Werner Hoyer, président de la BEI : « Greta Thunberg fait du bon travail !»

Werner Hoyer. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

La Banque européenne d’investissement (BEI) a publié en juillet une ébauche de sa politique de prêts en matière de projets énergétiques. Au programme, une focalisation sur les énergies renouvelables et une diminution progressive du financement des énergies fossiles.

Werner Hoyer, qui préside la BEI depuis 2012, expose la nouvelle vision du bailleur de fonds de l’UE sur les défis qui l’attendent.

Qu’avez-vous pensé de l’intervention de Greta Thunberg lors du Sommet pour le climat la semaine dernière à New York ?

Elle fait du bon travail. Elle est le symbole d’une génération qui fait entendre sa voix. Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, a déclaré récemment que les manifestations pour le climat prouvent qu’il est possible de mobiliser les jeunes sur des sujets politiques.

Il est effectivement possible de les mobiliser, mais il est encore plus important qu’eux nous mobilisent. C’est devenu une évidence au cours des dernières semaines. Il s’agit véritablement d’un mouvement de masse, et c’est très stimulant.

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Quelle influence cette mobilisation inédite de la jeunesse exerce-t-elle sur la BEI ?

Nous avons besoin de soutien politique, car nous sommes une institution détenue par les 28 États membres de l’UE. En définitive, il me faut convaincre notre conseil d’administration représentatif des 28 gouvernements (y compris le Royaume-Uni), que nous sommes sur la bonne voie. Ce mouvement des jeunes est très encourageant pour nous, car nous sommes, de loin, le plus important bailleur de fonds engagé en faveur de l’action climatique au niveau mondial.

Cela a parfois été critiqué, mais plus maintenant. Les gens sont satisfaits que la BEI soit en mesure de mobiliser des capitaux privés en faveur de l’action pour le climat. Soudain, nous sommes sous le feu des projecteurs.

La Commission européenne veut transformer la BEI en une « Banque pour le climat ». Comment cela se concrétisera-t-il ?

Ursula von der Leyen, la présidente élue de la Commission européenne, a dit qu’elle voulait que la BEI soit « la » banque pour le climat. Nous sommes « une » banque pour le climat depuis déjà 30 ans. Il y a quatre ans à Paris, nous avons été la force motrice à l’œuvre derrière les banques multilatérales de développement.

Nous nous sommes alors engagés à ce que 25% de nos activités soient consacrées à des objectifs précis en matière d’action climatique. Nous avons tenu nos engagements sur ce point. Actuellement, nous en sommes à 28% et nous avons proposé à nos actionnaires d’augmenter ce pourcentage jusqu’à 50% d’ici à 2025.

C’est très ambitieux, mais nous ne nous arrêterons pas là. Nous adapterons également le 50% des prêts restants aux objectifs de l’Accord de Paris. Ainsi, les projets qui ne sont pas directement liés au climat ne doivent pas s’opposer à nos ambitions en la matière. Toutes nos actions visent la protection climatique.

Le plan de financement durable de la Commission européenne vous offre-t-il des outils suffisants ?

Je salue les efforts de la Commission européenne visant à présenter un plan de financement durable qui inclut une taxonomie verte, et fournit une meilleure définition de — par exemple — ce qu’est une « obligation verte ».

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Nous avons d’ailleurs été les vecteurs essentiels des principes liés aux obligations vertes. Nous ne pouvons pas présenter aux investisseurs que nous souhaitons intéresser à nos projets n’importe quel document blanc que nous aurions simplement coloré en vert. Ils doivent savoir exactement ce que nous finançons avec ces obligations vertes.

Ces efforts doivent cependant aussi se concrétiser à l’échelle mondiale. L’Union européenne doit conserver son leadership dans ce domaine et convaincre nos partenaires partout dans le monde que nous avons besoin d’avoir des points de comparaison équivalents.

Êtes-vous déçu que certains États membres aient déjà relégué à l’arrière-plan les propositions que vous avez présentées au début du mois de septembre ?

Au contraire, je le vois comme un encouragement. J’ai l’impression que le conseil d’administration nous témoignera tout son soutien lors de notre prochaine réunion en octobre.

Il ne fait aucun doute que certaines régions ou pays seront plus affectés que d’autres par la transition vers une économie faible en carbone. Certains pays demeurent très dépendants des combustibles fossiles, pas seulement pour leur approvisionnement ou leur sécurité énergétiques, mais aussi pour soutenir l’emploi et la croissance. Ils sont sceptiques et réticents.

Je soutiens totalement une transition énergétique juste et équitable. Si nous ne prenons pas ce virage maintenant, nous risquons de voir s’immobiliser des installations ayant une durée de vie économique de 25, 35, voire 40 ans.

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