Les fabricants européens de panneaux solaires ont annoncé être « sur le point de fermer des lignes de production », à moins que l’UE ne prenne des mesures d’urgence pour sauver le secteur, comme le rachat de leurs stocks, qui n’ont pas désempli ces dernières années en raison de l’afflux de modèles moins chers en provenance de Chine sur le continent.
En février de l’année dernière, l’UE a présenté son « Plan industriel du Pacte vert » (« Green Deal Industrial Plan »), visant notamment à stimuler la production de technologies clés telles que les panneaux solaires, les éoliennes et les pompes à chaleur dans l’UE afin de réduire la dépendance à l’égard de la Chine, qui détient actuellement près de 80 % de la production mondiale d’énergie solaire.
D’ici à 2030, la Commission européenne souhaite que 40 % des panneaux solaires européens soit produits en Europe, tout comme d’autres technologies clés.
L’objectif est fixé dans le projet de règlement pour une industrie « zéro net » (Net Zero Industry Act, NZIA) de l’UE, qui fera l’objet de nouvelles négociations entre le Parlement européen et les États membres mardi (6 février).
Mais il se pourrait que ces efforts arrivent trop tard, ont averti les représentants du secteur de l’énergie solaire.
« Nous sommes actuellement dans une situation sans précédent », a expliqué à Euractiv Žygimantas Vaičiūnas, directeur politique du Conseil européen de l’industrie solaire (ESMC).
« C’est une situation critique pour les producteurs [de modules photovoltaïques] », a-t-il déclaré, dans la mesure où les fabricants européens sont sur le point de fermer leurs lignes de production en Europe. C’est notamment le cas de MeyerBurger, un producteur suisse de modules photovoltaïques, qui a déjà menacé de fermer ses usines en Allemagne et de délocaliser sa production aux États-Unis si aucune action politique n’est entreprise.
« L’UE entre à présent dans une phase charnière où, au cours des 4 à 8 prochaines semaines, les principaux producteurs de modules [photovoltaïques] de l’UE et leurs fournisseurs européens sont prêts à fermer leurs lignes de production à moins que des mesures d’urgence substantielles ne soient rapidement mises en œuvre », a écrit l’ESMC dans une lettre envoyée la semaine dernière à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qu’Euractiv a pu consulter.
Ce lundi (5 février) dans l’après-midi, la Commission devrait faire une déclaration sur l’état de l’industrie solaire de l’UE face à la concurrence déloyale lors de la session plénière du Parlement européen.
Impossible de se passer des modules chinois ?
Les producteurs européens ne sont actuellement en mesure de produire que 6 gigawatts (GW) de modules photovoltaïques par an, alors que l’UE a installé environ 56 GW de nouvelles capacités solaires rien qu’en 2023. Cette expansion devrait augmenter à mesure que les pays de l’UE décarboneront leurs systèmes énergétiques.
Face à ce constat, des pays comme l’Allemagne ont averti que sans les modules chinois, les objectifs d’expansion de la capacité solaire — et donc les objectifs climatiques de l’UE — ne pourraient pas être atteints, puisque les producteurs européens ne peuvent pas suivre la cadence.
Malgré la demande en panneaux, au cours des deux dernières années, les modules solaires invendus fabriqués en Europe mais également importés se sont accumulés dans l’UE, ce qui a entraîné une chute importante des prix, déplorent les représentants du secteur.
Cette situation est due à une surproduction en Chine, a expliqué Žygimantas Vaičiūnas, ce qui a contraint les fabricants à « baisser les prix et à exporter le plus possible ».
« Il existe actuellement un surplus de modules photovoltaïques importés en stock dans les ports et les entrepôts de l’UE, estimé dans une fourchette de 70 à 85 gigawatts (ce qui équivaut à au moins 140 à 170 millions de modules photovoltaïques) », a écrit son association dans la lettre adressée à Mme von der Leyen.
« Les entreprises chinoises vendent des modules photovoltaïques à des prix inférieurs aux coûts de production », a noté M. Vaičiūnas. Par conséquent, les producteurs européens ne sont pas en mesure de vendre leurs propres modules.
Les producteurs européens demandent donc le rachat de leurs « stocks de modules photovoltaïques européens accumulés » par le biais d’un fonds spécial de l’UE.
Selon M. Vaičiūnas, cela représente l’achat d’environ 800 mégawatts (0,8 GW) de modules que les fabricants européens ne sont pas en mesure de vendre.
La Commission européenne pourrait mettre en place une « entité ad hoc » qui prendrait la forme d’un nouveau fonds d’une valeur de 200 à 250 millions d’euros, a expliqué Dries Acke de SolarPower Europe à Euractiv, de manière similaire à ce qu’elle avait mis en place pour l’achat de vaccins pendant la crise de la Covid.
« Nous parlons de [montants] importants, mais pas déraisonnés », a souligné M. Acke.
Le protectionnisme, une solution ?
Alors que Žygimantas Vaičiūnas enjoint l’UE à considérer des « mesures de défense commerciale », c’est-à-dire de nouveaux droits de douane contre les panneaux solaires en provenance de Chine en « dernier recours », Dries Acke met en garde contre cette idée.
Son association, SolarPower Europe, représente non seulement les installateurs et les fabricants européens, mais aussi les fabricants chinois, ce qui, selon M. Acke, correspond à la « réalité » du secteur solaire.
« Le protectionnisme ne permettra pas d’atteindre 1,5 ou même 2 degrés [de réchauffement climatique] », a-t-il souligné.
Dans le passé, l’Europe a déjà imposé des droits de douane sur les panneaux solaires chinois, mais « la production solaire en Europe a continué à disparaître », a-t-il rappelé.
Selon un rapport du Centre commun de recherche de la Commission européenne, la production en Chine est actuellement environ 35 % moins chère qu’en Europe.
Toutefois, les représentants du secteur s’attendent à ce que cet écart se réduise au cours des prochaines années. « Nous pensons que nous sommes maintenant au bas de l’échelle des prix », a déclaré M. Vaičiūnas, ajoutant qu’« il est clair qu’à l’avenir, les prix augmenteront », même pour les modules importés de Chine.
Les deux représentants de l’industrie placent leurs espoirs dans le règlement pour une industrie « zéro net », qui obligerait les pays de l’UE à réserver une certaine part de leurs subventions à l’expansion de l’énergie solaire aux modules fabriqués en dehors de la Chine, en Europe ou aux États-Unis, par exemple.
« Dans deux ou trois ans, la situation sera complètement différente, car nous avons toutes ces initiatives législatives en préparation », a déclaré M. Vaičiūnas en référence au NZIA ainsi qu’à d’autres législations de l’UE, qui pourraient impliquer une interdiction d’importer des produits issus du travail forcé.
Mais la question est de savoir comment les fabricants européens peuvent « survivre dans cette situation vraiment critique » dans l’intervalle, avant l’entrée en vigueur du règlement pour une industrie « zéro net », a-t-il déclaré.
« Si nous perdons ces capacités clés dans les prochains mois, et je parle [d’une capacité de production] de six GW en principe, il sera beaucoup plus difficile de les restaurer par la suite », a conclu M. Vaičiūnas.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]




