Selon le projet de la seconde analyse stratégique pour une politique énergétique européenne, rédigé par la Commission et qui a été consulté par EURACTIV, même si l’UE arrive à construire une économie à faible teneur en carbone avec un portefeuille solide en matière d’énergies renouvelables, la dépendance à l’importation d’énergies restera forte, situation qui nécessite la mise en place d’une gestion.
Moins d’utilisation, plus d’indépendance
Une efficacité énergétique accrue fait partie des priorités principales de la révision en tant que mesure primordiale pour améliorer simultanément la sécurité énergétique, la protection climatique et la compétitivité.
La Commission a entendu de plus en plus de voix s’élever parmi les eurodéputés (EURACTIV 10/10/08) et les groupes industriels (EURACTIV 24/09/08) demandant une utilisation plus rationnelle de l’énergie. La France a également fixé l’efficacité énergétique comme une des priorités de sa présidence chargée (EURACTIV 09/10/08).
Mais contrairement à la réduction de CO2 et aux énergies renouvelables, l’UE n’a pas défini l’objectif des 20 % en matière d’efficacité énergétique accrue comme mesure contraignante du paquet énergie et climat. Alors qu’on a pu croire que l’exécutif européen allait proposer des objectifs énergétiques contraignants, la révision ne mentionne pas de plan de ce type, ni d’initiative législative majeure en matière d’efficacité énergétique.
A la place, l’action en matière d’efficacité énergétique de l’UE de 2006 sera mise à jour, et une révision des directives clé existantes du portefeuille européen dans le domaine de la politique énergétique sera proposée. Il s’agit notamment de la directive sur la performance énergétique des bâtiments (EPBD) et le système d’étiquetage énergétique.
Varions les énergies
Le deuxième chapitre du projet de révision suggère une augmentation des possibilités en matière d’approvisionnement énergétique, une diversité de l’approvisionnement énergétique devant avoir accès au marché.
Selon la révision, 60 % de la génération d’électricité devrait être de faible teneur en carbone d’ici 2020. La révision envisage également que la part du nucléaire et des énergies renouvelables soit égale et conçoit la contribution du gaz naturel et une diminution de la part du charbon.
On estime toujours que le pétrole dominera le marché des transports en 2020, les voitures électriques ne progressant que petit à petit. Toutefois, la révision ne fait aucune prédiction plus concrète en raison du fait qu’un grand nombre de facteurs ont une influence sur le secteur. En outre, la révision exprime des préoccupations au sujet du manque de capital humain et d’investissements en matière d’infrastructures nécessaires pour réaliser la transition vers une économie à faibles émissions de CO2 dans le secteur des transports, celui de la génération d’énergie et celui de la distribution transfrontière en particulier.
L’ampleur du défi dans le domaine de l’infrastructure et son importance pour atteindre les objectifs européens en matière d’énergie et de climat doivent toujours être en ligne de mire, indique la révision en soulignant que les bouquets énergétiques peuvent être très différents selon les pays membres de l’UE.
La Commission met l’accent sur le fait que la diversification des sources énergétiques ne devrait pas avoir d’influence néfaste sur les relations avec les pays fournisseurs d’énergie et les investisseurs des pays tiers, et cette précaution doit être prise pour aborder la question de la volatilité des prix dans les marchés mondiaux de l’énergie.
Le marché européen de l’énergie reste attrayant et solvable, sa transparence et sa prévisibilité sont bonnes. Quant aux incertitudes de l’approvisionnement, elles peuvent être gérées au mieux grâce à un bon fonctionnement du marché énergétique intérieur soutenu par des mécanismes de crise appropriés, indique le texte.
Toutefois les efforts de l’UE pour diversifier l’approvisionnement énergétique froissent la Russie, un des principaux fournisseurs européens de pétrole et de gaz. La Russie a également besoin de penser à diversifier ses exportations vers d’autres régions du monde, a déclaré Alexander Krestyanov, co-chef de mission auprès de l’UE, le 14 octobre à Bruxelles (EURACTIV 15/10/08).
La question des technologies propres
Les investissements européens dans les technologies propres ont baissé ces dernières décennies en comparaison avec les Etats-Unis et les pays qui se développent rapidement tels que la Chine. La Commission est consciente du problème et a fait de l’augmentation des investissements dans le domaine de la technologie la troisième priorité de la révision.
Les barrières structurelles, qui entravent les innovations, sont nombreuses. Selon le document, il s’agit notamment de la désignation des prix pour l’énergie, de l’échelle et du but de l’innovation nécessaire et des infrastructures suboptimales existantes.
Bruxelles devrait examiner plus en détail la question dans une prochaine communication, attendue en novembre, sur le financement des technologies propres.
L’union fait la force?
Dans des recommandations répétées faisant partie du chapitre sur la diversité énergétique, la Commission a considéré qu’un marché énergétique intérieur correctement interconnecté et fonctionnant bien est la principale force qui permettra à l’Europe de réduire sa vulnérabilité en matière d’approvisionnement.
L’exécutif européen a mis en avant en septembre 2007 un troisième paquet de mesures visant à libéraliser et à intégrer le marché énergétique européen. Ce paquet figure parmi les préoccupations concernant le fait que les marchés nationaux et les acteurs continuent à dominer le marché au détriment d’un véritable marché énergétique européen. Les Etats membres se lancent souvent tous seuls dans des mesures énergétiques externes, par exemple en signant avec la Russie des contrats bilatéraux à long terme pour l’approvisionnement du gaz plutôt que de parler d’une voix avec les pays fournisseurs.
On a pu constater cette tendance lors de la récente rencontre des ministres européens de l’Energie (10 octobre), lorsque l’Allemagne a réussi à assouplir une clause de réciprocité qui aurait joué le rôle de veto européen en matière d’investissement, empêchant les industries des pays tiers, comme la Russie, d’acquérir des actifs de transmission à moins d’accorder aux entreprises européennes la même certitude juridique et les mêmes droits d’accès au marché que ceux dont disposent les entreprises étrangères opérant sur le territoire de l’UE (EURACTIV 13/10/08).
Parallèlement, l’infrastructure énergétique trans-européenne, comme le dispositif d’intercommunication à travers les Pyrénnées, qui est en difficult, est également confrontée à des difficultés majeures pour la mise en œuvre, principalement parce qu’au niveau local, l’intérêt de mettre en place un tel dispositif n’est pas clair, indique le document.
En même temps que la révision, la Commission a affirmé qu’elle publiera un livre vert pour lancer un débat public sur la manière dont les ressources limitées des réseaux européens de l’énergie, les principales réserves de fonds européens disponibles pour la modernisation de l’infrastructure énergétique, devraient être dépensées les prochaines années.

