Le
Commissaire Günter Verheugen a affiché son optimisme
quant à l'avenir de l'industrie européenne de défense, plaidant
notamment en faveur d'une exploitation systématique des
passerelles existant entre industrie civile
et industrie de la défense. M. Verheugen a également
réaffirmé la détermination de la Commission à obtenir un
engagement budgétaire clair des Etats en faveur de la recherche
sur la sécurité, et souligné qu'il avait pris le soin de
"sanctuariser" ce budget avant le début des négociations sur les
perspectives financières de l'UE - dans le cadre d'un accord avec
le Commissaire à la recherche Janez Potocnik.
"Que cela nous plaise ou non, l'UE est sur le point d'accéder au
rang d'acteur mondial. Et cela d'une façon différente des
Etats-Unis. Nous ne percevons pas encore très bien la signification
de cette évolution. L'UE a besoin d'élever le niveau du débat
public [sur ce sujet] - jusqu'à présent ce débat a été de
médiocre qualité", a notamment
déclaré le Commissaire Verheugen, avant de souligner que
l'UE devait, à sa dimension de "puissance douce",
ajouter celle de "puissance
robuste" si elle voulait pouvoir réellement
assumer ses missions de maintien de la paix.
Richard Falkenrath, chercheur à
la Brookings Institution et ancien
conseiller de la Maison blanche sur les questions de sécurité
intérieure, a pointé du doigt ce qu'il a appelé les "efforts
asymétriques" des Etats-Unis et de l'Europe dans le domaine de la
lutte contre le terrorisme - une telle asymétrie étant selon
lui de nature à exposer davantage l'Europe à la menace
terroriste.
M. Falkenrath a également estimé que l'Europe n'avait
toujours pas procédé à la réforme structurelle de ses
systèmes de sécurité pourtant rendue nécessaire par le nouveau
contexte mondial (notamment depuis le 11 septembre). "La cloison
séparant les services de renseignement et
les forces de police n'est pas encore tombée", a-t-il
déploré, renvoyant notamment à l'exemple des attentats
du 11 mars - en amont desquels les services
de renseignement espagnols n'auraient pas transmis à
la police l'ensemble des informations à leur
disposition. Richard Falkenrath a également affirmé
que l'UE serait mal inspirée de dépenser des
millions d'euros dans de nouveaux projets de
recherche, au lieu de "cueillir les fruits se trouvant à
portée de main" dans le domaine des technologies de
défense.
Jorge Bento Silva, administrateur principal au
sein de
la Direction-générale Justice,
Liberté et Sécurité de la Commission européenne, a réfuté
la dernière affirmation de Richard Falkenrath, soulignant que
l'UE avait des besoins spécifiques en matière
de recherche sur la sécurité. Par exemple, a poursuivi
M. Bento Silva, l'UE s'intéresse actuellement à une
technologie suisse permettant de déterminer l'origine exacte
d'un explosif : en la matière, les Européens n'auraient
pu se tourner vers les Etats-Unis, dont les entreprises ont renoncé
à développer des produits dans ce domaine (en l'occurence pour
des raisons juridiques).
Selon Bento Silva, l'UE cherche avant tout, à l'heure
actuelle, à "identifier ses besoins cruciaux" en matière de
sécurité. Le résultat de cette réflexion est d'ores et déjà clair
: "Plutôt que de réglementation, c'est de standardisation
dont nous avons besoin", a conclu M. Bento
Silva.
Victor Aguado, directeur
d'Eurocontrol, dont l'une des activités consiste à
gérer l'espace aérien (civil et militaire) de l'UE, a souligné le
besoin d'un meilleur échange d'informations au niveau
européen : "Nous pouvons considérablement relever notre niveau
de sécurité en créant des interfaces entre les
systèmes existants. Nous avons d'ores et déjà à notre
disposition une quantité importante d'informations. Certains
besoins en matière de sécurité rendront nécessaire le développement
de nouvelles technologies, d'autres non", a souligné M.
Aguado.
Diego Ruiz Palmer, en charge du
service de gestion des crises à l'OTAN, a indiqué
qu'il était nécessaire de mettre en place des structures
organisationnelles "plus légères" au niveau européen, afin de
permettre l'émergence d'une mentalité nouvelle fondée sur la
recherche de la "réactivité instantanée en situation de
crise".
Markus Hellenthal, vice-président du
département "Sécurité intérieure"
d'EADS, a souligné que les
organisations de sécurité étaient mal armées pour répondre aux
nouvelles menaces, caractérisées par un fort degré
d'imprévisibilité. M. Hellenthal a notamment déploré "la
fragmentation [des dispositifs de sécurité] aux niveaux
régional, national et international", "la faiblesse ou
l'absence des moyens de coordination", "l'archaïsme des
technologies informatiques", ainsi que "les efforts budgétaires
insuffisants consentis pour développer de nouvelles
technologies".
James Moseman, Directeur "Europe et OTAN" au
sein de la société Northrop Grumman, a
indiqué qu'un nombre considérable de technologies de pointe
étaient d'ores et déjà disponibles ou en voie de développement dans
les domaines de la surveillance, du commandement et de la
détection, mais que les progrès seraient encore plus
rapides sans "la regrettable prolifération de normes et la
dimension politique inhérente à l'attribution des marchés
publics d'armement", autant de facteurs susceptibles selon lui de
"faire obstacle à une concurrence réelle". M.
Moseman a souligné que l'absence d'un marché commun et
de normes harmonisées ne pouvaient se traduire que par des
retards dans l'arrivée sur le marché de nouveaux produits.