32 % de renouvelables, un chiffre insuffisant

S'alimenter à 100% d'énergie renouvelable, c'est possible avec les technologies existantes, assure Radostina Primova. [zak zak / Flickr]

L’objectif de 32 % de renouvelables fixé la semaine dernière serait « bien en deçà » de ce qui est nécessaire pour respecter l’Accord de Paris sur le changement climatique.

Radostina Primova est la directrice du programme « climat et énergie » de la fondation Heinrich Böll-Stiftung, affiliée au parti Alliance 90 / Les Verts, en Allemagne.

Rebecca Bertram est conseillère politique pour la transition énergétique européenne à la fondation.

Vous êtes les éditrices de l’Atlas européen de l’énergie. Pouvez-vous nous expliquer ce projet ?

Radostina Primova (RP) : Le principe de l’Atlas européen de l’énergie est de montrer comment nous pourrions mettre en œuvre une transition vers l’énergie propre en Europe. Un grand nombre de décisions du secteur de l’énergie sont prises au niveau national, et nous voulions amener la dimension européenne dans le débat.

Nous expliquons la situation dans différents États membres, discutons des facteurs incitatifs des transitions énergétiques et présentons les difficultés à dépasser. Ici, nous avons placé un accent particulier sur la manière dont les différents secteurs de l’énergie, comme l’électricité, le transport et le chauffage/refroidissement peuvent être liés.

Le message principal de l’Atlas est le suivant : avec les technologies de stockage et de réponse à la demande existants, nous pourrions déjà mettre en place un système reposant sur 100 % de renouvelables. Mais il y a eu beaucoup de lobbying dans les pays, mais aussi à Bruxelles, pour convaincre les décideurs que la transition vers un tel système est impossible ou trop couteuse.

Nous montrons une alternative claire à cette théorie. Nous voulons prouver qu’une transition énergétique européenne apporterait des bénéfices considérables à tous les citoyens et à l’Europe dans son ensemble.

Rebecca Bertram (RB) : Si l’Atlas européen de l’énergie a été publié à cet instant précis est bien sûr à cause des négociations actuelles sur les règles énergétiques et climatiques qui cadreront l’effort de l’UE pour atteindre ses objectifs pour 2030.

Les objectifs envisagés sont bien en deçà de ce qui est nécessaire pour respecter l’Accord de Paris, signé par l’UE, et combattre les dangers du changement climatique. C’est pourquoi nous voulons montrer qu’un système énergétique avec 100 % de renouvelables est possible d’ici le milieu du siècle, et que cela ne coûtera pas beaucoup plus que le système actuel.

Le blocage institutionnel persiste sur l’efficacité énergétique

Les négociations sur les nouvelles règles d’efficacité énergétiques ont à nouveau capoté cette semaine, États et eurodéputés étant incapables de trouver un compromis sur les objectifs à fixer.

La directive sur l’efficacité énergétique est encore en cours de négociation, mais le Conseil et le Parlement sont déjà parvenus à un accord sur l’objectif en termes d’énergie renouvelables, un chiffre plus élevé que ce qui avait été proposé au départ par la Commission.

RB : Oui, il y a un compromis sur un objectif contraignant de 32 % de renouvelables, qui sera revu en 2023. C’est un peu plus élevé que la proposition initiale (27 %), mais encore moins que ce que voulait le Parlement (35 %), et toujours peu ambitieux.

Comme le soulignent de nombreux experts des énergies renouvelables, il nous faudrait au moins 45 % d’énergie renouvelable et un objectif de 40 % d’efficacité énergétique au niveau européen, ce qui est politiquement impossible à l’heure actuelle. Ce qui est bien, c’est à présent les communautés, coopératives et particuliers ont de nouveaux droits en termes de production, de consommation, de stockage et de vente de leur énergie renouvelable, sans pour autant être soumis à des frais ou des obstacles administratifs encombrants. C’est une vraie victoire pour la démocratie énergétique, l’énergie citoyenne est vraiment reconnue dans la directive. C’est aussi un message important de notre Atlas européen de l’énergie.

Il est aussi important de noter que nous ne parlons pas uniquement de renouvelables. Il existe encore un potentiel énergétique non utilisé énorme. Notre Atlas montre qu’un objectif d’efficacité énergétique plus élevé permettrait d’arriver plus facilement à l’objectif lié aux renouvelables.

Si l’Europe débloque son plein potentiel énergétique, la demande pourrait être divisée par deux d’ici 2050. Donc si on applique un objectif d’efficacité énergétique plus ambitieux, chaque État membre devra faire moins d’efforts pour atteindre son objectif de renouvelables. L’Atlas européen de l’énergie souligne ça : qu’atteindre un objectif de 45 % de renouvelables serait encore plus facile avec un objectif d’efficacité de 40 %.

L'Europe s'accorde sur un objectif de 32% de renouvelables d’ici 2030

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La baisse des coûts de l’énergie solaire et éolienne rend les renouvelables plus attrayantes. La transition énergétique peut-elle se faire sans législation ?

RB : Non, ce serait très difficile sans l’appui de la législation. C’est ce que nous essayons de dire avec l’Atlas européen de l’énergie. À l’heure actuelle, ce sont les grandes entreprises de services publics qui poussent la politique énergétique européenne, et il y a encore trop d’intérêts liés aux combustibles fossiles et à l’industrie nucléaire.

Nous proposons un schéma diamétralement différent : un monde avec une approche ascendante où les citoyens jouent un rôle plus important, où nous créons une identité et une stratégie communes pour la politique énergétique et climatique européenne. Cette vision dépend en grande partie d’une bonne législation. Si un État membre déclare vouloir continuer à investir dans le charbon ou le nucléaire, cela va à l’encontre de cette proposition.

Ce que nous notons, c’est que les énergies renouvelables sont souvent la technologie la moins chère, mais la volonté politique n’est souvent pas là pour la faire avancer. Il y a trop d’entreprises, de politiciens et de citoyens européens encore accrochés à l’ancien système.

RP : Il faut mettre en place un cadre juridique et réglementaire stable qui facilitera et guidera la transition énergétique. La précédente directive sur les énergies renouvelables comportait des objectifs contraignants au niveau national, et c’est également ce qui a favorisé la prévisibilité du secteur. C’est ainsi que fonctionnent les investissements. Les investisseurs ont besoin de stabilité. Ce n’est pas quelque chose qui pourrait être dicté uniquement par le marché.

L’un des principaux messages de l’Atlas est que les citoyens européens font déjà avancer la transition énergétique et que ces petits acteurs doivent également être protégés par la législation. Vous ne pouvez pas avoir les mêmes règles de marché pour les citoyens et les petits producteurs que pour les grandes compagnies d’électricité. Il doit y avoir des règles adaptées aux différents participants.

À l’heure actuelle, les coopératives dites énergétiques sont confrontées à de nombreux obstacles, tels que des charges et des tarifs disproportionnés, qui rendent difficile le développement de ce type de projets dans certains États membres en raison d’obstacles juridiques ou administratifs. C’est aussi la raison pour laquelle nous avons besoin d’une réglementation au niveau de l’UE qui fixera des règles pour ce type d’autoproduction et de consommation. Il est également nécessaire d’harmoniser ces règles, car les conditions sont très disproportionnées d’un État membre à l’autre.

La transition énergétique signifie également une perte d’emploi pour les travailleurs du secteur du charbon. Existe-t-il en Europe de bons exemples de ce qui peut être fait pour assurer un avenir sûr pour ces travailleurs et leurs familles ?

RP : Vous avez raison de dire que la transition énergétique doit aussi se faire d’une manière socialement juste. C’est un autre sujet brûlant sur lequel les eurodéputés et les États membres travaillent. L’instrument clé sera le cadre financier pluriannuel post-2020. Il est important que ce type d’instrument soit également utilisé pour aider les régions charbonnières à se restructurer.

Il y a de bons exemples. L’emploi dans la région polonaise de Silésie, par exemple, qui est très dépendante du charbon, sera restructuré pour produire des énergies renouvelables. Les travailleurs du secteur du charbon seront automatiquement engagés dans de nouveaux secteurs, de sorte qu’ils ne perdront pas leur emploi.

Un projet pilote a aussi été lancé dans la région de Haute-Nitra en Slovaquie et un autre dans le Nordrhein-Westfalen qui est le centre charbonnier de l’Allemagne. La centrale Prosper-Haniel, l’une des plus grandes, a été transformée en batterie solaire géante qui peut stocker l’énergie solaire et éolienne excédentaire. Ainsi, les travailleurs n’ont pas perdu leur emploi et la même installation qui servait à produire de l’électricité à partir du charbon a été transformée en une installation d’accumulation par pompage pour l’énergie solaire.

Ces installations pourraient constituer une solution innovante pour transformer les régions dépendantes du charbon et du lignite, puisqu’elles stockent l’énergie renouvelable excédentaire les jours de production et la déchargent pendant les périodes de pénurie d’énergie.

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