Selon un rapport réalisé pour la Table ronde des industriels européens (ERT), un groupe d’intérêt, l’Union européenne sera confrontée à un déficit d’investissement dans les réseaux électriques de 800 milliards d’euros d’ici 2030. Le groupe appelle à une nouvelle réorganisation en profondeur du marché de l’électricité pour résoudre ce problème.
Les promoteurs d’énergies renouvelables se plaignent depuis longtemps de ne pas pouvoir raccorder leurs panneaux solaires et leurs éoliennes aux réseaux électriques européens, tandis que de nombreux citoyens peinent à supporter le coût des réseaux existants. En Allemagne par exemple, les frais de réseau représentent plus de 20 % des factures d’électricité des consommateurs.
Et ces frais sont appelés à augmenter en raison des investissements supplémentaires qui doivent être réalisés dans les réseaux. La Commission européenne estime en effet que 584 milliards d’euros d’investissements supplémentaires dans les infrastructures seront nécessaires d’ici 2030.
Un rapport commandé par le groupe d’industriels ERT au cabinet de conseil Boston Consulting Group (BCG) prévoit un déficit d’investissement dans le réseau électrique de l’UE de 800 milliards d’euros d’ici 2030 et de 2 500 milliards d’euros d’ici 2050.
Ces dernières années, les investissements annuels dans l’infrastructure des réseaux se sont situés entre 22 et 32 milliards d’euros, une tendance qui entraînera une insuffisance de 60 % des réseaux par rapport aux besoins d’ici 2050, prévient le rapport.
Il est pourtant nécessaire de renforcer les réseaux électriques européens si le continent veut poursuivre sa décarbonation, puisqu’il faut augmenter la capacité du réseau pour répondre aux besoins des véhicules électriques, des processus industriels, du chauffage et de la climatisation, qui seront de plus en plus électrifiés.
Le rapport indique que « les dépenses d’investissement dans les réseaux doivent plus que doubler sur une base annuelle par rapport aux tendances historiques si l’UE veut atteindre ses objectifs en matière de climat ». Cela représente des montants de 70 à 84 milliards d’euros par an.
Selon la modélisation du BCG, 60 % de cette somme sera consacrée aux réseaux de distribution, 25 % aux réseaux de transport et le reste aux connexions transfrontalières et au stockage.
Quelles solutions ?
L’ERT propose des solutions dans trois catégories : l’accélération de l’octroi des permis, la révision de la structure du marché de l’énergie et le renforcement du marché unique européen — des principes fondamentaux pour le groupe d’industriels.
En ce qui concerne l’octroi de permis, les acteurs locaux tels que les municipalités devraient être retirés de l’équation.
« Les autorisations n’iront jamais vite si les décisions sont prises au niveau local », explique Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, cité dans le rapport.
Le groupe mentionne également le nouveau concept à la mode à Bruxelles en ce qui concerne les réseaux : les « investissements anticipés ». Selon les industriels, « la connaissance des futurs centres de production et de demande » signifie que des lignes électriques peuvent déjà être construites, même si elles ne sont pas immédiatement nécessaires.
En ce qui concerne l’électricité, l’ERT souligne que la transformation de la production — passer de combustibles fossiles à coût de production élevée à des énergies renouvelables à coût fixe — nécessite une révision en profondeur de la structure du marché de l’électricité.
Une telle réforme a été proposée pour la dernière fois en 2022, lorsque la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a lancé une réforme qui prévoyait des ajustements mineurs de son fonctionnement et une orientation à plus long terme.
Toutefois, les industriels estiment que l’UE doit aller plus loin. « La structure actuelle du marché conduit à de faibles taux de capture [revenus] pour la production d’énergie renouvelable, ce qui décourage les nouvelles constructions », souligne le rapport.
Rendre les investissements dans les renouvelables plus attrayants
Les gouvernements sont appelés à soutenir les programmes d’achat d’électricité afin de permettre à davantage d’entreprises de taille moyenne, moins habituées à acheter de l’électricité, d’entrer sur le marché énergétique à long terme.
Le groupe d’intérêt estime toutefois que le mécanisme privilégié par l’UE, les « contrats d’écart compensatoire » (Contracts for Difference, CfD), devrait être freiné. Ces contrats, qui prévoient toujours le même montant quel que soit le prix réel de l’électricité, augmentent la volatilité du marché, affirment-ils.
Il en résulterait « des périodes prolongées de prix nuls ou inférieurs à zéro », ce qui signifierait que les gouvernements « qui soutiennent les contrats devraient payer le prix d’exercice total ou plus ».
Les gouvernements devraient créer une police d’assurance soutenue par l’État afin de réduire les risques liés aux investissements, ce qui aiderait les fournisseurs d’électricité à rester en activité lorsque les marchés de l’énergie sont extrêmement volatils, comme ce fut le cas en 2022.
En plus de demander aux gouvernements de supporter les risques liés au marché de l’électricité, l’ERT s’associe aux appels en faveur d’une plus grande interconnexion du réseau européen.
« Connecter les systèmes électriques européens permettra à l’UE de renforcer sa sécurité d’approvisionnement en électricité et d’intégrer davantage d’énergies renouvelables sur les marchés de l’énergie », peut-on lire dans le rapport.
Les questions de compétitivité industrielle étant au cœur de l’agenda de Bruxelles suite à la Déclaration d’Anvers signée par une septentaine d’industriels en février, ces propositions devraient être considérées avec intérêt au sein du Berlaymont.
[Édité par Anne-Sophie Gayet et Paul Messad]




