10 mesures pour réduire la dépendance au gaz russe

Une dizaine de mesures pourraient permettre à l'Union européenne de réduire, en un an, ses importations de gaz naturel russe, selon l'Agence internationale de l'énergie. [63ru78 / Shutterstock]

L’Agence internationale de l’énergie a présenté à l’Union européenne 10 mesures pour réduire, en un an, sa dépendance au gaz naturel russe. Sans pour autant se départir de ses objectifs écologiques formulés dans le Pacte vert.

L’Europe va devoir se muer en funambule pour réaliser l’impossible : s’affranchir du gaz russe tout en maintenant le cap d’une énergie décarbonée. 

L’exercice est loin d’être simple. « En 2021, l’Union européenne a importé 155 milliards de mètres cubes de gaz naturel de Russie, ce qui représente environ 45 % des importations de gaz de l’UE et près de 40 % de sa consommation totale de gaz » a rappelé, le 3 mars dans un communiqué, l’Agence internationale de l’énergie (AIE), alors qu’elle présentait 10 mesures pour, justement, réduire la dépendance de l’Europe au gaz russe. 

La situation est urgente, dans un contexte de guerre entre l’Ukraine et la Russie. « L’utilisation par la Russie de ses ressources en gaz naturel comme une arme économique et politique montre que l’Europe doit agir rapidement pour être prête à faire face à une incertitude considérable sur les approvisionnements en gaz russe l’hiver prochain », a ainsi déclaré Fatih Birol, le directeur exécutif de l’AIE.

En effet, « l’avenir de l’approvisionnement en gaz de l’Europe en provenance de Russie pourrait devenir incertain » explique une note du service de recherche du Parlement européen, « que ce soit en raison d’une interruption des livraisons pour des raisons politiques, d’une incertitude sur les paiements énergétiques dans le cadre des sanctions imposées à la Russie, ou de dommages causés aux gazoducs ukrainiens par les combats ».

Conscient des risques pour la sécurité énergétique de l’Europe, le président Emmanuel Macron, qui assure la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne, a annoncé mercredi 2 mars, lors d’une allocution télévisée, que le sommet informel de l’UE des 10 et 11 mars prochains à Versailles allait permettre de prendre des décisions sur « une stratégie d’indépendance énergétique européenne ». 

« Nous ne pouvons plus dépendre des autres, et notamment du gaz russe, pour nous déplacer, nous chauffer, faire fonctionner nos usines. Voilà pourquoi, après avoir décidé, pour la France, le développement des énergies renouvelables et la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, je défendrai une stratégie d’indépendance énergétique européenne » a insisté le président.

10 mesures pour changer la donne

Selon l’AIE, une dizaine de mesures pourraient permettre à l’Union européenne de réduire, en un an, ses importations de gaz naturel russe. 

En voici la liste :

  • Ne pas signer de nouveaux contrats de gaz avec la Russie
  • Remplacer les approvisionnements russes par du gaz provenant de sources alternatives 
  • Introduire des obligations minimales de stockage de gaz
  • Accélérer le déploiement de l’énergie solaire et éolienne
  • Maximiser la production d’électricité à partir de la bioénergie et du nucléaire 
  • Adopter des mesures fiscales à court terme sur les bénéfices exceptionnels afin de protéger les consommateurs d’électricité contre les prix élevés 
  • Accélérer le remplacement des chaudières à gaz par des pompes à chaleur 
  • Accélérer les améliorations de l’efficacité énergétique dans les bâtiments et l’industrie
  • Encourager les consommateurs à réduire temporairement la température de leur thermostat de 1° C 
  • Intensifier les efforts pour diversifier et décarboner les sources de flexibilité du système électrique 

« Prises ensemble, ces mesures pourraient réduire les importations de gaz russe de l’Union européenne de plus de 50 milliards de mètres cubes, soit plus d’un tiers, en l’espace d’un an », a quantifié l’AIE, précisant que « ce chiffre tient compte de la nécessité de remplir à nouveau les installations européennes de stockage de gaz en 2022 ».

Analysant ces 10 propositions, Phuc-Vinh Nguyen, chercheur au Centre Energie de l’Institut Jacques Delors, estime qu’ « à court terme, seul un ensemble de mesures nous permettra de trouver des palliatifs aux importations russes ». 

Certaines mesures pèsent cependant plus lourdement que d’autres, telle que le stockage du gaz. « Si la tendance actuelle se poursuit, le niveau de stockage en Europe au mois d’avril sera beaucoup plus bas que les années précédentes » a ainsi prévenu Kadri Simson, la commissaire européenne en charge de l’Energie, lors de la conférence de presse organisée par l’AIE. « Nous devons commencer immédiatement à assurer un stockage de gaz suffisant pour l’hiver prochain. »

Les ministres européens de l’Énergie se préparent à un avenir sans énergie russe

Alors que les sanctions de plus en plus sévères imposées à la Russie mettent en péril la sécurité énergétique de l’UE, les ministres de l’Énergie se sont réunis à Bruxelles pour discuter des plans d’urgence de l’Union, faire le point sur la situation et se préparer à l’hiver prochain.

Influence sur le paquet gazier

La question d’une accélération de l’indépendance énergétique arrive au moment où l’UE revoit son règlement et sa directive sur le gaz. Le 15 décembre 2021, la Commission européenne a, en effet, adopté une série de propositions législatives destinées à soutenir le développement des gaz renouvelables et à faible teneur en carbone, au détriment du gaz naturel fossile.

Avec le contexte actuel, ce “paquet gaz” « va bénéficier de beaucoup plus d’attention » et être l’objet de davantage d’ambition, prédit Phuc-Vinh Nguyen, qui s’attend « à ce que le Parlement européen augmente les ambitions sur les gaz renouvelables, notamment sur l’hydrogène vert ». 

Des accords avec d’autres pays que la Russie devraient également s’accélérer. « Les investissements dans les terminaux GNL nous aideront à diversifier nos fournisseurs de gaz. Nous avons tendu la main aux partenaires avec lesquels nous sommes reliés par gazoduc, à commencer par l’Azerbaïdjan et la Norvège, pour qu’ils développent également des volumes supplémentaires alternatifs » a précisé Kadri Simson. Fatih Birol a également mentionné l’Azerbaïdjan occidental, le Qatar, l’Algérie et les pays émergents d’Asie comme fournisseurs de gaz et GNL. 

Green deal or not ?

Les 10 propositions de l’AIE sont alignées avec le Green Deal européen, à savoir la décarbonation de l’énergie et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. 

Néanmoins, pour aller encore plus vite et plus loin dans l’indépendance énergétique, l’AIE a évoqué d’autres solutions, moins écologiques, comme l’abandon de « la consommation de gaz dans le secteur de l’électricité en recourant davantage au parc européen de centrales au charbon ». 

Mais pour l’heure, ce type d’alternative n’est pas envisagé par l’UE. « La meilleure et la seule solution durable est le Green Deal, a martelé Kadri Simson. Il consiste à développer les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique aussi rapidement que possible ». 

« Nous restons plus que jamais déterminés à faire avancer rapidement les négociations européennes du paquet législatif “Fit for 55” » a également appuyé Barbara Pompili, la ministre française de la Transition écologique, lors de la conférence de presse de l’AIE. « Il est évident que nous devons aller plus vite et investir des milliards pour développer une énergie décarbonée. Chaque éolienne et chaque panneau solaire supplémentaires en Europe sont un pas en avant dans la lutte pour le climat et pour notre indépendance énergétique » a-t-elle ajouté.

« Réduire notre dépendance au gaz russe est un impératif stratégique pour l’Union européenne » a rappelé Kadri Simson. La semaine prochaine, la Commission européenne proposera un plan d’action – dont EURACTIV a pu se procurer une première ébauche –  pour aller vers cette indépendance et « accélérer la mise en place d’un système énergétique propre, sûr et compétitif » a souligné la commissaire. Les propositions de l’AIE constituent, pour cela, « une contribution très opportune et précieuse à nos travaux ». « Bon nombre des idées exposées aujourd’hui vont dans le même sens que notre prochaine proposition » a-t-elle ajouté. La publication du plan d’action est attendue pour mardi.

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