nerveux (neurotoxiques).
Elle doit maintenant être approuvée par les ministres européens de l’Agriculture lors d’une réunion en mai.
Mais les experts agricoles, réunis le 22 avril 2008, ont adopté une « Déclaration de Ljubljana », faisant part de leurs craintes concernant les amendements. Ils affirment en effet que ceux-ci pourraient avoir un impact considérable sur le rendement des récoltes.
Les agriculteurs, ainsi que les associations de protection de semences et des récoltes, ont averti que les critères proposés par le Parlement interdiraient, sans justification aucune, l’utilisation de plusieurs substances actives en se basant sur des évaluation des dangers des ingrédients plutôt que sur l’analyse de risques.
Luc Peeters de Copa-Cogeca, le lobby européen agricole, estime que s’ils sont adoptés, les amendements du Parlement contribueraient à faire perdre jusqu’à 80% des produits de protection des récoltes, entraînant une dépendance grandissante aux importations de denrées alimentaires.
En outre, certains scientifiques craignent que réduire la diversité des pesticides disponibles ne rende les parasites plus résistants, entraînant une baisse du rendement et une hausse des prix alimentaires.
D’après le Dr. Ian Denholm, un scientifique britannique, pour sauvegarder la production de denrées alimentaires à des prix abordables, il est essentiel d’accorder aux agriculteurs un accès suffisamment varié aux solutions de protection des récoltes. Il est essentiel d’empêcher ou de retarder le développement de parasites résistants et de maintenir le niveau d’efficacité des produits visant à protéger les récoltes, a-t-il ajouté.
Selon les scientifiques, l’approche du Parlement n’aurait pas pour seul effet de nuire à la compétitivité des récoltes européennes, mais aussi de menacer l’agriculture durable en Europe.
Mais Elliott Cannell, le coordinateur Europe du Pesticides Action Network, un groupe écologiste, a déclaré que ces dires sont basés sur de mauvaises recherches scientifiques et une mauvaise information. Réagissant à une étude similaire publiée plus tôt cette année, il a jugé ces allégations de signes d’alarmisme professionnel (EURACTIV 05/02/08).

