Près d’un citoyen sur deux en Allemagne et en France se montre défavorable aux énergies renouvelables ou n’a pas d’opinion sur le sujet, selon une récente enquête menée dans 26 pays européens.
Seulement 66 % du total des personnes interrogées ont une vision positive de la transition vers des énergies vertes, selon une étude publiée le 8 décembre et menée par l’institut de recherche Norstat, basé au Danemark.
Selon l’étude, la France et l’Allemagne, les deux pays les plus peuplés de l’UE, sont les plus sceptiques à l’égard des énergies renouvelables, avec respectivement 54 % et 57 % d’opinions positives.
En revanche, certains pays moins peuplés comme la Croatie, le Danemark ou encore le Portugal se montrent beaucoup plus enthousiastes vis-à-vis des énergies renouvelables, avec respectivement 80 %, 78 % et 75 % de citoyens favorables.
L’enquête a été menée auprès de 26 000 Européens âgés de 18 à 65 ans, sur base d’un minimum de 1 000 entretiens représentatifs de la population dans chaque pays.
« Il est inquiétant de constater que la réticence la plus forte à l’égard de la transition vers les énergies vertes est observée dans les pays européens les plus peuplés », a déclaré Jesper Hjulmand, PDG d’Andel, une entreprise danoise spécialisée dans l’énergie et les réseaux de fibres optiques qui est à l’origine de l’enquête.
« L’Europe doit instaurer une certaine stabilité et garantir un approvisionnement énergétique sûr », a-t-il ajouté dans un communiqué, faisant référence aux dernières années au cours desquelles les citoyens ont été exposés à des factures d’énergie élevées alors qu’ils restaient fortement dépendants aux combustibles fossiles.
Scepticisme à l’égard de l’énergie éolienne
En France, l’enquête révèle un profond scepticisme à l’égard des projets d’énergie éolienne, qui sont souvent confrontés à l’opposition de la population locale.
Selon l’enquête, seuls 42 % des Français ont une opinion positive des parcs éoliens dans leur pays, soit un taux parmi les plus bas d’Europe.
La question est devenue un argument politique pour le Rassemblement national (RN — extrême droite), qui promettait fin 2021, avant les élections présidentielles de 2022, d’« arrêter toute nouvelle construction de parc éolien » et de « lancer un grand chantier pour les démonter ».
La Bavière
En Allemagne, la Bavière est le land le plus strict en ce qui concerne l’éolien terrestre, avec la règle dite des « 10 H » qui stipule que la distance minimale entre une éolienne et l’agglomération la plus proche doit être égale à 10 fois la hauteur de l’éolienne.
La Bavière n’a installé que six nouvelles éoliennes cette année, contre 14 dans le Bade-Wurtemberg voisin, qui est pourtant deux fois plus petit. Et même si la règle des 10 H a été quelque peu assouplie l’année dernière, elle est toujours en vigueur.
En Allemagne, la montée du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) coïncide avec un rejet des politiques environnementales menées par la coalition gouvernementale composée des sociaux-démocrates (SPD), des Verts (Grünen) et du parti libéral-démocrate (FDP).
« L’AfD doute des conclusions scientifiques fondamentales concernant le changement climatique d’origine humaine et considère que les mesures de protection du climat correspondantes sont inutiles », remarque Christoph Richter, de l’Institut pour la Démocratie et la Société Civile.
La politique climatique de l’AfD est simple : oui aux combustibles fossiles et à l’énergie nucléaire, non à l’énergie éolienne, a-t-il déclaré à la Deutsche Welle.
Le défi de l’acceptabilité
Et il ne s’agit pas seulement des éoliennes. En France, le scepticisme est également très répandu contre l’énergie solaire.
Selon l’enquête, les Français sont les moins positifs d’Europe à l’égard des parcs solaires dans leur propre pays. 57 % d’entre eux ayant une opinion négative sur le sujet, à égalité avec les Néerlandais.
Contrairement aux grands États membres de l’UE, les petits pays ont tendance à voir dans les énergies renouvelables une opportunité de gagner en autonomie et de s’éloigner de leur dépendance aux combustibles fossiles.
Le Danemark en est un bon exemple, avec 79 % de la population qui est favorable aux énergies vertes. En outre, un peu plus de la moitié des Danois sont disposés à vivre à proximité d’éoliennes, malgré le fait que la distance autorisée entre un parc éolien et leur domicile soit la plus courte d’Europe (1 km dans certains cas).
« Je suis heureux d’observer l’enthousiasme des Danois pour la transition écologique, et cette tendance est perceptible dans plusieurs autres pays. Je l’attribue en grande partie aux efforts de collaboration des personnalités politiques, des entreprises et des citoyens », a déclaré M. Hjulmand.
« Il est essentiel que nous explorions de façon collective comment devenir à l’avenir des voisins coopératifs pour la transition écologique », ajoute le PDG d’Andel.
Un autre aspect évoqué par l’étude est que le fait de soutenir ou non les énergies renouvelables ne varie pas de manière significative en fonction des groupes d’âge.
En revanche, «la jeune génération a tendance à exprimer plus clairement son soutien pour des projets locaux liés aux énergies renouvelables, tandis que les générations plus âgées, qui sont également favorables à de telles initiatives, restent souvent silencieuses, permettant aux sceptiques de dominer le débat », explique Rikke Trikker, porte-parole d’Andel.
En conséquence, il se peut que le débat public ne soit pas une représentation fidèle de l’ensemble de l’opinion publique. « Pour parvenir à une discussion plus nuancée, il est essentiel de faire participer et d’amplifier les voix de la majorité silencieuse des partisans », a déclaré Mme Trikker à Euractiv.




