L’association Française du Gaz confiante pour « dépasser l’objectif de production de biométhane de 1% en France cette année »

« La principale source de biométhane en France sont des déchets agricoles avec une capacité de production de l’ordre de 20 GWh par an », déclare Patrick Corbin, président de l'Association Française du Gaz (AFG). [Ralf Geithe/Shutterstock]

Patrick Corbin est président de l’Association Française du Gaz (AFG). Lors d’un entretien avec EURACTIV France, il s’est confié sur le verdissement de la filière gaz en France et les futurs objectifs européens. 

L’industrie gazière est en pleine transition verte. Quelles sont les sources principales de biométhane disponibles en France ?

Les principales ressources aujourd’hui viennent à la fois des déchets agricoles et des cultures intermédiaires à vocation énergétique. Ces principales ressources sont aussi complétées par des déchets de type stations d’épuration. Mais la majeure partie sont des déchets agricoles avec une capacité de production unitaire des méthaniseurs de l’ordre de 20 GWh par an. 

Nous sommes tout à fait confiants pour dépasser l’objectif de production de biométhane de 1% en France cette année. Nous sommes en avance sur les objectifs de programmations pluriannuelles de l’énergie (PPE) : l’objectif PPE de production qui avait été fixé à 6 TWh en 2023, devrait être atteint dès l’année 2021. 

La France a pour objectif d’incorporer 10% de biométhane dans son mix gazier. Qu’est-ce qui a déjà été accompli et que reste-t-il à faire pour atteindre cet objectif ?

L’objectif de 10%, cela veut dire environ 40 TWh de biométhane produit en France. Aujourd’hui, nous sommes convaincus que nous pouvons y arriver, à la fois avec les projets actuels, mais aussi avec la dernière mesure votée dans le projet de loi Climat et Résilience. 

Cette dernière prévoit la mise en place de certificats verts qui permettront de soutenir la production de biométhane en complément des soutiens budgétaires de la PPE. Les certificats verts obligent chaque fournisseur à avoir une part déterminée de gaz renouvelables dans ses ventes de gaz à ses clients.  Ce système permet de dégager des ressources qui permettront de financer le complément et d’arriver aux 40 TWh en 2030. 

L’industrie gazière s’engage à ce qu’en 2050, 100% du gaz soit renouvelable ou décarboné. 

Réforme des aides au stockage : vers un gaz 100% vert

La Commission a donné son feu vert au mécanisme de régulation du stockage de gaz naturel en France, jugé conforme aux règles de l’UE en matière d’aides d’État. Une décision qui devrait permettre la transition vers un gaz 100% renouvelable, selon Storengy.

Pour atteindre cet objectif, la filière du gaz va-t-elle être amenée à se diversifier ? 

Absolument. Elle ne devra plus seulement être une filière de type agricole et/ou station d’épuration. On voit apparaître des projets mixtes entre industries et collectivités locales, notamment à partir de la récupération des déchets alimentaires dans les villes. 

Aujourd’hui, il est trop tôt pour dire qu’elle sera la part des projets agricoles, la part des projets des stations d’épuration, et la part d’autres projets. Mais on sait qu’on y arrivera. On sera aux objectifs de la PPE et au-delà. 

La loi Climat prévoit également l’instauration de zones à  faibles émissions (ZFE)  en France. Quelles sont vos inquiétudes sur cette mesure ?

L’instauration de ces ZFE va induire, pour un nombre extrêmement important d’artisans, de commerçants et autres, une obligation de changer leurs véhicules diesel et essence. Nous souhaitons que le GNV et le bioGNV (biométhane utilisé comme carburants verts pour véhicules, NDLR) aient réellement leur place, et qu’on ne pense pas qu’aux véhicules électriques.

Au niveau européen, c’est le même constat : la réglementation européenne concernant l’automobile ne considère pas le bioGNV comme une énergie décarbonée. On est dans une mesure uniquement au pot d’échappement, bien entendu le bioGNV émet du CO2 à l’échappement, mais un CO2 capté par la plante au moment de sa croissance. C’est pour nous un point de préoccupation majeure. 

Le plan européen de taxation de l’énergie vise à mettre fin à l’« avantage caché » des combustibles fossiles

Une proposition de nouveau système de taxation des carburants à l’échelle de l’UE, basé sur le contenu énergétique plutôt que sur le volume, vise à mettre fin aux incitations en faveur de l’essence et du diesel.

Le paquet « Fit for 55 » prévoit un système de certification pour le gaz d’origine renouvelable : quelles sont vos recommandations pour mettre en place un tel système au niveau européen ?

Il est extrêmement important qu’il n’y ait pas de différences de transpositions entre les États européens. Il ne faut pas qu’elles induisent des différences de comportements des acteurs économiques. Nous veillerons à éviter la distorsion de concurrence. 

Il est également essentiel que ces futures mesures préservent la capacité industrielle française. Par exemple, aujourd’hui 85% de l’hydrogène consommé en France l’est dans deux secteurs industriels : le raffinage et l’ammoniac. Ils sont très compétitifs au niveau mondial. S’il y a un prix de l’hydrogène, en Europe ou en France, pour ces industriels, trop élevé, très clairement ces industries se délocaliseront.

Globalement, nous soutenons cet objectif issu du paquet « Fit for 55 » : nous pensons que les gaz renouvelables ont une vraie part à jouer. N’oublions pas que les gaz renouvelables sont une énergie stockable. Le fait d’avoir une énergie stockable est un élément déterminant quand on voit les difficultés que peuvent avoir d’autres énergies intermittentes qui ne sont pas stockables, comme les énergies électriques.

En France, aujourd’hui, avons-nous les capacités de stockage nécessaire ? 

Bien sûr. Aujourd’hui, nous stockons à peu près un quart de la consommation annuelle de gaz française. Il faut avoir en tête que le biométhane, une fois produit, est comme du gaz naturel. Il ne viendra pas accroître la consommation française, il viendra en substitution du gaz naturel. Plus vous produisez de biométhane, moins vous importez de gaz naturel. C’est un phénomène de substitution, donc on sait que les stockages existants suffisent largement.  

Un « paquet gaz » est attendu en décembre prochain. Quelles sont vos attentes ?

Nous demandons une vraie prise en compte des gaz renouvelables dans la politique gazière européenne, une prise en compte des possibilités du Carbon Capture Storage (CSS) et une certaine neutralité technologique dans les choix européens. 

La politique de la Commission européenne en faveur du véhicule électrique est une politique qui n’est pas neutre technologiquement. Le contenu CO2 de l’électricité consommée doit etre pris en compte. Et sur ce point je comprends les inquiétudes exprimées notamment par les Italiens qui disposent d’une électricité encore très carbonée

« Fit For 55 » : la France sceptique sur l’extension du marché carbone aux bâtiments et aux transports

La Commission européenne a dévoilé hier (14 juillet) son plan d’action pour le climat intitulé « Fit for 55 », dont l’objectif est d’aider l’UE à atteindre son nouvel objectif de réduire de 55% ses émissions de CO2 d’ici 2030.

Subscribe to our newsletters

Subscribe