La décarbonisation du chauffage, cruciale pour la transition énergétique

Le chauffage urbain augmente indubitablement le potentiel énergétique, mais cela ne veut pas dire qu’il sera automatiquement plus propre et plus écologique. [Shutterstock]

Alors que les discussions sur les objectifs d’énergies renouvelables reprennent, l’Agence internationale de l’énergie se penche sur la décarbonisation du secteur du chauffage. Une tâche qui s’annonce complexe.

Ute Collier est directrice de la section énergie renouvelable de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Elle est l’auteur de « Politiques de chauffage renouvelable : des solutions pour la transition énergétique », publié en 2018.

Vous êtes l’auteur d’un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) sur les politiques de chauffage. Quels sont ses principaux objectifs ?

L’AIE publie des rapports annuels sur le marché des énergies renouvelables, qui se penchent sur le secteur mondial de l’énergie, le chauffage et la climatisation, ainsi que sur le secteur des transports. Il est clair que le chauffage et le refroidissement représente une dépense énergétique importante dans le monde, mais les données sur le chauffage ne sont pas reprises dans notre base de données, nous devons donc faire beaucoup d’hypothèses.

Mon rapport est axé sur ce qui motive réellement l’utilisation de technologies de chauffage telles que les pompes à chaleur. Je voulais également me pencher sur les politiques mises en place par les pays et leur efficacité.

Dans l’UE, nous disposons de beaucoup d’informations grâce à la directive sur les énergies renouvelables. Dans ce rapport, j’ai décidé de me pencher sur d’autres régions, ce qui est très intéressant.

Il est parfois difficile de recueillir des informations de pays tels que la Chine et les États-Unis, bien qu’ils soient les plus grands consommateurs de chauffage.

Comment l’UE se distingue-t-elle du reste du monde ?

Lorsque l’on compare les régions, l’UE s’en sort bien, en termes de pourcentage de chaleur renouvelable. Cela ne nous dit cependant pas grand-chose, parce que certains pays se détachent clairement. C’est par exemple le cas de la Suède, dont la part de chauffage renouvelable représente 70 %, tandis que d’autres comme le Royaume-Uni et les Pays-Bas sont à la traîne.

Bien sûr, il y a des facteurs comme les infrastructures locales et les conditions climatiques qui entrent en compte. Prenez Malte par exemple, qui a des exigences complétement différentes que les pays nordiques.

Un projet de recherche franco-irlandais planche sur le stockage des renouvelables

Pour utiliser davantage de renouvelables, il est essentiel d’améliorer l’interconnexion et la flexibilité des réseaux. Un projet de recherche franco-irlandais se penche sur la question.

Comment les pays peuvent-ils utiliser davantage d’énergies renouvelables dans leurs systèmes de chauffage et de refroidissement ? Le chauffage urbain est-il une solution ?

C’est l’un des points importants du rapport. Le chauffage urbain augmente indubitablement le potentiel énergétique, mais cela ne veut pas dire qu’il sera automatiquement plus propre et plus écologique. Il suffit de regarder des pays comme la Pologne, où le réseau de chauffage urbain est bien développé, mais se chauffe encore largement au charbon. Pour que ce réseau fonctionne efficacement, les pays doivent vouloir réellement atteindre les objectifs de SER [source d’énergie renouvelable].

Le chauffage urbain reste une infrastructure incroyable car elle permet l’exploitation d’énergies renouvelables et améliorent l’efficacité énergétique.

Les pays où le chauffage urbain est peu développé ont plus de difficultés à améliorer leur efficacité énergétique. Cependant, une grande partie des logements ne peuvent pas utiliser des sources renouvelables. Vous ne pouvez pas simplement mettre une chaudière à biomasse dans chaque maison, en particulier dans les appartements. C’est le même problème pour les pompes à chaleur.

Le chauffage urbain permet aux centres énergétiques de profiter de ces technologies, car ce type de chauffage est très polyvalent.

Le chauffage urbain semble être une mesure politique à long terme, car il doit être planifié. Les pays sont-ils découragés par cet aspect ?

C’est certainement un défi. Les pays nordiques, par exemple, ont commencé à construire ces systèmes dans les années 1950 et 1960. Cela nécessite une part de financement public importante et de la participation des autorités locales.

Un pays comme le Royaume-Uni, dont le chauffage urbain est restreint, est confronté à plusieurs obstacles. Premièrement, des coûts d’infrastructure. Le Danemark pour sa part a construit tout cela au cours des 40 dernières années. Comment justifier cet investissement alors qu’il faut en plus atteindre les objectifs de réduction du carbone dans la prochaine décennie ?

Ensuite, se pose le problème de l’emplacement d’un réseau de chauffage urbain. Le centre urbain semble l’endroit le plus approprié mais il faut démolir les routes pour poser des tuyaux. Bien sûr, les routes doivent être démolies pour d’autres travaux à un moment donné ; il faudrait donc synchroniser ces projets, c’est une question de timing.

Par ailleurs, les consommateurs des pays qui ne disposent pas encore de ce type d’infrastructure ne font pas nécessairement confiance au réseau de chauffage urbain. Le Danemark a encore une fois été intelligent sur ce point mais d’autres pays sont cependant moins enclins à le faire.

L’installation de réseaux de chauffage urbain est une tâche difficile dans des pays comme le Royaume-Uni, où les réseaux étaient fort présents, mais pas fiables. Les infrastructures sont obsolètes, il faudrait donc investir du temps et de l’énergie pour remédier au problème.

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