Allemagne : les nouveaux objectifs pour l’éolien pourraient se heurter à la législation européenne

Le chancelier allemand Olaf Scholz (droite) répond à des questions au côté du ministre allemand de l’Économie et du Climat Robert Habeck lors d’une réunion du gouvernement au Bundestag, à Berlin, le 12 janvier 2022. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Le nouveau gouvernement allemand entend retrouver le rythme rapide d’expansion de l’éolien terrestre que le pays a connu par le passé. Pour y parvenir, il devra peut-être se heurter aux intérêts bien établis des groupes de protection de la nature.

Le ministère de l’Économie et de la Protection du climat allemand, dirigé par le co-chef des Verts et vice-chancelier Robert Habeck, a de grands projets pour redonner vie au secteur éolien du pays.

M. Habeck a annoncé, mardi (11 janvier), qu’il consacrerait 2 % du territoire allemand à l’énergie éolienne terrestre par le biais d’une « loi sur l’éolien », une demande de longue date émanant du secteur de l’énergie éolienne.

Hermann Albers, président de l’association allemande de l’énergie éolienne WindEnergie, a salué cette initiative, déclarant qu’« un objectif sectoriel contraignant doit être défini et mis en œuvre dans tous les États fédéraux ».

Berlin souhaite faire grimper les taux d’expansion de l’énergie éolienne à des sommets historiques, dépassant le pic de près de 5 GW de capacité ajoutée atteint en 2017. « Le gouvernement comprend parfaitement que, pour cela, une procédure d’autorisation plus rapide des nouveaux parcs éoliens est nécessaire », a déclaré M. Dickson.

Les objectifs annuels allemands d’expansion de l’énergie éolienne (en GW), annoncés le 11 janvier.

Des oiseaux et des éoliennes

Toutefois, afin d’accélérer l’expansion de l’éolien terrestre, M. Habeck pourrait avoir à se heurter aux intérêts bien établis des groupes de protection de la nature.

Le bras droit du vice-chancelier, Patrick Graichen, avait écrit en octobre dernier que les permis pour les nouveaux parcs éoliens étaient souvent retardés en raison de préoccupations liées à la protection de la nature et de poursuites judiciaires intentées par des activistes de la protection des oiseaux.

« L’énergie éolienne étant l’une des technologies clés pour la protection du climat et la transition énergétique, il est important de concilier la protection des espèces et une accélération du développement de l’énergie éolienne », avait-il ajouté.

Toutefois, les nouveaux objectifs de Berlin en matière d’énergie éolienne risquent d’entrer en conflit avec les défenseurs de la nature, qui disposent d’une législation européenne pour étayer leurs arguments.

Selon ce que l’on appelle généralement « l’interdiction de tuer », inscrite dans les directives européennes « Oiseaux » et « Habitats », les États membres de l’Union européenne doivent interdire :

  • « les moyens, installations ou méthodes de capture ou de mise à mort massive [d’oiseaux menacés] » ;
  • « de perturber intentionnellement [les oiseaux], notamment durant la période de reproduction et de dépendance » ou durant les périodes d’hivernage et de migration ;
  • la « pollution ou la détérioration » des sites de reproduction ou des aires de relais ;
  • de « détruire ou d’endommager intentionnellement leurs nids et leurs œufs », de ramasser, couper, déraciner ou détruire des plantes protégées dans la nature ;
  • « le recours à tous moyens, installations ou méthodes de capture ou de mise à mort massive ou non sélective ou pouvant entraîner localement la disparition d’une espèce » ;
  • « la vente, le transport pour la vente, la détention pour la vente ainsi que la mise en vente » des oiseaux prélevés dans la nature.

Selon certains, cette définition relativement large de ce qui constitue la « mise à mort » des oiseaux a déjà entravé l’expansion de l’énergie éolienne terrestre en Allemagne.

« D’après ce que l’on sait actuellement, les projets d’énergie éolienne présentent un risque de mortalité théorique, en particulier pour les grands oiseaux et les oiseaux de proie », peut-on lire dans une analyse juridique commandée par Agora Energiewende, le groupe de réflexion qu’a quitté M. Graichen pour rejoindre le ministère de l’Économie.

Des oiseaux de grande taille comme le milan royal ou le pygargue à queue blanche sont considérés comme sensibles à la présence de parcs éoliens. Comme les éoliennes pourraient techniquement entraîner la disparition de ces espèces sensibles, des distances de sécurité doivent être respectées, ce qui rend les processus de planification « complexes et difficiles », ajoute l’analyse.

À Bruxelles, le groupement de professionnels WindEurope estime que cela pourrait justifier certaines modifications de la directive. 

« Les nouveaux projets allemands visant à accélérer le développement de l’éolien jusqu’à 10 GW par an pour l’éolien terrestre pourraient éventuellement nécessiter une modification des directives européennes “Oiseaux” et “Habitats” », a expliqué Christoph Zipf, responsable de la presse et des communications chez WindEurope, à EURACTIV.

L’approche envisagée, qui consiste à introduire un ensemble d’espèces plutôt qu’une analyse individuelle de chaque espèce, pourrait entrer en conflit avec la directive, a-t-il expliqué.

Les défenseurs de la nature se méfient toutefois de toute tentative de révision de la directive européenne sur la protection des oiseaux. « Globalement, le Syndicat de conservation de la nature et de la biodiversité (NABU) s’oppose à la révision des directives “Habitats” et “Oiseaux” », a indiqué Raphael Weyland, responsable de la protection de la nature au bureau bruxellois de NABU, une ONG allemande de protection de la nature.

Si NABU entend jouer un rôle constructif dans l’accélération de la transition énergétique, « cela ne doit pas se faire au détriment de la protection de la nature. En effet, la crise écologique est tout aussi grave que la crise climatique », a déclaré M. Weyland.

La Commission européenne a jugé que les directives européennes sur la protection de la faune et de la flore sauvages étaient « adaptées » il y a quelques années seulement et qu’elles contenaient de nombreuses dérogations que l’Allemagne pourrait utiliser plus largement pour soutenir l’expansion de l’énergie éolienne, a-t-il expliqué.

L’analyse juridique d’Agora Energiewende s’accorde avec les propos de M. Weyland sur ce point. Dans l’intérêt de l’expansion de l’énergie éolienne, « il sera nécessaire d’utiliser davantage les possibilités de dérogations prévues par la loi européenne sur la protection des espèces », peut-on lire dans l’analyse.

L’expansion de l’éolien offshore allemand nécessitera un effort considérable, selon Robert Habeck

Alors qu’Olaf Scholz a été confirmé comme nouveau chancelier allemand mercredi 8 décembre, son second, Robert Habeck, doit relever un défi de taille : donner le coup d’envoi d’une ambitieuse et rapide expansion des énergies renouvelables.

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