Le monde devrait garantir la diversité des chaînes d’approvisionnement et instaurer un cadre pour suivre les progrès en vue de tripler la capacité renouvelable mondiale d’ici 2030, a affirmé la commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, lors de la réunion de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) à Abou Dhabi, mercredi (17 avril).
L’IRENA réunit des nations du monde entier à Abou Dhabi pour un rassemblement annuel de deux jours consacré à la conclusion d’accords, aux échanges techniques et à la planification dans le domaine des énergies renouvelables.
Lors de l’événement, l’UE a communiqué deux messages essentiels par l’intermédiaire de Mme Simson aux délégués présents : l’engagement pris lors de la COP28 de tripler la capacité des énergies renouvelables pour atteindre 11 000 GW d’ici 2030 nécessite un cadre de gouvernance renforcé, mais aussi qu’il serait « très dangereux » de dépendre uniquement de la Chine comme fournisseur.
Selon l’IRENA, en 2023, les installations mondiales d’énergies renouvelables ont été nettement inférieures à l’objectif annuel de 1 043 GW, atteignant seulement 473 GW.
« Nous suggérons la mise en place d’un cadre de contrôle pour nous permettre de suivre les progrès », a annoncé la commissaire à Abou Dhabi. Cette proposition sera officiellement présentée lors de la COP29 à Bakou, en Azerbaïdjan. Elle a ajouté que ce cadre pourrait éventuellement être confié à l’IRENA et à l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
D’après les informations fournies par les Émirats arabes unis, hôtes de la COP28, 133 pays se sont désormais engagés à doubler les gains d’efficacité énergétique et à tripler les énergies renouvelables jusqu’en 2030. Toutefois, ni la Chine ni l’Inde n’ont encore signé cet engagement.
« Si nous déployons de nouvelles installations éoliennes, terrestres et maritimes, ainsi que des centaines de gigawatts d’énergie solaire, cela devrait également créer de nouveaux emplois dans le monde entier », a expliqué Mme Simson.
Actuellement, la plupart des emplois dans la chaîne d’approvisionnement en énergie solaire en amont sont situés en Chine — et le pays gagne des parts de marché dans le secteur éolien également.
« Nous ne devrions pas créer une dépendance très dangereuse vis-à-vis d’un seul fournisseur », a-t-elle souligné, La commissaire a ajouté que l’UE est « prête à s’engager avec ses partenaires internationaux pour que, dans le monde entier, il y ait des sites de production alternatifs qui nous permettent de mener à bien cette transition écologique ».
Ses collègues ont tenu à clarifier que leur position ne vise pas à encourager les pays du Sud à se détourner de la Chine, mais ont souligné qu’une stratégie de diversification des sources d’énergies renouvelables, c’est-à-dire de réduction des risques, serait bénéfique pour tous.
« Tout le monde devrait faire de son mieux pour garantir la décentralisation de l’offre », a affirmé le directeur général de l’IRENA, Francesco La Camera.
Cependant, le message n’a pas été très bien accueilli par les participants de la réunion.
Étant donné que plus de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas d’accès stable à l’énergie, « l’obtention de tout type d’énergie, peu importe sa forme ou son origine, est notre principale priorité », a rétorqué un responsable pour l’énergie de l’Union africaine.
La Chine « construit des routes et des barrages », alors que l’UE « présente des plans et des stratégies depuis 30 ans », a reproché un fonctionnaire, qui a préféré rester anonyme pour s’exprimer librement.
Les pays africains ont deux priorités : « Les transferts technologiques et l’argent liquide » doivent venir en premier, suivis par le passage d’une « approche d’extraction d’énergie » à la génération d’une « valeur locale », a ajouté le fonctionnaire.
[Édité par Anna Martino]


