« Les voitures électriques peuvent faire gagner de l’argent à leur propriétaire »

Maroš Šefčovič [EP]

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’e-mobilité change la donne.

En Europe, les voitures électriques ont progressé à pas de géant et l’offre doit continuer à se développer en parallèle de la construction de l’Union de l’énergie, selon le commissaire Maroš Šefčovič.

Maroš Šefčovič est le vice-président de la Commission européenne, en charge de l’Union de l’énergie, et ancien diplomate slovaque.

Quel est le plus grand obstacle auquel fait face un potentiel acheteur d’une voiture électrique aujourd’hui ?

C’est un mélange de facteurs, auxquels nous devons nous attaquer en même temps. Nous accélérons notre travail de déploiement des infrastructures de recharge. Je suis parfois impressionné par les bonds technologiques que fait cette industrie. Il y a deux ans, des chargeurs super rapides faisaient ce qu’il fallait en 15 minutes, maintenant c’est possible en trois ou quatre minutes. C’est plus rapide que de faire le plein !

La technologie se développe maintenant pour relier directement les énergies renouvelables, notamment l’énergie éolienne, à des chargeurs super rapides. Surprise ! Le temps de recharge est déjà d’environ 10 minutes. Le rythme de développement est incroyable. Je dirais que les Européens craignent encore que la conduite ne soit pas assez souple et que les infrastructures ne soient pas encore assez nombreuses. Le mécanisme pour l’interconnexion en Europe sera d’une grande aide sur ces questions et le nouveau cadre financier réserve environ 40 milliards d’euros à cet effet.

Le manque de choix pour les véhicules électriques joue-t-il un rôle ?

J’espère que dans deux ou trois ans, nous aurons une offre européenne d’environ 80 modèles de nouvelles voitures électriques, qu’elles soient hybrides ou à zéro-émission. Je taquine toujours les constructeurs automobiles en leur disant qu’ils devraient s’assurer que les prix sont équivalents à ceux des moteurs diesel. C’est important de s’attaquer à ça aussi. Nous espérons que tout le travail que nous avons accompli dans le cadre de l’Union de l’énergie s’enclenchera dans les prochaines années et que les voitures électriques et que l’infrastructure iront de pair avec la refonte du marché de l’électricité.

Les voitures électriques ont le potentiel de faire gagner de l’argent à leur propriétaire. La batterie se charge pendant des périodes où l’électricité n’est pas chère et peut revendre durant les pics de demande. Elles ont été testées aux Pays-Bas et leur potentiel est énorme. Associez cela à des panneaux solaires ou des éoliennes et le tour est joué.

Dans quelle mesure est-il important pour les Européens que cette industrie soit européenne ? La Pologne veut construire sa propre voiture électrique, la Croatie a déjà la Rimac supercar. Changer les mentalités fait partie du défi.

Je pense que c’est le même genre d’histoire qu’avec les piles. C’est une question d’importance stratégique de l’indépendance technologique. Il s’agit d’une industrie de haute technologie qui apporte beaucoup d’innovations à d’autres secteurs. Si nous ne maîtrisons pas l’art de concevoir, développer et fabriquer des voitures électriques et des batteries, le secteur automobile perdra son rôle de leader. Nous devons également montrer aux jeunes que nous pouvons faire plus que des voitures issues de « l’ère fossile ».

Il s’agit maintenant d’inciter nos constructeurs automobiles à saisir cette opportunité. N’oubliez pas que nous avons une situation unique en Europe grâce au soutien public pour le développement durable. Ce continent est loin devant les autres à cet égard et, en tant que tel, constitue un marché naturel pour ces nouvelles technologies. Nos efforts sur les cadres réglementaires et financiers visent à créer ce marché.

Les nouvelles règles sur les émissions de CO2 des camions sont les premières du genre en Europe. Sommes-nous en retard ?

Honnêtement, ça fait longtemps que nous les attendons. Nous savons que d’autres grandes économies comme les États-Unis, le Japon et même la Chine ont fixé des limites pour les poids lourds. Il était donc grand temps de le faire. Non seulement en raison du problème délicat de la pollution de l’air, mais aussi du point de vue de la concurrence. C’est pourquoi nous avons opté pour cette approche en deux étapes.

Et à notre grande surprise, nous nous sommes rendu compte que la technologie déjà disponible aujourd’hui pour les fabricants leur permet d’atteindre l’objectif de 15 % pour 2025. Nous voulons leur donner un peu de temps pour qu’ils puissent proposer quelque chose de nouveau, de super compétitif, de propre et de génial d’ici à 2030.

Donc, l’argument que vous avez présenté à l’industrie est qu’elle a déjà les clés en main ? Pour 2025 au moins.

Oui. Dans notre étude d’impact, nous nous penchons sur des éléments aussi simples que les lubrifiants. En ne dépensant que quelques euros pour les meilleurs produits disponibles, on peut économiser des milliers d’euros sur une période de cinq ans. Pour les garde-boue c’est pareil ! Les retours sont étonnants. En Europe, quand les camions sont loués, le système dissocie toutefois la propriété de la consommation de carburant, de sorte que les camions n’utilisent pas tout ce qui est disponible. Nous pousserons ce système plus loin.

 

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