OMC : l’UE et les Etats-Unis souhaitent un pacte de libre-échange pour les produits verts [FR]

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Alors que les dirigeants mondiaux se rencontrent à Bali pour élaborer un nouveau système mondial sur le climat, l’UE et les Etats-Unis se rallient pour faire pression afin de parvenir à un accord international sur l’élimination des droits de douane sur les technologies vertes. Les deux parties espèrent l’ouverture de nouveaux marchés pour leurs entreprises.

Le 30 novembre, l’UE et les Etats-Unis ont annoncé une proposition qu’ils ont qualifiée de « révolutionnaire » pour un accord de l’OMC sur l’élimination des droits de douane sur 43 produits considérés comme écologiques par la Banque mondiale. Cet accord s’inscrirait dans le cadre actuel des négociations du cycle de Doha sur la libéralisation du commerce mondial

Le commissaire européen au Commerce Peter Mandelson a fortement soutenu ce pacte, qui concernerait des produits comme les panneaux solaires et les éoliennes. Il affirme en effet que cela favoriserait le développement de produits verts, car l’accord améliorerait la disponibilité de ces produits pour tous les pays et créerait des opportunités pour les industries européennes, leaders sur le marché des technologies alternatives.  

Cette initiative commune souligne la détermination de nombreux dirigeants européens et américains à poursuivre une politique commerciale et climatique offensive. Elle s’oppose en effet à la tactique défensive, soutenue par un certain nombre de hauts responsables et basée sur l’augmentation des droits de douane et des taxes sur les importations de produits ayant généré de fortes émissions de carbone, pour compenser les inconvénients concurrentiels provoqués par les politiques climatiques européennes. 

  • Accès préférentiel au marché pour les technologies vertes ?

Même si le cycle de Doha contient déjà un mandat visant à libéraliser le commerce des biens et services environnementaux (EGS, Environmental Goods & Services), les progrès ont jusqu’ici été freiné par un désaccord sur le choix des produits qui devraient être concernés

L’une des préoccupations concerne l’usurpation du concept d’EGS par certains pays pour protéger leurs marchés des importations de technologies alternatives, ou, au contraire, pour importer à bas prix des produits à usage multiple, comme des tuyaux, pouvant être utilisés de manière non écologique. 

D’un point de vue juridique, il faut également vérifier si le fait d’avoir des règles différentes pour les produits verts est pas compatible avec l’interdiction de discrimination de l’OMC, que ce soit sous la forme de droits de douane, d’impôts, de taxes ou réglementations, entre des produits similaires ou des substituts proches. Néanmoins, les règles de l’OMC précisent également que les pays peuvent déroger à ces règles pour la protection des animaux, des plantes ou de la santé des hommes ou pour la préservation des ressources naturelles. 

Pourtant, la création d’un régime spécial pour certains produits soulève un autre problème majeur, relatif à la relativité du concept de produits écologiques, notamment dans le contexte de technologies en évolution permanente, que résume le débat « produits propres versus produits encore plus propres ». En effet, il se peut que les produits qui semblent actuellement écologiques ne soient plus considérés de la même manière dans cinq ans. Le problème est donc le suivant : si les droits de douane sont entièrement supprimés sur des produits relativement verts comme le gaz naturel, les technologies encore plus propres qui sont déjà disponibles, ou le deviendront, perdent tout avantage commercial spécial. 

  • Subventions pour les energies renouvelables et les technologies vertes ?

De plus en plus, les gouvernements introduisent des systèmes de soutien aux technologies vertes, comme les biocarburants, même si l’accord de l’OMC sur les subventions et les mesures compensatoires interdit de subventionner directement des industries ou des secteurs particuliers.

Dans une résolution adoptée le 29 novembre, le Parlement européen a appelé la Commission à faire pression sur ses partenaires commerciaux pour réviser les règles de l’OMC sur les subventions et l’anti-dumping, afin d’autoriser les subventions environnementales, tandis que, d’autre part, le non respect des accords sociaux et environnementaux internationaux serait considéré comme une forme de dumping ou de subvention excessive. 

  • Ajustements fiscaux à la frontière ?  

L’imposition d’une « taxe carbone » sur les importations provenant de pays non signataires du protocole de Kyoto a été évoquée par un certain nombre d’hommes politiques comme un moyen efficace de supprimer le désavantage concurrentiel dont souffre la plupart des entreprises européennes, par rapport aux entreprises étrangères qui n’ont pas à mettre en œuvre de coûteux systèmes de réduction des émissions.

Une mesure alternative consisterait à exiger que les importateurs achètent des certificats d’émission dans le cadre du système européen ETS avant que leurs produits n’entrent sur le marché européen.

Néanmoins, une initiative unilatérale provenant de l’UE est peu probable, que ce soit d’un point de vue juridique ou de sagesse économique, car cela pourrait engendrer des conflits commerciaux avec certains des plus importants partenaires commerciaux de l’UE.

De plus, en vertu du principe de souveraineté, l’OMC est généralement réticente à autoriser les pays à imposer des sanctions commerciales pour forcer d’autres nations à suivre leurs politiques, notamment si le problème résulte de politiques volontaires, comme les politiques européennes sur le climat.

Cependant, alors que les attitudes vis-à-vis du changement climatique évoluent aux Etats-Unis, avec un certain nombre de propositions portant sur la protection du climat actuellement à l’étude, il est probable que les décisionnaires américains commencent à accorder plus d’attention au problème des opportunistes et de la perte de compétitivité, légitimant ainsi l’action européenne.

  • Des normes de produits et d’étiquetage ?  

Le rapport du Parlement européen sur le commerce et le changement climatique souligne également la nécessité de sensibiliser davantage la population aux coûts environnementaux globaux des produits des consommation et demande l’élaboration d’une législation qui rendrait obligatoire « un système d’étiquetage des produits [mis en vente dans l’UE], visant à fournir des informations sur leur empreinte carbonique en affichant le niveau de CO2 émis lors de la production, du transport et de l’élimination définitive d’un produit ». Une telle mesure devra également être examinée selon les règles de l’OMC en parallèle à l’imposition d’obstacles non tarifaires au commerce.

D’après Peter Mandelson, le commissaire européen au Commerce, l’échange de quotas d’émissions peut faire augmenter le coût des émissions de gaz à effet de serre et donc limiter ces émissions. Maximiser les échanges et le commerce des technologies vertes est la solution qui réduira au final l’ensemble des émissions. Il a écarté les ajustements fiscaux aux frontières comme étant problématiques dans le cadre des règles de l’OMC et pratiquement impossibles à mettre en pratique.

L’eurodéputé français Vert Alain Lipietz, auteur d’un rapport parlementaire sur le changement climatique et le commerce, a déclaré qu’il était urgent de déterminer la responsabilité du commerce international dans le changement climatique. Il a recommandé de raccourcir les voies d’approvisionnement, d’utiliser des modes de transports moins polluants (comme le rail et le bateau), et de tenter de tenir davantage compte de l’empreinte écologique de la consommation européenne. Il a également approuvé les suggestions consistant à introduire des droits de douane applicables aux pays n’ayant pas ratifié le protocole de Kyoto. Cette mesure est destinée à empêcher que les produits provenant de ces pays bénéficient d’un avantage concurrentiel inéquitable, dans la mesure où ils n’assument pas l’entière responsabilité du coût environnemental de leur production.

Pour BusinessEurope, le lobbyiste représentant les intérêts des employeurs européens, les propositions consistant à imposer des sanctions commerciales unilatérales, comme des ajustements fiscaux aux frontières, afin de compenser la concurrence défavorable due aux politiques européennes sur le changement climatique, constituent une erreur. Le groupe a averti que de telles mesures pouvaient entraîner une escalade de mesures de rétorsion et, dans le pire des cas, un conflit commercial mondial et l’effondrement du système d’échange multilatéral.

Les entreprises européennes avertissent également les dirigeants européens que les initiatives visant à libéraliser le commerce dans les technologies vertes pourraient provoquer une discrimination entre produits, en raison de l’absence d’accord sur une définition des « biens environnementaux »  et des problèmes inévitables de la classification liés à l’évolution des technologies.

D’après BusinessEurope, dans le pire scénario, un accord sur l’environnement de l’OMC entraînerait de nouvelles complications commerciales, en exigeant que les exportateurs présentent des certificats environnementaux avec leurs exportations. Dans le meilleur scénario, un accord de l’OMC contiendra une liste pragmatique des « biens environnementaux » dont la contribution à l’environnement sera limitée, mais pouvant trouver l’aval de BusinessEurope en tant que mesure de libéralisation des échanges.

Les ONG sont également sceptiques concernant cette pression pour parvenir à un pacte de libre-échange vert. Selon l’ONG écologiste des Amis de la Terre, l’élimination des droits de douanes sur les technologies vertes servira uniquement à sécuriser les marchés énergétiques dans les pays en développement pour les entreprises européennes, tout en réduisant la capacité des pays pauvres à renforcer leur propre approvisionnement en produits environnementaux.

Le groupe appelle à une révision des règles de l’OMC sur la propriété intellectuelle pour empêcher de breveter les technologies vertes, dans la mesure où le coût élevé des brevets empêche actuellement de nombreux pays en développement de suivre le chemin des technologies à faible teneur en carbone.

En outre, d’après une récente étude de la Banque mondiale, les inquiétudes occidentales concernant la compétitivité et les craintes relatives à la délocalisation des industries émettant beaucoup de carbone dans des pays non concernés par ces nouvelles mesures sont exagérées. Selon ce rapport, les mesures actuelles de compensation, comme l’allègement fiscal, appliquées par les pays concernés pour soutenir leurs industries nationales, sont suffisantes pour contrebalancer les désavantages dus aux mesures de réduction du carbone.

En mars 2007, les dirigeants de l’UE se sont engagés à s’attaquer au défi du changement climatique en réduisant unilatéralement de 20 % les émissions de CO2 d’ici 2020. Ils ont déclaré qu’ils augmenteraient cet objectif jusqu’à 30 % si les autres pays développés se joignaient à eux. 

Cependant, les pays comme les Etats-Unis et l’Australie s’opposent à tout objectif contraignant.  Ils craignent en effet que cela ne freine la compétitivité de leurs industries consommant beaucoup d’énergie, comme la chimie ou la métallurgie, ce qui les obligerait soit à délocaliser vers des pays dont les normes environnementales sont moins strictes, soit à faire face à d’importantes pertes de leurs parts de marché. 

Alors que ces questions restent théoriques pour la plupart des pays, elles sont déjà d’actualité pour les Etats membres européens, soumis aux limitations sur le carbone depuis l’entrée en vigueur en 2005 du système européen d’échange de quotas d’émissions. 

Depuis lors, les appels se sont faits de plus en plus pressants pour que l’UE tire davantage parti de ses politiques commerciales, afin de convaincre les autres grandes économies du monde à s’engager à  réduire leur impact sur le climat et de protéger la base industrielle des pays de l’UE. 

Cependant, les responsables politiques devront, dans un premier temps, examiner la législation de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), étant donné le manque de clarté de la compatibilité de certaines des mesures envisagées avec les règles commerciales internationales. 

  • 8-9 déc. 2007 : les ministres au Commerce du monde entier doivent participer à la conférence de Bali sur le changement climatique.

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