La présidence slovène de l’UE a reporté un vote clé sur les pesticides en juin, suite à une réunion des ministres européens de l’Agriculture à Bruxelles hier, 19 mai, qui a révélé des opinions divergentes concernant les substances pesticides qui devraient être retirées du marché.
Le ministre slovène de l’Agriculture Iztok Jarc a déclaré hier que la signature d’un accord n’était toujours pas à l’ordre du jour compte tenu de la situation actuelle. La présidence slovène a remis le dossier aux experts des Etats membres du Comité des représentants permanents (COREPER) pour des discussions approfondies.
L’enjeu est les critères de limite pour les substances utilisées dans la production de pesticides. En juillet 2006, la Commission a proposé une interdiction de commercialisation pour tout un ensemble de substances « actives » qui présenteraient des risques potentiellement graves pour l’homme et l’environnement, notamment des perturbateurs endocriniens ainsi que des substances cancérigènes et génotoxiques (EURACTIV 13/07/06). Le Parlement a voté en faveur de la proposition de la Commission en octobre 2007 (EURACTIV 24/10/07).
Cependant, les groupes agricoles et les producteurs de pesticides déclarent que les interdictions proposées nuiraient à l’approvisionnement alimentaire de l’UE. Ils affirment que les interdictions proposées sont davantage fondées sur des « hypothèses » que sur la science et demandent des évaluations scientifiques des risques afin de déterminer si les avantages sanitaires de telles interdictions compenseraient le coût économique de l’industrie et diminuerait les rendements agricoles (EURACTIV 05/02/08).
De nombreux Etats membres partagent ces réserves. Le Royaume-Uni, par exemple, émet de sérieuses préoccupations concernant les répercussions des projets, en particulier dans le contexte de la crise actuelle autour des prix élevés des produits alimentaires, déclare Helen Bower, l’attachée de presse pour la représentation permanente du Royaume-Uni à Bruxelles. Une étude du gouvernement britannique a conclu que les propositions de la Commission entraîneraient l’interdiction de 15% des principaux pesticides utilisés dans la production alimentaire du Royaume-Uni, le secteur du blé étant le plus durement touché, selon elle.
Le Royaume-Uni, soutenu par l’Irlande, a également critiqué la Commission, estimant que la définition des perturbateurs endocriniens dans sa proposition est trop vaque, selon Elliott Canell du Pesticides Action Network (PAN) Europe, qui affirme qu’une définition plus précise aurait peu voire aucun impact sur les agriculteurs britanniques.
La France, pour sa part, a surpris de nombreux observateurs en soutenant les projets de la Commission. Malgré l’importance de son secteur agricole, en octobre 2007 le président français Nicolas Sarkozy s’est engagé à réduire de moitié l’utilisation de pesticides du pays.
Parallèlement, la Commission a clairement déclaré qu’elle ne compte pas changer sa position sur la question. Lors de la réunion du Conseil, Androulla Vassiliou, la commissaire européenne à la Santé, a affirmé que la proposition de critères de limite est essentielle.
Les ministres devraient voter sur le dossier durant le Conseil Agriculture des 23 et 24 juin.

