La recherche sur les technologies énergétiques [FR]

LightBulbSolarPanel.jpg

Accélérer la recherche dans les technologies à faible teneur en carbone est considéré comme le défi du changement climatique et de la sécurité de l’approvisionnement énergétique, mais l’UE reste à la traîne en ce qui concerne l’augmentation des budgets attribués à la R&D. En novembre 2007, la Commission a présenté un plan stratégique pour les technologies énergétiques (Plan SET) afin d’améliorer la collaboration entre l’UE et les Etats membres sur la question.

Selon la Commission européenne, les efforts fournis actuellement sur la R&D dans le domaine de l’énergie, au niveau national et européen, sont insuffisants pour faire face au double défi du changement climatique et de la sécurité de l’approvisionnement énergétique.

« Tous les États membres ont leurs propres programmes de recherche sur l’énergie, qui ont pour la plupart des objectifs similaires et portent sur les mêmes technologies », a déclaré l’exécutif européen, ajoutant qu’à cause de la multiplicité des centre de recherche publics et privés « les capacités sont dispersées et fragmentées, et elles n’atteignent pas la masse critique ».

Pour que l’Europe soit prête à faire face à un avenir faible en carbone, le 10 janvier 2007 la Commission a demandé aux Etats membres de l’UE de soutenir un effort de recherche plus ciblé. La proposition, Vers un plan européen pour les technologies énergétiques (plan SET), est un texte équilibrant avec prudence l’ambition et l’humilité, Bruxelles étant conscient que la politique de recherche est fermement ancrée au niveau national.

Le plan ne propose donc pas de nouvelles mesures radicales mais cherche plutôt à s’appuyer sur les efforts actuels, comme le programme cadre européen de recherche (7ème PCR), les plateformes européennes de technologie et l’Institut européen de technologie. De plus, du moins pour l’instant, il a écarté l’idée de proposer de nouveaux moyens de financement européen pour atteindre ces objectifs.

Le 22 novembre 2007, la Commission a présenté une proposition de plan stratégique européen pour les technologies énergétiques (plan SET) destiné à stimuler le développement des technologies faibles en carbone dans l’UE. Le plan a été présenté avec deux études apportant une vue d’ensemble des capacités concernant la recherche sur l’énergie dans les Etats membres de l’UE.

« L’élément stratégique de ce plan sera d’identifier les technologies pour lesquelles il est essentiel que l’Union européenne dans son ensemble trouve un moyen plus efficace de mobiliser des ressources », a stipulé la Commission.

L’UE est à traîne en matière de recherche sur l’énergie

L’initiative suscite des inquiétudes que l’Europe soit à la traîne en matière de dépenses pour la recherche sur l’énergie. Selon la Commission, alors que la moyenne européenne (7ème PCR et Euratom) a été portée à 886 millions d’euros par an pour la période 2007-2013, le projet de loi américain sur l’énergie a proposé respectivement d’allouer uniquement 4,4 milliards de dollars pour l’année 2007 et 5,3 milliards de dollars pour 2008 et 2009. Pour ce qui est de la recherche sur l’énergie non nucléaire (les renouvelables et l’efficacité énergétique), en comparaison, l’UE a réservé 1 175 milliards d’euros pour la période 2007-2013, soit près de 168 millions d’euros par an (EURACTIV 19/12/07). 

Le secteur public n’est pas le seul à la traîne. Alors que les flux de capital-risque vers les technologies propres continuent d’augmenter aux Etats-Unis, au Japon et en Chine, cette tendance ne se vérifie pas dans l’UE. L’investissement consacré à la Recherche et Développement dans le secteur de l’énergie a même diminué depuis les années 1980 et la plupart des entreprises énergétiques européennes dépensent moins de 1% de leurs ventes nettes dans l’innovation pour les technologies propres, selon la Commission.

« Afin de pouvoir être compétitif sur les marchés nationaux, l’Union européenne et ses Etats membres doivent augmenter leurs investissements », souligne la Commission. Elle a averti que si l’UE reste à la traîne dans la course mondiale de plus en plus intense pour remporter les marchés des technologies à faibles teneur en carbone, il se peut qu’elle doivent compter sur l’importation de technologies pour atteindre les objectifs européens, manquant ainsi d’importantes opportunités commerciales pour les entreprises européennes.

Le secteur public est appelé à donner l’exemple

D’après le plan SET, l’intervention du secteur public en faveur de l’innovation énergétique est à la fois « nécessaire et justifiée » pour surmonter les difficultés du marché correspondants à la « vallée de la mort » des technologies à faible teneur en carbone, qui sont caractérisées par un manque d’ « appétit du marché » et d’incitation des entreprises.

« Les entreprises doivent néanmoins se préparer à augmenter leurs investissements et à prendre de plus grands risques », précise le plan. Mais le commissaire européen à l’Energie, Andris Piebalgs, a précisé que c’est au gouvernement de mener le procéder à bien. Il a également affirmé qu’une nouvelle directive européenne sur les énergies renouvelables devrait redonner confiance à l’industrie et accroître les flux d’investissements privés.

Un « effort collectif »

Le plan SET encourage à améliorer la coopération au niveau européen afin de stimuler l’innovation et propose les nouvelles mesures suivantes :

• initiatives industrielles européennes dans six domaines : l’éolien, le solaire, la bioénergie, la fission nucléaire, la capture et le stockage du carbone (CSC) et le réseau électrique. Ces initiatives seront financées de différentes manières, comme des partenariats public-privé, de programmes communs entre Etats membres et d’autres mesures proposées dans la communication de janvier sur le plan SET (EURACTIV 20/11/07) ;

• une alliance européenne de la recherche impliquant une coordination de la recherche entre les universités et les instituts spécialisés ;

• la création d’un groupe de pilotage de haut niveau sur les technologies énergétiques stratégiques ;

• un nouveau système d’information sur les technologies énergétiques, et ;

• l’organisation en 2009 d’un sommet européen sur les technologies énergétiques.

En 2008, la Commission compte également développer ses idées pour planifier la transition d’un réseau énergétique statique caractérisé par de grandes infrastructures de production d’électricité vers un réseau européen plus dynamique, pouvant mieux intégrer une production d’électricité au niveau local, mieux distribuée, selon le commissaire à la Recherche, Janez Poto?nik.

Qui paiera la facture ?

La Commission attend que les Etats membres de l’UE approuvent ses propositions d’initiatives industrielles lors du Conseil européen de printemps en mars 2008. Mais pour ce qui est de savoir précisément comment et par qui les ambitions du plan SET seront financées restent un sujet qui sera potentiellement controversé durant 2008, la Commission devant proposer une communication séparée portant sur le financement du plan SET d’ici la fin de l’année.

Un certain nombre d’Etats membres ont fait part de leur opinion concernant les six initiatives industrielles proposées. L’Autriche a notamment émis de fortes réserves au sujet de la promotion de l’énergie nucléaire. Pour sa part, la France fait pression pour s’assurer que son leadership international en matière de technologie nucléaire soit reflété dans le plan et soutenu par l’UE.

Mais comme on pouvait s’y attendre, c’est la question du financement qui s’avère difficile pour la plupart des pays européens. Selon la Commission, il est clair que les fonds européens existants ne peuvent apporter qu’un appui limité et que les Etats membres devraient faire davantage. « Honnêtement, nous n’avons pas suffisamment d’argent du budget de la Communauté, alors nous devons voir quels Etats membres se financent par eux-mêmes », a déclaré Matthias Ruete, directeur général à la Direction Energie et transport de la Commission, dans un entretien à EURACTIV.

Shell, le groupe énergétique international, a déclaré que le talent humain et les ressources financières étaient les deux éléments principaux pour faire du plan SET de la Commission un succès. « La technologie implique beaucoup plus que la recherche et développement. C’est l’ensemble du processus consistant à créer des idées scientifiques, les transformer en innovation ou en instrument technologique, et ensuite les appliquer », a déclaré Hans van der Loo, responsable du bureau de liaison européen à Bruxelles. « Les gouvernements peuvent rendre les ressources financières disponibles eux-mêmes, mais s’ils ne sont pas présents, il faudrait considérer comment attirer des fonds privés à un stade plus précoce du développement ».

Le plan SET est confronté à d’importantes critiques de la part des groupes d’énergie renouvelable et des écologistes.

EREC, le Conseil européen des énergies renouvelables, regrette profondément le manque d’attention accordé au secteur du chauffage et au refroidissement dans ses initiatives industrielles proposées. Le directeur politique de l’EREC, Oliver Schäfer, estime que cela représente un défaut important si l’Union européenne souhaite aborder l’avenir de l’approvisionnement énergétique de l’UE.

L’Agence EUREC, qui représente les centres de recherche sur les énergies renouvelables, convient que le chauffage et le refroidissement ont été écartés dans le plan. L’association constate également un manque de cohérence dans l’objectif européen visant à développer un portefeuille varié de technologies propres, efficaces et à faible intensité de carbone et le pari important qu’elle prend sur l’hydrogène et les piles à combustibles comme la technologie de propulsion automobile qui gagnera avant 2025. Elle a affirmé qu’il fallait travailler davantage sur les batteries à grande capacité dans les applications liées au transport.

L’Association européenne de l’énergie éolienne (EWEA) regrette que le plan n’aborde pas la nécessité continue d’inverser les déséquilibres irrationnels dans les budgets nationaux et européens consacrés à la recherche. Elle a déclaré que le secteur de l’énergie éolienne aurait souhaité voir une stratégie financière ainsi que des priorités plus détaillées et plus claires qui tiennent compte des allocations des fonds de R&D passées entre les différentes technologies énergétiques.

Foratom, l’association représentant l’industrie de l’énergie nucléaire en Europe, a salué le fait que le plan SET reconnaisse le nucléaire comme une source d’énergie à faible intensité de carbone. Elle a affirmé que le document reconnaissait officiellement que l’énergie nucléaire constitue une partie clé de la politique énergétique de l’UE et contribue, avec d’autres sources d’énergie à faible intensité de CO2, à forger l’économie européenne faible en carbone.

Pour Andrew Warren, conseiller à l’EuroACE, l’alliance européenne des entreprises pour l’efficacité énergétique des bâtiments, il faut se concentrer davantage pour réduire la demande plutôt que pour trouver des fonds pour financer des technologies coûteuses pour l’approvisionnement. Il estime que presque toutes les augmentations de l’efficacité dans les secteurs du bâtiment et de la construction, qui représentent jusqu’à 45% des émissions totales de CO2 de l’UE, sont rentables.

L’eurodéputé Vert Claude Turmes, a rejeté le plan SET comme étant une approche du tout et du rien. Il a déclaré qu’en essayant de satisfaire une série de groupes de pression du secteur de l’énergie, le plan manquera inévitablement d’apporter une réelle incitation. Il a exprimé les espoirs du groupe Vert/ALE que les Etats membres de l’UE ne tiendront pas compte du plan et se concentreront plutôt sur le plan relatif à l’efficacité et les énergies renouvelables actuellement préparé par la présidence portugaise.

Frauke Thies, expert en énergie pour Greenpeace, estime que le plan n’est pas stratégique et a critiqué ce que le groupe considère comme une attention excessive accordée à des technologies coûteuses qui soit impliquent un coût environnemental inacceptable, comme l’énergie nucléaire, soit sont de simple distractions, comme la capture et le stockage du carbone. Mme Thies affirme également que le plan se concentre trop sur un modèle désuet de grandes centrales électriques centralisées, incompatibles avec un système énergétique innovant et durable basé sur l’utilisation efficace de l’énergie, la production d’électricité et de chauffage renouvelable, ainsi qu’un réseau et une exploitation intelligents des réseaux électriques.

  • 10 janv. 2007: la Commission expose la proposition du Plan dans son paquet énergie et climat. 
  • 22 nov. 2007: la Commission présente la proposition détaillée (EURACTIV 23/11/07). 
  • 28 fév. 2008 : les ministres européens de l’Energie approuvent le Plan SET.
  • 14 mars 2008 : le Sommet de printemps devrait approuver le Plan SET et souligner les options de financement.
  • 9 juillet 2008 : Adoption par le Parlement de son rapport sur le Plan SET

  • Sept.-oct 2009 : 
    la Commission devrait présenter sa communication sur le financement des technologies économes en carbone (EURACTIV 09/07/09).
  • 2009 : Sommet européen de la technologie énergétique devrait convenir du plan de financement.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer