Les eurodéputés donnent une grande impulsion au secteur des renouvelables [FR]

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La commission Industrie du Parlement a apporté un soutien presque unanime à une législation européenne qui ouvre la voie à des investissements massifs dans le domaine des renouvelables. Selon l’eurodéputé vert Claude Turmes, qui est chargé du dossier au Parlement, les pays de l’UE sont prêts à appuyer les principaux éléments du vote.

Hier 11 septembre à Bruxelles, suite au vote de la commission, dans un élan d’enthousiasme Claude Turmes, a indiqué que c’était un grand jour pour les énergies renouvelables en Europe.

M. Turmes, eurodéputé vert luxembourgeois, est l’auteur d’un rapport parlementaire sur une proposition visant à atteindre une part de 20 % de renouvelables dans la consommation finale énergétique d’ici 2020. Il prévoit que l’éolien dépassera à lui seul les constructeurs automobiles européens pour devenir le plus gros client de la sidérurgie d’ici 2013. 

Après des semaines de négociations difficiles entre les groupes politiques du Parlement, le nombre d’amendements au rapport Turmes, plus de 1 800, a été ramené à 35. 50 eurodéputés de la commission Industrie ont voté en faveur du rapport final, seuls deux eurodéputés de cette commission ont voté contre. 

Le bâton et la carotte

Le rapport adopté ne modifie pas les objectifs individuels imposés par la Commission aux Etats membres dans sa proposition initiale (voir le 


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 EURACTIV

). 

Mais M. Turmes a gagné le soutien d’autres eurodéputés en insistant pour que l’UE fixe des objectifs intérimaires pour les Etats membres. La menace des sanctions financières, pouvant atteindre 110 euros par mégawatt (MW) pour les retardataires, vient renforcer ce dispositif. Par contre, les Etats membres qui dépassent leurs objectifs devraient percevoir une prime financière de 30 à 40 euros par MW, a-t-il indiqué.

Dans les semaines à venir, M. Turmes tentera de convaincre le Conseil de la nécessité d’un tel régime de sanctions. Alors que le rapporteur estime qu’il a d’ores et déjà reçu des remarques très positives de gouvernements européens sélectifs, reste encore à savoir si le régime sera bien accueilli par une majorité d’Etats membres.

La répartition des objectifs

D’après M. Turmes, convaincre les gouvernements européens de la nécessité de sanctions pour le développement des renouvelables pourrait s’avérer une tâche ardue. Mais le rapporteur ne s’attend pas à des problèmes particuliers pour leur faire signer les mécanismes de flexibilité présentés dans le rapport, puisqu’il s’agit en grande partie d’un « copier-coller » d’une proposition commune précédente proposée par le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Pologne (EURACTIV 10/06/08).

Selon les plans, les Etats membres pourraient se lancer dans des projets communs sur les renouvelables et enregistrer des augmentations de mw comme des progrès vers leurs objectifs individuels. Cela signifie que l’augmentation du pourcentage d’énergie renouvelable de chaque projet serait redistribuée entre les Etats membres, en fonction du niveau de participation de chaque pays.

Parmi les exemples, on peut citer un projet éolien maritime au large des Pays-Bas, soutenu par la Belgique et le Luxembourg, qui pourraient investir en faveur de leurs objectifs individuels. Un projet commun entre le Portugal, l’Italie et l’Espagne basé sur les importations d’énergie solaire ou éolienne d’Afrique du Nord pourrait également être envisagé, a déclaré M. Turmes.

Réseaux et bâtiments 

Le rapport Turmes est formulé de façon spécifique afin d’accorder un accès prioritaire sur les infrastructures électrique et gazière existantes aux énergies renouvelables. Les Etats membres devraient également imposer des nouvelles règles encourageant, ou obligeant, l’utilisation des technologies renouvelables dans la construction de nouveaux bâtiments et dans les bâtiments existants. 

De plus, le Comité des représentants permanents du Conseil (Coreper) va maintenant aborder ces deux questions d’un point de vue technique. La question de l’accès prioritaire au réseau pourrait présenter quelques difficultés pour certains Etats membres.

« Je ne suis pas très optimiste » sur le fait que tous les pays européen appuieront l’initiative en faveur de l’accès prioritaire au réseau, a déclaré Oliver Schäfer, directeur politique du Conseil européen pour les énergies renouvelables (EREC), à EURACTIV.

La Commission a salué le travail complet de M. Turmes et de la commission ITRE sur les dossiers des renouvelables. C’est ce qu’a déclaré Hans Van Steen aux eurodéputés le 10 septembre, à la veille du vote. 

Mais M. Steen, qui dirige l’unité pour la politique réglementaire sur les renouvelables dans la direction générale Energie de la Commission (DG TREN), s’est dit inquiet qu’un système mixte d’exécution des objectifs pour les Etats membres n’affaiblisse les mesures incitatives accordées à chaque pays pour poursuivre ses objectifs individuels. 

La plupart des groupes politiques du Parlement ont réagi positivement, reflétant le large soutien politique au rapport terminé avant le vote. 

L’eurodéputée libérale britannique Fiona Hall a salué le compromis exploitable obtenu tout en soulignant le rôle décisif que son parti a joué pour réaliser le vote. L’eurodéputé démocrate allemand Werner Langen a félicité M. Turmes du travail effectué pour élaborer des amendements de compromis. Mais M. Langen a critiqué le régime de sanctions proposé, estimant qu’il s’agit là d’un mauvais instrument. 

Le Conseil européen pour les énergies renouvelables (EREC) soutient largement le rapport Turmes, en particulier l’appel à rendre l’énergie renouvelable obligatoire dans le bâtiment. Dans un communiqué, Oliver Schäfer de l’EREC a déclaré que le rapport était le bienvenu et qu’il constituait le chemin logique pour réellement  intégrer les renouvelables dans nos vies quotidiennes.

Cependant, RICS, la Royal Institution of Chartered Surveyors, craint que les mesures destinées à rendre les renouvelables obligatoires dans les bâtiments « pourraient ne pas être réalisables dans certains endroits. Par exemple, un immeuble peut être situé sur une zone trop ombragée sans aucune forêt à proximité, en d’autres termes, imposer l’utilisation des technologies photovoltaïques ou de granulés de bois pourrait difficilement être justifié », a déclaré Ursula Hartenberger, responsable des Affaires publiques de RICS, à EURACTIV.

RICS appelle à « une certaine flexibilité dans les codes du bâtiment, tout en tenant compte de la situation climatique et géographique » a-t-elle affirmé.

L’Association européenne de l’énergie éolienne (EWEA) a applaudi le fait que le rapport insiste sur l’accès prioritaire et la proposition de mécanismes de flexibilité. Dans un communiqué, Christian Kjaer, le directeur exécutif de l’EWEA, a affirmé qu’il est impératif que les Etats membres acceptent les propositions du Parlement européen s’ils veulent sérieusement aboutir à un bon accord à temps pour les négociations internationales sur le climat.

Greenpeace a salué le vote. Selon l’organisation, c’est un signe que l’UE se rapproche de la révolution énergétique dans la lutte contre le changement climatique, comme l’a déclaré le directeur de campagne sur les renouvelables de l’organisation, Frauke Thies, dans un communiqué.

Le 23 janvier, la Commission a présenté des propositions visant à augmenter la part d’utilisation d’énergie renouvelable à 20 % d’ici 2020. D’après les plans, les Etats membres doivent atteindre des objectifs individuels, des objectifs intermédiaires leur permettant d’orienter les mesures à prendre. 

Dans sa proposition initiale, la Commission a souhaité encourager la création d’un système européen d’échange de certificats de garantie d’origine virtuels pour l’énergie renouvelable. Mais ces plans ont été abandonnés par la pression de l’industrie et des Etats membres clé, qui craignaient qu’un système comme celui-ci ne nuise à leurs systèmes nationaux de soutien aux énergies renouvelables.

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