Paris «oublie» les objectifs renouvelables dans son plan énergie-climat 2030

La ministre française de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher (C), lors d'une visite des installations d'ENVIE à Saint-Loubes, près de Bordeaux, en France, le 9 février 2023. [EPA-EFE/CAROLINE BLUMBERG]

Contrairement aux autres pays européens, le plan national énergie-climat de la France ne mentionne pas de pourcentage chiffré pour les énergies renouvelables dans le mix énergétique d’ici 2030, lui préférant un pourcentage d’énergie « décarbonée » incluant le nucléaire.

Avant la fin de l’année 2023, les États membres devaient rendre à la Commission européenne le premier jet de leurs plans nationaux énergie-climat (PNEC) pour la période 2021-2030. Avec du retard, c’est désormais chose faite pour la plupart des 27 pays membres, dont la France.

Dans ces plans, les États membres doivent définir leur stratégie pour atteindre les objectifs climatiques et énergétiques européens définis pour 2030 et notamment le développement des renouvelables.

Suite à la révision de la directive sur les renouvelables (RED), actée en mars dernier, les 27 doivent dorénavant atteindre collectivement une part de 42,5 % de renouvelable dans la consommation finale d’énergie d’ici à 2030.

À cette fin, chaque État membre disposera d’un objectif « indicatif » — donc non contraignant — calculé en fonction de son PIB, de ses capacités de développement et de son niveau d’interconnexion avec d’autres pays.

Bien que la cible « indicative » pour chaque État membre ne sera officiellement définie que l’année prochaine dans un règlement séparé, l’objectif français devrait se situer entre 46 et 50 % selon la méthode de calcul utilisée précédemment pour définir les objectifs 2020 – l’objectif français était alors de 23%.

Or, pour le moment, la France n’a pas donné de chiffre ou de fourchette dans son PNEC, alors que d’autres pays comme l’Allemagne (40 %) et l’Autriche (46 % à 50 %) l’ont fait, tout comme d’autres pays pro-nucléaires comme la Tchéquie (30 %), la Roumanie (34 %) ou encore la Slovaquie (34,4 %).

En lieu et place de cet objectif, la France préfère avancer une cible de 58 % d’énergie « décarbonée » dans sa consommation finale d’énergie, confondant dès lors les énergies renouvelables et le nucléaire dans le même calcul.

Une manoeuvre qui s’affranchit donc des contraintes adoptées par les 27 dans le cadre de la directive RED, qui fait uniquement référence à une part de renouvelables exprimée en pourcentage du mix énergétique.

Extrait du PNEC France pour 2021-2030, page 8

Sortir des fossiles avant tout

Dans son PNEC, la France se justifie : la « priorité » n’est pas de développer les renouvelables, mais «de tenir les objectifs de sortie des énergies fossiles»

« La stratégie française permet ainsi d’atteindre des niveaux de seulement 42 % d’énergie fossile dans le mix énergétique en 2030 et 29 % en 2035 (dont une sortie de la part résiduelle du charbon dans le mix électrique dès 2027) », peut-on lire dans le document.

D’ailleurs, cet objectif devrait non seulement prévaloir pour la France, mais aussi pour l’UE : « Il est important de rappeler que notre priorité en Europe doit rester la sortie des énergies fossiles », nous confie l’entourage de la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher.

Puisque l’un n’empêche pas l’autre, le cabinet de la ministre insiste sur le fait que « la France s’est engagée à respecter l’objectif européen de 42,5 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique européen d’ici 2030 ».

En ce sens, le PNEC rappelle que « la part des énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie a été portée à 20,7% en 2022, marquant une accélération nette par rapport à 2021 (+1,3%), et plaçant la France à un niveau comparable à ses principaux partenaires européens, notamment l’Allemagne».

«Nous attendons de la Commission européenne qu’elle prenne bien en compte ces efforts », nous confie le cabinet.

Toujours en infraction, la France négocie avec l'UE pour l'atteinte de ses objectifs renouvelables

La France étant le seul État membre des 27 à n’avoir toujours pas atteint ses objectifs renouvelables pour 2020, Paris et Bruxelles sont actuellement en discussion pour prendre en compte les efforts français en cours et éviter la sanction.

Mesures pour les énergies renouvelables

Pour autant, le PNEC n’est pas vide de renouvelables. Il fait en effet mention d’objectifs chiffrés en puissance installée ou en production estimé — 54 à 60 GW de photovoltaïque en d’ici 2030-2035 par exemple. 

Des objectifs que la France souhaite volontairement « prudents », mais avec un potentiel de développement « élevé » si l’on en croit les filières, dont les estimations sont rapportées dans le PNEC.

Reste que pour les associations environnementales, l’absence de pourcentage pour les renouvelables dans le plan français est une preuve de mauvaise volonté.

« Si la part des énergies renouvelables n’est pas explicite, c’est parce que le gouvernement ne veut pas qu’elle apparaisse, » tance auprès d’Euractiv France Anne Bringault, directrice des programmes au Réseau action climat France.

À Bruxelles, le porte-parolat de la Commission européenne se garde de tout commentaire à l’emporte-pièce.

«La Commission évalue actuellement les projets de plans actualisés, notamment pour déterminer si les États membres ont inclus les contributions et mesures requises pour atteindre collectivement les objectifs actualisés de l’UE en matière d’énergies renouvelables pour 2030, » nous affirme-t-on.

L’exécutif «émettra des recommandations sur la base de cette évaluation», poursuit-on, sans préciser si le plan français est recevable ou non en l’absence d’objectifs renouvelables exprimés en pourcentage.

Les États membres devront «soumettre leurs PNEC finaux mis à jour pour le 30 juin 2024, en tenant compte des recommandations de la Commission», conclut Bruxelles, laissant à Paris une porte de sortie.

Renouvelables : la France négocie avec Bruxelles pour ne pas payer de pénalités

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[Édité par Frédéric Simon]

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