L’association européenne du secteur de l’électricité Eurelectric souhaite une planification à plus long terme et une réforme des règles de tarification pour investir les 600 milliards d’euros nécessaires dans le réseau électrique européen d’ici à 2030.
Pour mettre en œuvre cette approche, il faudra non seulement modifier les lois, mais aussi les mentalités. « Les régulateurs nationaux doivent adopter une vision prospective et autoriser les gestionnaires de réseaux de distribution à investir de manière proactive dans les infrastructures nécessaires pour atteindre l’objectif de neutralité carbone », a souligné Kristian Ruby, secrétaire général d’Eurelectric, lors d’un entretien avec Euractiv.
Selon lui, l’élaboration de plans de développement sur une période de trois ans — une pratique courante — est inefficace, car cette durée ne correspond pas aux objectifs à plus long terme.
La transition énergétique pose des défis particuliers pour les gestionnaires de réseaux de distribution européens, chargés de fournir l’énergie localement aux consommateurs et autres utilisateurs finaux. L’adoption des véhicules électriques et des pompes à chaleur devraient accroitre la demande en électricité qui devrait être assurée par les réseaux de distribution locaux.
Kristian Ruby s’est inquiété du manque d’attention accordé à la perspective à long terme.
« Nous devons trouver de nouveaux moyens d’encourager cette approche à long terme », a-t-il souligné, ajoutant qu’une meilleure cohérence entre les plans intégrés en matière d’énergie et de climat (PNIEC) des États membres et leurs plans de réseau constituerait la première étape.
Une planification plus concertée réduirait le risque de retard dans le déploiement des pompes à chaleur ou des véhicules électriques en raison des goulets d’étranglement du réseau, c’est-à-dire les sous-capacités en pointes de demande.
Des investissements anticipés nécessaires
Pour Eurelectric, des investissements anticipés dans les réseaux impliqueraient de construire des actifs qui, à court terme, peuvent être sous-utilisés, mais qui se justifient sur le long terme, à mesure que la demande d’électricité augmente.
Cependant, selon l’association, les règles actuelles de tarification du réseau représentent un obstacle aux investissements anticipés.
Les investissements dans le réseau sont règlementés, car ils ont des conséquences importantes sur les factures des consommateurs. Les régulateurs peuvent être réticents à approuver des investissements dans des infrastructures qui seraient initialement sous-utilisées, de peur que cela entraine une augmentation significative des tarifs du réseau.
Eurelectric a demandé de nouvelles lignes directrices pour l’Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) et ses homologues nationaux, qui « permettent et encouragent les investissements anticipés ». Ce qui impliquerait la suppression des plafonds règlementaires sur les investissements des gestionnaires de réseau.
M. Ruby a également demandé des fonds supplémentaires pour les investissements dans le réseau électrique dans le prochain budget à long terme de l’UE.
Parallèles avec le futur réseau hydrogène
D’autres secteurs sont également touchés par les conséquences d’un investissement accru dans le réseau.
Le ministre allemand de l’Économie et du Climat, Robert Habeck, a déclaré à l’hebdomadaire Die Zeit que compte tenu de la nécessité d’augmenter les investissements dans le réseau, les consommateurs et les entreprises devraient être protégés contre une hausse importante des coûts liés au réseau.
« À cet effet, le gouvernement allemand étudie un type de “compte d’amortissement”, semblable à celui prévu pour le réseau d’hydrogène [c’est-à-dire une sorte de plafonnement du montant des redevances du réseau, qui viendrait s’équilibrer en termes de revenu à mesure que le recours au réseau s’intensifie, NDLR]. La forme que cela pourrait prendre est toujours en cours d’examen », a indiqué un porte-parole du ministère à Euractiv.
Cette approche vise à équilibrer les redevances du réseau hydrogène entre 2025 et 2055, afin d’éviter de surcharger les premiers utilisateurs du réseau.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]



