Réseaux électriques : l’UE renforce ses compétences pour faire face à une interconnexion accrue

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Depuis les années 1990, les pays européens travaillent d’arrache-pied à l’amélioration de l'interconnexion de leurs réseaux électriques nationaux. Malgré des progrès lents, les flux entre les pays de l’UE sont devenus importants pour la stabilité du réseau et la baisse des prix. [Shutterstock/Funtay]

Le reste de la décennie sera marqué par une interconnexion plus poussée des réseaux électriques européens, qui requiert un élargissement des tâches dévolues à l’Agence de l’UE pour la coopération des régulateurs de l’énergie (ACER).

Depuis les années 1990, les pays européens travaillent d’arrache-pied à l’amélioration de l’interconnexion de leurs réseaux électriques nationaux. Malgré des progrès lents, les flux entre les pays de l’UE sont devenus importants pour la stabilité du réseau et la baisse des prix.

À cette fin, la présente décennie est cruciale.

« Les infrastructures énergétiques transfrontalières améliorent la stabilité et la fiabilité de l’approvisionnement en électricité », a souligné la ministre belge de l’Énergie, Tinne Van der Straeten, qui préside actuellement les réunions des ministres de l’Énergie de l’UE.

Lorsque la crise énergétique déclenchée par l’invasion russe en Ukraine a bouleversé l’Europe, les flux transfrontaliers sont venus à la rescousse. La France s’est appuyée sur les importations d’électricité renouvelable allemande alors que son propre parc nucléaire était à la peine, tout en lui fournissant du gaz naturel en retour.

La prochaine étape consistera à relier le nord de l’Europe, où le potentiel éolien est le plus important, au sud, riche en énergie solaire.

Par exemple, l’électricité produite grâce à des panneaux solaires en Italie pourrait être acheminée vers l’Allemagne, où le ciel est plutôt couvert. La Norvège, elle, pourrait jouer le rôle de « stockeur d’électricité » pour l’Europe du Nord grâce à son important parc hydroélectrique auquel peut être adjoint des systèmes de pompages via lequel l’eau serait pompée en consommant de l’électricité produite ailleurs et ensuite relâchée pour produire de l’électricité lorsque cela serait nécessaire.

21 % d’économie

Bruegel, un groupe de réflexion économique, estime qu’une interconnexion plus poussée des réseaux européens permet aux consommateurs de réaliser d’importantes économies tout en renforçant la stabilité des réseaux.

D’ici à 2030, une meilleure interconnexion des réseaux pourrait réduire la consommation de 21 %, note même le groupe. En outre, la volatilité des prix au cours d’une journée, qui va du négatif à des centaines d’euros par unité d’énergie, pourrait être réduite de plus de deux tiers, ajoute-t-il.

Aussi, le besoin de stockage d’électricité à court et à long terme pourrait être réduit d’au moins 25 %.

« Le meilleur stockage que nous ayons, la meilleure flexibilité que nous ayons, c’est le marché transfrontalier et intégré parce qu’il permet de bénéficier des autres », a expliqué Ditte Juul Jørgensen, directrice de la DG énergie de la Commission européenne.

« La mise en œuvre est un point critique de l’interconnexion du marché en Europe », a-t-elle ajouté.

D’une part, les gouvernements doivent être tenus responsables des objectifs de connexion au réseau de l’UE — les auditeurs de l’Union ont noté des « progrès lents » en 2023. D’autre part, les entreprises dont le marché est élargi seront également soumises à un plus grand contrôle.

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De nouvelles tâches pour l’ACER

Les marchés de l’énergie sont constitués d’un ensemble opaque de grossistes en électricité, de producteurs et de prévisions de la demande qui cherchent à faire correspondre la production des centrales électriques à la consommation. Leur nature peu transparente rend la fraude à la fois attrayante et difficile à détecter.

La surveillance des entreprises du secteur de l’énergie est assurée par des régulateurs nationaux sur base du règlement concernant l’intégrité et la transparence du marché de gros de l’énergie (REMIT). Et ces règles peuvent s’avérer redoutables.

En février, l’entreprise italienne ENET a été condamnée à une amende d’un million d’euros, et la société française Engie doit quant à elle payer 500 000 euros pour avoir manipulé le marché à son profit et au détriment des consommateurs.

Toutefois, les régulateurs nationaux des marchés de l’énergie — au nombre de 27 actuellement — atteignent leurs limites, d’autant plus que les pays de l’UE ambitionnent d’augmenter leurs échanges transnationaux.

En outre, face aux « nouvelles techniques de négociation telles que le trading algorithmique ou à haute fréquence », des changements sont nécessaires pour que « les autorités compétentes aient les moyens de surveiller correctement ce qui se passe au quotidien sur le marché de l’électricité », explique Maria Carvalho, eurodéputée portugaise de centre droit (Parti populaire européen, PPE), qui a négocié la révision de la loi pour le Parlement européen.

Pour remédier à cela et assurer une surveillance plus harmonisée, l’Union a décidé de réformer son cadre règlementaire, un travail entamé en 2023.

Les nouvelles règles viennent donc renforcer les compétences l’ACER, une agence de l’UE qui était jusqu’à présent dotée de peu de pouvoirs concrets. Ainsi, elle aura un rôle renforcé en particulier « dans l’investigation des cas transfrontaliers [de fraude] », a précisé Mme Carvalho.

L’ACER se verra également donner la possibilité d’imposer des amendes aux acteurs du marché si ces derniers ne montrent pas suffisamment coopératifs au cours de ces enquêtes.

Les nouvelles règles seront officiellement adoptées par l’hémicycle jeudi (29 février) et devrait être, selon toutes vraisemblances, fortement soutenues par l’ensemble des parties. Ensuite, les États membres de l’UE devraient également les approuver.

« Nous nous préparons déjà à assumer ces nouvelles tâches », a déclaré l’ACER, qui élabore déjà « des outils informatiques et des manuels » et prépare « la mise en place du travail d’enquête et le recrutement de personnel à partir de 2025 » pour le « département d’enquête ACER REMIT, qui sera alors solidement établi ».

Ces changements sont bienvenus pour l’ACER et la ville de Ljubljana, où est située l’agence, car ils devraient attirer des professionnels qualifiés du marché de l’électricité.

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