L’industrie dénonce des biocarburants avancés «pas encore viables»

Moins de 1 % de la capacité de production de biocarburants avancés prévue dans le monde est devenue réalité, rappellent les chercheurs de l’industrie de l’éthanol, qui mettent en garde les décideurs politiques contre trop d’espoir dans la technologie émergente.

Des recherches menées par Ethanol Europe Renewables Ltd, l’exploitant de la plus grande bioraffinerie d’Europe, ont révélé que moins de 1 % de la capacité de production de biocarburants avancés annoncée était devenue réalité.

L’association européenne pour l’éthanol renouvelable, ePURE, estime que l’étude ne représente pas l’ensemble de l’industrie et que les biocarburants avancés ont besoin de plus de temps et d’un cadre politique clair pour se développer.

Contactée par Euractiv, la Commission européenne a refusé de commenter les conclusions de l’étude.

Le 17 janvier, le Parlement européen a fixé un objectif de 12 % pour les énergies renouvelables dans les transports d’ici à 2030, ce qui inclut également 3,6 % pour les biocarburants dits de deuxième génération ou avancés, tels que les biocarburants à base de déchets et les carburants recyclés à base de carbone.

Les eurodéputés ont également suggéré d’éliminer progressivement l’huile de palme d’ici 2021. Les biocarburants d’origine végétale devraient être maintenus au niveau de consommation nationale de 2017 et ne pas dépasser 7 % de tous les carburants de transport jusqu’en 2030.

Le Parlement bannit les biocarburants à l’huile de palme

Le Parlement européen a décidé d’éliminer l’huile de palme dans les carburants d’ici à 2021 et de plafonner les biocarburants issus des cultures vivrières au niveau de consommation de 2017.

Projets échoués

L’entreprise privée Ethanol Europe Renewables Ltd a présenté un certain nombre de projets liés aux biocarburants avancés. Certains ont bénéficié d’un financement de l’UE et n’ont finalement pas été commercialement viables et ont conduit l’entreprise à la faillite.

« Les biocarburants avancés ne sont pas encore viables, ne se développent pas du tout et ont accumulé des milliards de dollars de pertes dans des projets qui ont échoué », affirme l’étude, ajoutant que le « mythe » de l’industrie des biocarburants avancés survit grâce à une campagne à long terme de « désinformation par les promoteurs » des technologies des biocarburants avancés.

« Contrairement aux déclarations des promoteurs, la capacité de production des biocarburants avancés n’augmente pas avec constance », montre le rapport, qui explique que le cycle a commencé il y a plus de cent ans, avec des usines d’éthanol de pointe en Scandinavie, en Allemagne et aux États-Unis.

« Plus de 100 usines ont été construites, puis toutes fermées », ont déclaré les chercheurs, accusant les décideurs politiques de l’UE de fermer les yeux sur la situation.

Manque de sens

Pour Mark Turley, responsable d’Ethanol Europe, l’approche de l’UE n’a pas de sens, car les biocarburants avancés ne sont pas prêts pour un déploiement généralisé.

« Je ne vois pas pourquoi les consommateurs devraient un jour être obligés de payer beaucoup plus cher pour extraire de l’énergie d’une biomasse pratiquement impossible à exploiter lorsque les cultures conventionnelles sont parfaitement durables, efficaces et économiques. Cela n’a pas de sens », a souligné Mark Turley.

James Cogan, analyste chez Ethanol Europe, a souligné que les eurodéputés s’attendaient à ce que les investisseurs construisent 50 à 100 usines de biocarburants avancés d’ici 2030.

« Les biocarburants avancés doivent apprendre à marcher avant de pouvoir courir, mais pour 2030, les décideurs politiques de l’UE semblent planifier un marathon pour une industrie qui ne peut pas encore se débrouiller toute seule », a commenté Eric Sievers, directeur des investissements chez Ethanol Europe.

« Les biocarburants avancés rejoindront un jour les biocarburants conventionnels en tant que véritable option de politique climatique, mais les quelque 10 milliards d’euros amassés par les gouvernements de l’hémisphère Nord au cours des deux dernières décennies pour les biocarburants avancés n’ont rien fait de plus que d’empêcher les demandeurs de subventions et les avocats de passer du temps avec leurs enfants. »

Emmanuel Desplechin, secrétaire général d’ePURE, a souligné qu’il n’était pas surprenant que le développement des biocarburants avancés en Europe ait besoin d’un plus grand soutien de la part des eurodéputés. « L’incertitude politique qu’ils ont créée ces dernières années a donné aux investisseurs des raisons de réfléchir à deux fois. »

« Toute nouvelle technologie prend du temps à se développer. C’est pourquoi il est si important d’avoir aujourd’hui une politique des énergies renouvelables qui englobe toutes les technologies durables – indépendamment des labels tels que ‘conventionnel’  ou ‘avancé’ », a déclaré Emmanuel Desplechin.