« La CJUE devrait donner son avis sur Nord Stream 2 »

Gazoduc Nord Stream [Gazprom]

Autrefois, la législation européenne s’appliquait aux gazoducs arrivant sur le territoire européen depuis l’extérieur. Cela pourrait aussi être le cas pour Nord Stream 2, a déclaré le spécialiste Sijbren de Jong à EurActiv Slovaquie.

Sijbren de Jong est analyste stratégique au Centre de la Haye pour les études stratégiques et maitre de conférences en géo-économie à l’université de Leiden.

La crise diplomatique actuelle entre l’UE et la Turquie a-t-elle un impact négatif sur le corridor gazier sud-européen ?

Le gouvernement turc organise un référendum sur l’octroi au président Erdoğan de plus de pouvoirs. La rhétorique actuelle impliquant notamment les Pays-Bas et l’Allemagne est d’attiser la fièvre nationaliste en faveur des changements proposés.

Puisque l’objectif à long terme du gouvernement est de faire de la Turquie un pays de transit, je ne pense pas que cet épisode se mettra en travers du corridor gazier sud-européen. Il est dans l’intérêt de la Turquie d’être perçue comme un pays stable, via lequel des approvisionnements énergétiques peuvent transiter. Elle veut être un pays de passage, dans lequel le gaz venant de la mer caspienne ou de la Russie peut transiter vers l’Europe du sud-est.

Nord Stream 2 contredit l'indépendance énergétique de l'UE

Le très controversé gazoduc Nord Stream 2 pourrait mettre à mal la stratégie sur l’Union de l’énergie de l’UE et anéantir ses projets concernant le gaz naturel liquéfié, avertit un ambassadeur américain.

Richard Morningstar, ancien ambassadeur américain auprès de l’Azerbaïdjan et de …

Le gaz de la mer caspienne a-t-il un grand potentiel en Europe du Sud-Est ?

Pour la phase initiale, 10 milliards de m3 (mmc) de gaz naturel ont déjà été retenus par l’Azerbaïdjan. La livraison de ce volume-là est garantie. Pour la seconde phase du projet, reste à savoir d’où viendra le gaz restant lorsque le gazoduc transadriatique (TAP) sera étendu à près de 20 mmc. Il pourrait venir d’Azerbaïdjan mais on ne sait pas encore s’ils seront capables d’assumer cette distribution.

Le Turkménistan a vraiment peu de chances. Pour pouvoir exporter quoi que ce soit, ils doivent d’abord construire le gazoduc transcaspien, ce que l’Iran et la Russie ne cessent de bloquer.

L’Iran pourrait être une option, mais seulement si le pays investit massivement dans des infrastructures ramenant du gaz dans le nord du pays, car tous les grands gisements de gaz se trouvent dans le sud.

Être doté d’une nouvelle voie de transit est-il le plus grand avantage du corridor gazier sud-européen ?

C’est d’une importance majeure. Peut-être pas pour l’Europe entière, mais c’est crucial pour l’Europe du Sud-Est. Là-bas, le niveau de concurrence sur le marché du gaz est assez marginal.

Pensez-vous que le gaz caspien arrivera en Europe centrale dans un futur proche ?

Non, pas pour le moment.

Dernièrement, Gazprom s’est dit intéressé à fournir du gaz au TAP, ce qui a été salué par plusieurs actionnaires. Voyez-vous toujours le TAP comme un projet de diversification phare de l’UE ?

Gardez à l’esprit que le gazoduc ne sera pas entièrement approvisionné par du gaz russe. S’il est approvisionné par 10 mmc de gaz azéri, alors il restera du gaz d’un fournisseur que nous n’avons pas. Bien sûr, je comprends l’ironie. Si la Russie finit par distribuer la moitié des 20 mmc dans la seconde phase, le TAP aura perdu de vue son intention initiale.

Il faut toutefois reconnaitre que les règles sur l’accès de tiers au réseau existent pour une raison. S’il n’y a plus d’exemptions et que Gazprom souhaite fournir du gaz via ce gazoduc en particulier, alors il faut vraiment se pencher sur cette option. Après tout, les règles sur l’accès de tiers au réseau sont une mesure que nous avons mis en place pour qu’ils partagent les capacités de gazoduc avec d’autres. Donc l’inverse est également vrai.

L'Europe centrale fait bloc contre le projet Nord Stream 2

Exclusif. Plusieurs pays européens souhaitent bloquer l’extension du gazoduc Nord Stream 2 sur la base d’arguments juridiques. Une approche qui sera discutée lors du sommet européen des 17 et 18 décembre.

Le problème est que le TAP, en tant que projet de diversification, est financé par la Banque européenne d’investissement et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement.

A l’heure actuelle, le désir de la Russie de fournir du gaz dans la seconde phase du TAP n’est encore qu’une idée. Rien n’est certain.

D’un autre côté, si la seconde partie du gazoduc Turkish Stream est construite, la Turquie aura plus de capacités que ce dont elle a réellement besoin pour sa consommation. L’excédent doit bien aller quelque part. Cela explique le regain d’intérêt pour l’interconnecteur Turquie-Grèce-Italie (ITGI) pour lequel la Russie possède une exemption de 20 ans aux règles d’accès de tiers au réseau. Si l’ITGI est finalisé, le gaz restant sera livré en Italie. C’est une autre manière d’anticiper les futures livraisons du corridor gazier sud-européen.

La Commission risque-t-elle d’approuver le Nord Stream sous la pression allemande ?

Les dernières discussions juridiques se sont basées sur une analyse du département juridique de la Commission. L’analyse estime que la législation du marché interne ne s’applique pas aux sections offshores de Nord Stream 2. C’est une position contestable. Si vous observez certaines des décisions prises récemment, le droit européen s’est appliqué à Yamal et à South Stream, tous deux des gazoducs entrant sur le territoire européen depuis l’extérieur. Cela veut dire qu’il existe un précédent juridique qui montre bien que la législation européenne peut s’appliquer. En d’autres termes, le jury n’est pas encore exclu de Nord Stream 2. Étant donné l’incertitude qui règne en ce moment, l’affaire devrait être portée devant la Cour de justice de l’UE, qui devrait décider qui a raison.

La CJUE pourrait mettre des années à se décider.

C’est vrai, construire un projet d’une telle ampleur est un risque calculé, les poursuites judiciaires sont toujours une option.

Gazprom a-t-il les capacités financières pour construire North Stream 2 ?

Je ne sais pas. Ils subissent actuellement une pression financière, donc les contributions financières d’autres entreprises seraient les bienvenues.

Un dossier solide peut être monté sur la raison pour laquelle le projet viole les lois européennes. Si c’est le cas, le projet ne pourra pas avancer en l’état actuel et une forme alternative devra être trouvée.

Récemment, un représentant d’ENGIE, qui collabore avec Gazprom sur Nord Stream 2, m’a dit que le gaz russe était la meilleure option sur le marché gazier européen aujourd’hui. Etes-vous d’accord ?

Le gaz naturel liquéfié (GNL) est à un prix très bas en ce moment. Dernièrement, cela dépend aussi de ce que veulent les pays. S’ils veulent un marché plus diversifié, ils devront acheter du gaz ailleurs. Le marché le plus important pour la Russie est toujours l’Europe ; la Chine n’avance pas aussi vite qu’elle aimerait. Ils dépendront donc de l’Europe pendant encore longtemps. L’un des moyens de s’assurer qu’ils gardent les parts de marché est de construire de nouvelles routes (Nord Stream 2, Turkish Stream), tout en contournant les vieilles routes (Ukraine) et en baissant les prix en contrepartie pour de grands volumes vendus. En vendant en fonction du volume et non du prix, ils créent une sorte de verrou pour les prochaines décennies pour s’assurer un revenu stable et ce, malgré l’essor de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables. C’est une stratégie murement réfléchie.

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