Pesticides : le Parlement se prépare à livrer bataille [FR]

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Demain, 23 octobre, le Parlement européen se prononcera sur une proposition visant à renforcer les règles européennes d’autorisation et d’utilisation des pesticides, alors que les inquiétudes augmentent concernant l’impact de ces produits phytopharmaceutiques. Cependant, les agriculteurs et les producteurs de pesticide expriment leur préoccupation sur ces mesures qui impliqueront davantage de bureaucratie et interdiront les substances inoffensives sur le marché.

  • Un régime européen

Malgré les controverses sur ce dossier, étant donné les complications dues à 27 régimes différents, la plupart des parties semblent approuver la nécessité d’établir un système à l’échelle européenne concernant l’autorisation de substances utilisées dans les pesticides.

La réglementation expose un système largement approuvé comprenant deux volets qui établiront une liste positive de substances actives (ingrédients utilisés dans la production de pesticides) au niveau européen. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et un comité d’experts doivent fournir des conseils scientifiques. 

Une fois la liste dressée, il reviendra à chaque Etat membre d’autoriser la production de chaque pesticide utilisant les substances approuvées.

L’enjeu du débat porte sur les critères d’approbation des substances et le type de substances qui ne sont plus autorisées. Les eurodéputés de la commission ENVI souhaitent ajouter les pesticides potentiellement neurotoxiques et immunotoxiques à la liste de substances interdites proposée par la Commission, car ils comportent des risques intrinsèques pour les hommes.

Pourtant, les producteurs de pesticides estiment que les changements proposés par la commission ENVI entraîneront la disparition de nombreuses substances utilisées en toute sécurité depuis longtemps par les agriculteurs et nécessaires pour protéger les cultures contre les maladies.

  • Zones et calendrier

La Commission propose un système d’autorisation des pesticides selon trois zones géographiques européennes – nord, centre et sud -, avec une reconnaissance mutuelle des décisions approuvées entre les zones.

Cependant, la plupart des eurodéputés ont rejeté cette idée, préférant que chaque Etat membre autorise, interdise ou limite l’utilisation de pesticides approuvés dans les autres Etats membres. 

Les députés européens soutiennent également des périodes d’approbation des substances plus courtes que la Commission, qui a proposé une période d’approbation de 10 ans pour la plupart des nouvelles substances. Celles comportant peu de risques seraient autorisées pour 15 ans. D’après le projet, les substances pouvant être facilement remplacées par des produits moins toxiques ne seraient autorisées que pour sept ans. 

Mais la commission ENVI a proposé cinq ans au lieu de sept pour les produits substituables. Les eurodéputés sont également en désaccord avec la Commission sur le renouvellement des autorisations d’une substance : la Commission prône le renouvellement indéfini d’une substance une fois qu’elle a été approuvée pour une période de dix ans, mais le Parlement affirme que l’autorisation d’une substance ne devrait être renouvelée qu’une seule fois et pour une période ne dépassant pas dix ans. 

  • Utilisation limitée

La manière et le lieu d’utilisation de ces pesticides semblent être des questions plus controversées au sein du Parlement.

Une proposition des Verts pour interdire l’utilisation des pesticides dans un rayon de dix mètres des sources d’eau fait actuellement l’objet de vives critiques par le groupe PPE-DE, qui affirme que les agriculteurs dont les champs sont entourés d’eau (comme aux Pays-Bas) seraient confrontés à trop de restrictions.

Le groupe PPE-DE critique également les obligations excessives qui pèsent sur les agriculteurs, devant fournir des informations aux autorités publiques sur les pesticides qu’ils utilisent, affirmant que cela créerait beaucoup trop de bureaucratie.

  • Une conclusion rapide ?

Le Conseil souhaite un vote rapide sur ce dossier et la présidence européenne du Portugal fait pression pour parvenir à un accord politique lors du Conseil de l’Agriculture du 17 décembre.

L’eurodéputée Christa Klass, rapporteur du PPE-DE, affirme qu’interdire totalement la pulvérisation aérienne de pesticides dans les parcs et les zones résidentielles n’est pas recommandée. Selon elle, il faudrait déterminer exactement dans quelle mesure la pulvérisation est nécessaire et privilégier les alternatives non chimiques.

En ce qui concerne l’autorisation de substances, elle déclare qu’il est nécessaire d’introduire des règles portant sur le niveau approprié de réductions nécessaires dans les pesticides, plutôt que mandater une réduction des substances à tous les niveaux. Le manque d’informations scientifiques ou des informations partielles sur les pesticides peuvent conduire à la prise de décisions erronées par les responsables.

Mais l’eurodéputée Vert Hiltrud Breyer, principal rapporteur, estime que les pesticides sont des substances toxiques, produites pour tuer, terminant pourtant dans nos assiettes et finalement dans nos organismes. La future législation doit garantir que les pesticides dangereux pour les consommateurs et pour l’environnement sont progressivement retirés du marché, comme elle l’a déclaré suite au vote de la commission ENVI en septembre.

Dans un communiqué de presse du 18 octobre, l’Association européenne pour la protection des cultures (ECPA) a dénoncé le fait que les amendements de la commission ENVI altérait radicalement les propositions d’origine de la Commission concernant les pesticides sans comprendre leur répercussion sur la disponibilité d’aliments frais en Europe.

D’après l’association, ces amendements ne font rien pour améliorer la santé publique ou la sécurité environnementale et devraient avoir l’effet inverse puisqu’ils provoqueraient la perte des moyens dont les agriculteurs ont besoin pour cultiver les aliments frais à la base du régime alimentaire.

Le paquet  sur les pesticides présenté par la Commission en juillet 2006 propose une réglementation visant à réviser une directive de 1991 sur l’autorisation de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques (pesticides) et une directive portant sur l’utilisation quotidienne des pesticides.

Les eurodéputés de la commission Environnement (ENVI) ont voté en juin pour renforcer les mesures proposées, avec une interdiction d’utiliser des pesticides autour des espaces publics (EURACTIV 27/06/07).

En septembre, la commission a demandé des critères plus stricts pour déterminer quels types de substances peuvent être utilisées dans la production de pesticides (EURACTIV 12/09/07).

Le groupe des Verts a également augmenté la pression en organisant une campagne  pour obtenir davantage de soutien pour des règles plus strictes et la plupart des Etats membres semblent favorables à des règles plus sévères sur l’utilisation et la production. (EURACTIV 21/02/07). 

  • 26 nov. 2007 : Conseil de l’Agriculture – possibilité d’un accord politique

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