Hydrogène vert. Comment Paris et Berlin entendent faire la pluie et le beau temps

Bruno Lemaire (D), Peter Altmaier (C) et Maros Sefcovic (G). [EPA-EFE/IAN LANGSDON]

Paris et Berlin souhaitent devenir les maîtres incontestés de l’hydrogène vert. Comment ? Les deux nations prévoient de construire une usine de production commune qui percevra des aides financières publiques. Toutefois, l’énergie atomique demeure source de désaccord.

Dans le cadre du Conseil des ministres européens des Finances à Berlin vendredi (11 septembre), l’entente franco-allemande sur la production d’hydrogène pourrait faire un véritable bon en avant. Dimanche dernier, le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire a déclaré que le débat devrait se prolonger au cours d’un dîner informel avec son homologue allemand Peter Altmaier.

La construction d’une « giga-usine » de production d’hydrogène sera au menu de ce tête-à-tête diplomatique. Pour couvrir l’addition, l’Hexagone et l’outre-Rhin sont prêts à verser 1,5 milliard d’euros chacun. Néanmoins, le projet doit recevoir le titre de « Projet important d’intérêt européen commun (PIIEC) » de la part de l’UE afin de percevoir ces subventions publiques. La première esquisse de cette usine a vu le jour en août, lors d’une réunion entre Angela Merkel et Emmanuel Macron au Fort de Brégançon. « Nous devons accélérer les projets franco-allemands » pour que les deux pays deviennent les leaders mondiaux de l’hydrogène, a soutenu Bruno Le Maire.

La France prévoit un budget colossal pour l’hydrogène

Paris a présenté sa feuille de retour hydrogénée au cours d’un nouveau cycle de négociations mercredi 9 septembre. Grâce à cette stratégie flambant neuve, le pays souhaite atteindre 6,5 GW de capacité de production d’hydrogène décarboné, soit 600 000 tonnes d’hydrogène vert. L’hydrogène bleu, obtenu à partir de gaz naturel avec captage de CO2, ne figure explicitement pas dans le plan français. En outre, l’Élysée a promis sept milliards d’euros pour stimuler la production française d’hydrogène, dont deux milliards avaient déjà été annoncés la semaine dernière dans le cadre du plan de relance national post Covid-19. Ces fonds devraient être débloqué à partir de 2022 et contribuer en grande partir à la décarbonation de l’industrie.

La France fait donc un grand pas en avant par rapport à l’annonce de l’ancien ministre de l’Environnement Nicolas Hulot en 2018, faisant état de 100 milliards d’euros répartis sur trois ans. « Désormais, l’hydrogène reçoit une dimension qui lui est propre », a indiqué l’actuelle ministre de l’Environnement Barbara Pompili.

De son côté, l’Allemagne ébauche également des plans ambitieux, comme l’a laissé entendre Peter Altmaier en juin lorsqu’il a présenté la stratégie nationale d’hydrogène : l’Allemagne veut devenir « numéro 1 ». Berlin souhaite porter la capacité de production d’hydrogène décarboné à 5 GW d’ici à 2030 et à 10 GW d’ici à 2040. L’objectif fixé est ainsi inférieur à celui français, mais dans un même temps, de grandes quantités d’hydrogène vert devraient être importées de pays ensoleillés. Deux des neuf milliards d’euros injectés par l’Allemagne dans son programme de développement de la filière hydrogène devraient ainsi être consacrés aux partenariats d’importation.

À l’échelle européenne, la Commission a présenté son plan-hydrogène en juillet. À ce titre, elle prévoit, à la même échéance, d’augmenter la capacité totale de production d’hydrogène à 40 GW, soit dix millions de tonnes d‘hydrogène.

Bruxelles présente sa feuille de route sur l’hydrogène

La Commission européenne a dévoilé sa stratégie destinée à promouvoir l’hydrogène vert, produit grâce à l’électricité renouvelable. Mais durant une phase transitoire, l’UE soutiendra aussi l’hydrogène à faible teneur en carbone dérivé de combustibles fossiles. Un article d’Euractiv Italie.

Quid de l’énergie atomique ?

La quantité d’hydrogène produit dans le cadre la coopération franco-allemande reste inconnue. Le sujet pourrait d’ailleurs semer la discorde entre les deux pays : alors que l’Hexagone s’engage surtout dans la production d’hydrogène vert sur fond nucléaire, l’Allemagne s’oppose au recours à l’énergie atomique. En décembre 2019, les chefs d’État et de gouvernement n’étaient pas parvenus à se mettre d’accord sur l’étiquette « propre » du nucléaire dans la taxonomie européenne. L’objet de ce désaccord est toujours en cours d’analyse.

Tant l’Allemagne que la Commission européenne mise sur l’hydrogène bleu dans leur stratégie. Cette divergence avec la France ne devrait pas poser de problème, d’après M. Le Maire. À l’heure actuelle, les chemins sont divers et variés pour produire et importer l’hydrogène. « Néanmoins, nous verrons dans quelle mesure nous pouvons compléter nos approches ».

Made in Europe

Paris souhaite avant tout que son hydrogène ne dépende pas de sociétés étrangères. L’ensemble des technologies nécessaires à sa production doit être établi en France. Aux yeux du ministre de l’Économie, il ne faut pas commettre les mêmes erreurs qu’avec le photovoltaïque et subventionner les producteurs chinois. « Il en est hors de question ».

Les deux pays ont déjà collaboré par le passé dans le cadre de projets d’envergure similaire, notamment la construction d’une giga-usine franco-allemande de batteries avec le site pilote à Nersac et la production à Kaiserlautern. Bénéficiant d’une aide conjointe à hauteur de 1,3 milliard d’euros, l’entreprise devrait commencer sa fabrication mi-2021 et atteindre un million de batteries de voitures d’ici à 2030.

L’« Alliance européenne pour l’hydrogène propre » est prête à décoller

Mercredi 8 juillet, la Commission présentera sa nouvelle alliance des industries de l’hydrogène. Par cette stratégie, l’UE cherche à se poser en leader mondial dans le domaine.

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