Objectifs climatiques 2030 : l’UE est à la traîne, avertit la Commission

« Il est clair que nous avons besoin d’engagements plus forts dans les plans finaux pour nous mettre fermement sur la bonne voie vers la neutralité climatique », a déclaré Wopke Hoekstra, Commissaire européen à l’Action pour le climat, dans un communiqué publié lundi (18 décembre). [EPA-EFE/MARTIN DIVISEK]

En se basant sur les mesures actuellement en vigueur, l’UE parviendra à réduire ses émissions de 51 % d’ici 2030, soit moins que l’objectif juridiquement contraignant de 55 %, avance la Commission européenne suite au retour des plans climat-énergie des États membres.

Les plans finaux des 27 États membres de l’UE doivent être présentés d’ici juin 2024. Pour le moment, seul 21 d’entre eux ont été soumis à temps pour que la Commission puisse les analyser en détail en amont. Les premières conclusions de Bruxelles ne sont pas très réjouissantes.

« Il est clair que nous avons besoin d’engagements plus forts dans les plans finaux pour nous mettre fermement sur la bonne voie vers la neutralité climatique », a déclaré Wopke Hoekstra, commissaire européen à l’Action pour le climat, dans un communiqué publié lundi (18 décembre).

En particulier dans les secteurs de l’agriculture, du chauffage et du transport routier — actuellement connus sous le nom de « secteurs de répartition de l’effort » — l’objectif d’une réduction de 40 % sera manqué de 6,2 points, selon l’analyse de la Commission.

De même, l’objectif de 42,5 % d’énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie brute d’ici à 2030 risque d’être manqué de 4 points, selon l’exécutif européen.

Enfin, les objectifs de séquestration du carbone, notamment dans les forêts et les tourbières, fixés à 310 millions de tonnes d’équivalent CO2, pourraient être manqués de 40 à 50 millions de tonnes, complète la Commission.

La différence la plus flagrante est la distance qui sépare l’UE de son objectif de 11,7 % en matière d’amélioration de l’efficacité énergétique. La Commission estime que l’amélioration sera plutôt de l’ordre de 5,8 %. Ce constat intervient quelques jours après que l’UE a assumé un rôle de pionnier au niveau mondial en appelant à tripler les énergies renouvelables et à doubler les améliorations en matière d’efficacité énergétique lors de la COP28 qui s’est déroulée à Dubaï.

« Nous avons fait preuve de capacité de direction lors de la COP28, et c’est l’occasion de démontrer que nous sommes prêts à agir sur le terrain et à lutter fermement contre le changement climatique », a déclaré Maroš Šefčovič, le responsable du Pacte vert (« Green Deal ») récemment nommé par l’UE.

Les conclusions de la Commission concordent avec celles de l’Agence européenne pour l’environnement, qui a également publié lundi (18 décembre) une mise en garde urgente à l’intention des responsables politiques.

Les organisations de défense de l’environnement sont tout aussi alarmées. « L’évaluation d’aujourd’hui révèle que les plans actuels ne sont pas suffisants pour atteindre les objectifs climatiques de l’UE », a déclaré le Clean Air Task Force (CATF), une association à but non lucratif.

« Difficile » d’atteindre les objectifs environnementaux de l’UE d’ici 2030, selon l’Agence européenne de l’environnement

L’Agence européenne de l’environnement estime qu’il sera « difficile » pour les Vingt-Sept de respecter les ambitions environnementales de l’UE d’ici 2030, notamment en ce qui concerne la consommation d’énergie et l’agriculture biologique.

L’Europe centrale et orientale au centre de toutes les attentions

Outre les 21 plans transmis dans les temps pour une analyse préliminaire, trois autres ont été soumis après la date limite et n’ont donc pas été pleinement pris en compte dans l’évaluation.

La Bulgarie, la Lettonie et la Pologne ne sont pas parvenues à soumettre leur projet de plan avant le 14 décembre, date limite fixée par Bruxelles.

Ces trois États « traînent des pieds en ce qui concerne l’élimination progressive des combustibles fossiles », a tancé l’ONG CEE Bankwatch, active dans les pays d’Europe centrale et orientale (PECO).

De façon générale, l’ONG note que les PECO sont à la traîne sur leurs objectifs climatiques. La Hongrie, par exemple, se donne jusqu’à 2029 pour abandonner le charbon, soit plus tard qu’initialement prévu. La Slovaquie, de son côté, reste floue sur la question.

La Pologne doit encore réévaluer sa date controversée de 2049 pour la sortie du charbon, tandis que la Bulgarie envisage de revenir sur sa date de sortie annoncée de 2038, selon l’ONG.

Outre le charbon, très peu de mesures environnementales concrètes ont été prises dans ces pays.

« Seuls quelques pays prévoient une date d’élimination progressive du gaz, comme la République tchèque, mais avec peu de détails sur leur approche », a ajouté CEE Bankwatch.

L’avertissement de CEE Bankwatch fait écho à un rapport antérieur de la Cour des comptes européenne datant de juin, qui alertait sur le risque que les pays de l’UE ne parviennent pas à atteindre leurs objectifs climatiques d’ici à 2030.

Renouvelables : la France persiste dans son refus d’établir un objectif pour 2030

La Commission européenne a rendu lundi (18 décembre) ses recommandations sur les plans énergie-climat (PNEC) des États membres pour 2030. Sur les énergies renouvelables, la France ne remplit toujours pas sa part du contrat.

[Édité par Paul Messad]

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