Alors que les négociations de l’ONU sur le climat débutent à Bali, l’UE présente une liste de revendications ambitieuses inspirées par les résultats obtenus dans le cadre du protocole de Kyoto. Néanmoins, des doutes subsistent concernant le niveau d’engagement qui peut être attendu de la part des autres pays émettant beaucoup de CO2.
Le 27 novembre, la Commission a présenté ses attentes pour la feuille de route des négociations de Bali, ainsi que les résultats des progrès accomplis par l’UE concernant la réalisation des objectifs de Kyoto. Selon Stavros Dimas, commissaire européen à l’Environnement, ces progrès montrent que l’UE a rompu le lien entre croissance économique et émissions de CO2.
La déclaration de la Commission concernant les résultats de l’UE dans le cadre de Kyoto a été largement interprétée comme un moyen de stimuler la crédibilité environnementale de l’Union en prévision des négociations de Bali.
Bulletin Kyoto
Les affirmations du commissaire Dimas sont largement basées sur les chiffres de 2005, qui montrent que malgré une croissance économique de 35 % entre 1995 et 2005, les émissions de l’Europe des 15 étaient de 2 % inférieures aux niveaux enregistrés au cours de l’année de référence (1990 pour la plupart des Etats membres). Pour l’Europe des 25, les émissions de CO2 avaient diminué de 11 % au cours de la même période.
Malgré les résultats positifs de 2005, au rythme actuel, l’UE n’est pas prête d’atteindre ses objectifs de Kyoto d’ici 2012. La Commission affirme néanmoins que l’UE dans son ensemble peut atteindre, voire dépasser les objectifs de Kyoto – projetant une réduction potentielle d’émissions de CO2 de 11,4 % d’ici 2010 – dès que « les politiques et mesures complémentaires actuellement à l’étude » seront entreprises.
La plupart de ces mesures complémentaires seront présentées par la Commission dans son paquet énergie et climat, prévu pour le 23 janvier 2008, qui contiendra notamment des propositions sur l’augmentation obligatoire de l’utilisation des énergies renouvelables et une révision du système européen d’échanges de quotas d’émissions (système européen ETS) pour l’après 2012. La Commission est confiante et estime que des limites d’émissions plus strictes pour la période d’échange de quotas 2008-2012 réduiront considérablement la contribution de l’UE en émissions de CO2.
La liste de mesures contient notamment l’aviation et le système européen ETS, les carburants plus propres pour les transports et une réduction des émissions de CO2 des véhicules, ainsi que l’utilisation de réservoirs à carbone par la reforestation et la déforestation.
La listes des revendications pour Bali
Le 30 octobre, les ministres européens de l’Environnement ont présenté huit grands axes ou pistes de négociations pour la conférence de Bali :
- Un engagement de limiter le réchauffement de la planète à 2°C au-dessus de l’ère préindustrielle ;
- Réduction des émissions des pays développés selon le rythme suivant : 30 % d’ici 2020 et 60 à 80 % d’ici 2050 par rapport aux niveaux de 1990 ;
- « Apport de nouvelles contributions équitables et efficaces » par les pays en développement ;
- Elargissement des marchés mondiaux du carbone, y compris par des mécanismes liés au système européen ETS ;
- Coopération accrue en matière de R&D ;
- Intensification des efforts en vue d’une adaptation au changement climatique ;
- Intégration des émissions dues au transport aérien et maritime, et ;
- Une réduction des émissions dues à la déforestation.
Lignes rouges de l’UE
D’après les propos confiés à EURACTIV par un fonctionnaire au Conseil proche des négociations, l’UE ne pourra crier victoire dans les négociations que si ses deux lignes rouges principales sont inclues dans la feuille de route de Bali. Il s’agit de l’engagement des pays développés à réduire leurs émissions et de l’engagement des pays en voie de développement à faire plus d’efforts.
D’après lui, le principal défi de l’UE sera d’obtenir l’accord des autres dirigeants sur un cadre de négociations ferme mais suffisamment flexible pour s’adapter à l’évolution de la position des différentes parties.
Avec les élections américaines en 2008 et l’entrée en fonction d’un nouveau gouvernement mi-2009, un revirement tardif de la position des Etats-Unis est peu probable. En effet, le pays n’a pas ratifié le protocole de Kyoto et est traditionnellement opposé à tout engagement international contraignant visant à réduire les émissions de CO2.
Mais l’obstination du gouvernement américain n’est pas la seule inquiétude des délégations européennes à Bali. L’Inde en particulier a exprimé son opposition à des engagements de réduction significative d’émissions, au motif que cela freinerait la croissance de sa jeune économie. De plus, certains craignent que les Etats-Unis ne se cachent derrière l’Inde afin de bloquer tout accord mondial relatif au CO2.

