« Il est essentiel que la législation de l’UE ne différencie pas les couleurs de l’hydrogène », selon le ministre polonais du Climat

La Pologne a salué l'inclusion de l'infrastructure de l'hydrogène dans la refonte du règlement de la Commission européenne sur les réseaux énergétiques transfrontaliers. EPA-EFE/ANDRZEJ GRYGIEL POLAND OUT [EPA-EFE/ANDRZEJ GRYGIEL]

La Pologne a salué l’inclusion de l’infrastructure de l’hydrogène dans la refonte du règlement de la Commission européenne sur les réseaux énergétiques transfrontaliers. « Il est essentiel pour notre région que cette législation ne fasse pas de distinction entre les différents “types” d’hydrogène », déclare Michał Kurtyka.

Michał Kurtyka est le ministre polonais du Climat et de l’Environnement, qui assure actuellement la présidence du groupe de pays Visegrad 4, composé de la République tchèque, de la Hongrie, de la Pologne et de la Slovaquie. Il a répondu par écrit aux questions d’EURACTIV en prévision d’une conférence virtuelle sur les perspectives de l’hydrogène en Europe centrale et orientale qui se tiendra vendredi (12 février).

Le gouvernement polonais a adopté sa politique énergétique pour 2040 le 2 février. Quelle est la place de l’hydrogène dans la politique énergétique du pays ? La Pologne a-t-elle des objectifs sur le plan de l’augmentation des capacités de production et de déploiement des infrastructures ? Et quelles sont les projections de coûts y afférentes ?

L’adoption récente de la politique énergétique polonaise pour 2040 est une étape importante vers la neutralité climatique. Elle définit une vision claire de notre stratégie pour une transition énergétique à faible et zéro émission, qui assure la sécurité énergétique et crée la base pour répondre aux besoins économiques résultant de la reprise après la crise de Covid-19.

La nouvelle politique énergétique reconnaît l’importance de l’innovation et ouvre la voie à l’hydrogène comme carburant de substitution, vecteur d’énergie et dispositif de stockage de l’énergie. Le rôle de l’hydrogène augmentera avec la mise en œuvre de l’énergie éolienne offshore et nucléaire dans le mix énergétique polonais.

L’adoption de notre politique énergétique donne une forte impulsion à d’autres stratégies liées à l’énergie et au climat. Un projet de stratégie polonaise pour l’hydrogène à l’horizon 2030 est actuellement en consultation publique. Notre proposition couvre tous les aspects de la chaîne de valeur de l’hydrogène, y compris la production, le transport, le stockage et l’utilisation. Elle présente l’hydrogène coexistant avec d’autres vecteurs énergétiques pour couvrir la demande croissante d’énergie et répondre au besoin d’un système énergétique sûr et équilibré.

L’expansion de l’économie de l’hydrogène soutiendra l’augmentation de la part des sources d’énergies renouvelables, donnera un nouveau rôle au secteur du gaz sur le plan du stockage, du transport et de la distribution de mélanges de gaz naturel et d’hydrogène et sera un moyen d’assurer la neutralité climatique des transports et de l’industrie.

L’ambition du gouvernement polonais est de développer de fortes compétences nationales et locales dans la production de composants clés de la chaîne de valeur des technologies de l’hydrogène. À court terme, nous visons à soutenir la recherche et le développement, puis les premières applications d’installations de production innovantes.

Notre ambition est de disposer d’une capacité d’électrolyse de 2 GW d’ici à 2030, ce qui nécessitera des investissements de plus de 2 milliards d’euros.

Quels sont les principaux défis et opportunités liés au développement de l’hydrogène dans les pays d’Europe centrale et orientale ? En quoi diffèrent-ils du reste de l’UE ? 

Les pays d’Europe centrale et orientale ont fait de gros efforts pour surmonter les dépendances historiques, mais notre bouquet énergétique repose toujours sur le charbon. Nous prévoyons de le diversifier grâce à des centrales nucléaires et des parcs éoliens en mer. Cela nous permettra d’assurer notre sécurité énergétique.

L’élimination progressive du charbon est un processus très coûteux qui doit se faire en tenant dûment compte de ce que notre société et notre système énergétique peuvent supporter. Tous les pays de l’UE n’ont pas un excédent d’électricité renouvelable dans leur système. Ainsi, la question clé de la production d’hydrogène devrait être le niveau des émissions de CO2, et non la technologie spécifique. Afin d’obtenir des réductions d’émissions de manière rentable et d’éviter de créer des disproportions permanentes entre les régions et les États membres au début, l’hydrogène devrait être produit à partir de toutes les sources à faibles émissions possibles.

Les besoins de la région des PECO en matière d’infrastructures gazières sont sensiblement différents de ceux des États membres d’Europe du Nord-Ouest. Dans le cas de la Pologne, nous avons identifié des lacunes dans les infrastructures de transport et de distribution de gaz qui doivent être comblées afin de permettre une transition plus poussée vers un système énergétique à faible teneur en carbone. La politique de l’UE doit tenir compte de ces spécificités régionales lors de la conception des instruments de soutien à la transition énergétique.

En outre, dans une perspective à moyen et long terme, l’on s’attend à une augmentation stable de la part des gaz verts (tels que l’hydrogène et le biométhane) dans les réseaux de gaz. À cet égard, la modernisation des infrastructures existantes pour permettre le mélange de gaz renouvelables et décarbonés, tels que l’hydrogène, dans le réseau de gaz naturel devrait être considérée comme l’option la plus fiable pour rendre les réseaux de gaz et les économies plus écologiques.

Si l’on met de côté les différences, nous avons quelque chose en commun dans toute l’UE. La Pologne a une production d’hydrogène importante – nous sommes le troisième producteur de l’UE – mais comme partout ailleurs, elle est largement basée sur les combustibles fossiles. Nous partageons le même défi : rendre l’hydrogène plus durable.

Le développement d’un marché de l’hydrogène à l’échelle européenne reposera d’abord sur l’intégration du marché au niveau régional. Quelle peut être la contribution des pays d’Europe centrale et orientale à cet objectif ?

Les pays d’Europe centrale et orientale peuvent promouvoir activement de nouvelles possibilités de coopération en matière d’hydrogène à faible teneur en carbone avec les régions et pays voisins. Cette coopération peut contribuer à leur transition énergétique, à leur croissance et à leur développement durables.

D’ici à 2030, l’UE visera à construire un marché européen de l’hydrogène ouvert et concurrentiel, avec des échanges transfrontaliers sans entrave et une répartition efficace de l’approvisionnement en hydrogène entre les secteurs.

À l’heure actuelle, les infrastructures en place consacrées au transport et au commerce transfrontaliers de l’hydrogène sont limitées. Le développement des infrastructures est un élément important de la coopération entre les PECO.

Nous avons salué l’inclusion de l’infrastructure de l’hydrogène dans la proposition de la Commission sur la refonte du règlement RTE-E. Il est essentiel pour notre région que cette législation ne fasse pas de distinction entre les différents « types » d’hydrogène. Les propriétés physiques de l’hydrogène étant indépendantes de son mode de production, l’infrastructure doit être en place pour soutenir le développement du marché.

Quels sont les secteurs industriels qui devraient être les principaux utilisateurs d’hydrogène en Pologne et dans les PECO ? S’agit-il de l’industrie, du chauffage ou des transports ? À l’inverse, y a-t-il des secteurs qui, selon la Pologne, ne devraient pas être prioritaires ?

Actuellement, nous travaillons au ministère du Climat et de l’Environnement sur la stratégie polonaise de l’hydrogène qui va définir nos objectifs et les mesures nécessaires pour introduire l’économie de l’hydrogène.

Nous voulons que l’hydrogène soutienne la transition énergétique dans trois domaines prioritaires : l’énergie et le chauffage, les transports et l’industrie. Nous nous penchons également sur la production et la distribution de l’hydrogène, ainsi que sur la nécessité de créer un cadre réglementaire stable pour le marché futur.

Les domaines prioritaires sont liés au concept de couplage sectoriel, qui contribuera à sécuriser le futur système basé sur les énergies renouvelables. Bien que nous ayons identifié les transports comme un secteur « à gain rapide » et que nous introduisions déjà une législation et des régimes de soutien, nous n’excluons aucun autre secteur à ce stade.

Nous avons besoin de plus de temps pour évaluer les aspects économiques et environnementaux du déploiement de l’hydrogène dans les différents secteurs. L’adoption par le marché sera un bon indicateur de ce qui devrait être prioritaire.

Aujourd’hui, la majeure partie de la production d’hydrogène est d’origine fossile et les quantités disponibles sont faibles. Comment la Pologne compte-t-elle combler le fossé entre l’hydrogène fossile, l’hydrogène à faible teneur en carbone et l’hydrogène renouvelable ? L’approvisionnement proviendra-t-il principalement d’hydrogène d’origine locale ou d’importations ?

Si l’hydrogène doit être une alternative au pétrole brut et au charbon, il devrait être produit au départ à partir de toutes les sources possibles, dont les émissions globales de CO2 sont nettement inférieures à celles du pétrole et du charbon.

Lorsque nous atteindrons le point où l’hydrogène à faible teneur en carbone répondra à une demande beaucoup plus importante, il sera possible d’inclure de plus en plus d’hydrogène à faible teneur en carbone provenant de sources renouvelables. Notre ambition est de développer de solides compétences nationales et locales dans la production des composants clés de la chaîne de valeur de la technologie de l’hydrogène.

L’utilisation de l’hydrogène nous aidera non seulement à atteindre la neutralité climatique, mais aussi à maintenir la compétitivité de l’économie polonaise. Le développement des compétences locales nous préparera à devenir technologiquement autonomes lorsqu’il y aura suffisamment d’énergie renouvelable pour développer l’électrolyse.

Le marché de l’hydrogène devrait connaître une évolution, soutenue par des travaux réglementaires successifs et l’ajustement des régimes de soutien aux investissements et aux activités de recherche et de développement. Il est nécessaire de saisir les opportunités de R&D&I (recherche, développement, innovation) dans le domaine de l’hydrogène créées par le Pacte vert pour l’Europe et les politiques qui en découlent.

La stratégie de la Commission européenne pour l’hydrogène, publiée en juillet de l’année dernière, vise une production d’hydrogène 100 % renouvelable par électrolyse. Quelle sera la contribution de la Pologne à cet objectif ?

Il existe en Pologne un important potentiel scientifique et de recherche dans le domaine des technologies de l’hydrogène. Nous avons obtenu des résultats significatifs dans la conception de matériaux fonctionnels pour la production de piles à combustible et le stockage de l’hydrogène. Nous avons également des spécialistes dans tous les aspects liés à la construction des piles à combustible. Nous avons l’intention d’utiliser ces talents pour prendre la tête de ce marché relativement nouveau qui est en train de se créer en Europe.

Nous prévoyons également de créer un programme de recherche complet, dont le but ultime sera le développement de la technologie et de la fabrication d’électrolyseurs et de piles à combustible. Cela aura un effet économique direct.

Mais surtout, la clé du succès dans le développement de l’économie de l’hydrogène est la collaboration entre les gouvernements, les industries et les partenariats pour améliorer la technologie, faire baisser les coûts et créer un environnement politique et réglementaire qui encouragera l’innovation et attirera les investissements.

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