Les pays de l’Est s’éloignent des objectifs climatiques de 2030, selon un rapport

Le risque est que l’ensemble du processus des PNIEC finisse par n’être qu’un simple « exercice de cochage de cases » pour les pays de l’Est, prévient CEE Bankwatch. [Bilanol / Shutterstock]

Les États membres de l’UE d’Europe centrale et orientale affichent de faibles ambitions dans leurs plans nationaux intégrés en matière d’énergie et de climat (PNIEC), jetant le doute sur la capacité de la région à atteindre les objectifs climatiques de l’UE, avertissent des militants.

Les PNIEC constituent un élément essentiel de l’architecture européenne de l’action face au changement climatique, car ils précisent la manière dont chaque pays envisage d’atteindre les objectifs collectifs convenus à l’échelle de l’UE.

Seuls trois États membres de l’UE — l’Espagne, la Croatie et la Slovénie — ont respecté le délai annuel du 30 juin fixé par l’UE pour soumettre les plans nationaux en matière d’énergie et de climat mis à jour, affirment les militants.

La France, entre autres, ne devrait pas rendre son plan avant l’automne, a précisé Phuc-Vinh Nguyen, chercheur en politique énergétique auprès du think tank européiste Institut Jacques Delors, lors d’une conférence de presse le 30 juin.

Toutefois, il est déjà clair que les États membres d’Europe centrale et orientale ne répondent pas aux attentes de l’UE, selon un nouveau rapport du CEE Bankwatch Network, un groupe de coordination écologique.

Les rapports d’avancement relatifs aux PNIEC « n’ont pas toujours été pris au sérieux dans certains pays, tels que la Slovaquie, où des données sont manquantes », est-il indiqué dans le rapport. En outre, depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, de nombreux pays sont retombés dans leurs vieilles habitudes en soutenant la consommation de gaz et de charbon plutôt que les énergies renouvelables.

« Cette tendance se manifeste particulièrement dans les pays d’Europe centrale et orientale, où des mesures ont été prises pour ralentir la transition vers l’abandon des combustibles fossiles, revenir sur des engagements antérieurs ou même recarboner de facto l’économie », indique le rapport.

Le rapport du CEE Bankwatch Network fait écho aux avertissements de la Cour des comptes européenne. En début de semaine, la Cour avait publié un rapport indiquant que les États membres de l’UE n’avaient présenté que de vagues plans de décarbonation de leur économie et risquaient de ne pas atteindre leurs objectifs collectifs en matière de climat.

Le risque est que l’ensemble du processus des PNIEC finisse par n’être qu’un simple « exercice de cochage de cases » pour les pays de l’Est, prévient le CEE Bankwatch.

Ce constat ne surprend pas Klaus-Dieter Borchardt et Christopher Jones, deux anciens hauts responsables de la direction générale de l’énergie (DG Énergie) de la Commission européenne, qui travaillent aujourd’hui pour le cabinet de conseil Baker McKenzie à Bruxelles.

« Nous savions tous que la réalisation des objectifs [climatiques à l’horizon] 2030 du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) serait un défi », ont indiqué M. Jones et M. Borchardt dans des commentaires envoyés par courriel à EURACTIV.

« Cependant, un nombre croissant d’indications inquiétantes montrent que nous sommes loin d’être sur la bonne voie pour les atteindre », ont-ils ajouté. « Non seulement le document du CEE Bankwatch [Network], mais aussi le rapport de la Cour des comptes de lundi, font douter que nous soyons sur la bonne voie, même avec des plans nationaux révisés en matière d’énergie et de climat », ont déclaré les deux anciens responsables.

Les autorités hongroises, par exemple, ont réagi à la crise énergétique de 2022 en augmentant la production nationale de combustibles fossiles et en retardant l’abandon progressif du charbon destiné à la production d’électricité, peut-on lire dans le rapport du CEE Bankwatch Network. En Bulgarie, les engagements précédents visant à décarboner le secteur de l’électricité pourraient également être annulés, est-il précisé.

Cour des comptes européenne : l’Europe risque de manquer l’objectif climatique de 2030

Les États membres risquent de ne pas atteindre l’objectif de réduction des émissions de 55 % par rapport au niveau de 1990 d’ici 2030, a déclaré la Cour des comptes européenne.

Le déploiement des énergies renouvelables insuffisant

Pour Pawel Czyzak, analyste principal en matière d’énergie et de climat au sein du groupe de réflexion Ember, il s’agit là d’une occasion manquée, car les plans nationaux en matière d’énergie et de climat offrent « une opportunité parfaite » pour le déploiement de l’énergie propre dans la région.

« Dans la plupart des pays d’Europe centrale et orientale, aucune annonce significative n’a encore été formulée en ce qui concerne la mise à jour des objectifs climatiques », a expliqué M. Czyzak à EURACTIV.

Les énergies renouvelables sont négligées, même s’il existe un potentiel important pour l’énergie solaire et éolienne dans la région.

« Les pays d’Europe centrale ne peuvent atteindre leur part requise du nouvel objectif de l’UE en matière d’énergies renouvelables qu’en déployant davantage l’énergie éolienne », a déclaré l’association industrielle WindEurope dans une déclaration commune rédigée avec des groupes de réflexion et d’autres groupes commerciaux.

Le manque de transparence et d’engagement de la société civile dans le processus d’élaboration de la mise à jour des PNIEC figure également parmi les conclusions inquiétantes du rapport du CEE Bankwatch Network. La plupart des négociations se déroulant à huis clos, il y a peu de possibilités de consultations publiques, est-il souligné dans le rapport.

« Le CEE Bankwatch souligne à juste titre que la participation publique constitue un élément clé de ce processus. L’inclusion des acteurs concernés dans la mise à jour des PNIEC renforcera l’adhésion aux mesures », a déclaré Rebekka Popp, conseillère politique pour E3G, un groupe de réflexion.

Une transition écologique pourrait apporter des avantages significatifs à la région, a indiqué Christophe Jost, l’auteur du rapport, à EURACTIV. Elle permettrait de sécuriser les approvisionnements énergétiques, de limiter la volatilité des prix, de faciliter l’accès aux fonds de l’UE et de renforcer les chaînes de valeur, mais à la stricte condition que la transition se fasse correctement, a-t-il précisé.

« Cette voie n’est pas encore assez recherchée par les États membres, car ils ne profitent actuellement pas pleinement des bénéfices des fonds de l’UE pour accomplir la transition écologique », a-t-il poursuivi.

L’UE doit accélérer le rythme pour atteindre les objectifs climatiques, selon un rapport

L’UE doit accélérer la mise en œuvre du Pacte vert pour l’Europe si elle veut atteindre la neutralité climatique d’ici 2050, selon un nouveau rapport de l’Observatoire européen de la neutralité climatique, publié lundi (26 juin).

[Édité par Paul Messad]

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