Après 3 ans de stagnation, les émissions de CO2 repartent à la hausse

Le mix énergétique plus carboné explique le bond des émissions en 2017 [Oran Viriyincy/Flickr}]

Les chances de limiter la hausse des températures à +1,5° sont de plus en plus minces : la trajectoire actuelle mène vers une planète réchauffée de 3,2° en 2100.

La catastrophe climatique s’emballe, mais elle peut s’inverser si on taxe le carbone. Le message de l’ONU environnement aurait difficilement pu tomber plus mal. Son rapport sur les émissions de CO2 mondiales était présenté à Paris, le 28 novembre, en pleine crise des gilets jaunes, et alors que le gouvernement français annonçait de son côté un léger recul sur le signal prix du pétrole.

« Nous ne sommes pas prêt de résoudre le problème climatique » a averti Satya Tripathi, secrétaire général adjoint de l’UNEP. « Tout ce que vous aimez sur cette planète, la biodiversité, la paix, les forêts, les lieux : tout est en danger » a-t-il prévenu.

Alarmant, le rapport annuel de son organisation souligne que les émissions sont reparties à la hausse en 2017. Elles avaient pourtant légèrement baissé entre 2014 à 2016. Elles ont ainsi atteint 53,5 Gigatonnes d’équivalent CO2 (53,5 Gt CO2e) en 2017, rompant avec une stabilisation qui laissait selon certains présager un recul.

L’écart entre les émissions réelles, et le niveau de CO2 qui permettrait de ne pas réchauffer la planète se creuse de plus en plus. La plupart des pays continuent de voir leurs émissions grimper ; seuls 49 d’entre eux ont passé leur “pic” d’émission. Or selon le rapport du GIEC publié en septembre, il faudrait que ce pic soit atteint en 2020 au niveau mondial pour limiter le réchauffement à 1,5°.

Non seulement les émissions de CO2 dévient du chemin qu’elles devraient emprunter, mais quasiment aucun pays signataire de l’Accord de Paris ne tient ses engagements.

Seulement 16 pays sur 197 respectent l’accord de Paris

Les signataires de l’accord de Paris préparent un réchauffement climatique de 2,7 ° à +3,2 ° dès 2030, au lieu de limiter la hausse du thermomètre à 1,5 ° voire 2 ° en 2050.

Ainsi, au sein du G20, quelques rares pays respectent leur “NDC”, les engagements nationaux pris lors de la COP21 : il s’agit du Brésil (qui songe à revoir son adhésion à l’accord de Paris), de la Chine et du Japon, ainsi que l’Inde, la Russie et la Turquie. Tous les autres, y compris les 28 pays européens, sont en deça de leurs engagements – par ailleurs plus ambitieux. « Il faut renforcer ces engagements nationaux» plaide Anne Olhoff, responsable du programme pour un développement climat de l’Unep, qui insiste sur le fait que la planète sait techniquement comment faire ; manque la volonté politique.

« La contribution de l’UE à l’Accord de Paris est obsolète et peu ambitieuse »

L’Union européenne doit « considérablement améliorer l’ensemble de sa politique pour 2030 pour s’aligner à la trajectoire de l’Accord de Paris », estime le scientifique Jean-Pascal van Ypersele, ex membre du GIEC.

 

Découplage entre croissance et émissions de CO2

Maigre consolation dans cette avalanche de mauvaises nouvelles, le rapport souligne un décalage entre les émissions de Co2 et le niveau de croissance du PIB mondial, montrant ainsi que brûler des hydrocarbures ou massacrer la forêt n’est pas nécessairement indispensable à la création de richesse. Plus précisément, le précédent plateau d’émission s’était déroulé sur fond de croissance des émissions de l’industrie, mais avec une évolution du mix énergétique conduisant à un recul des émissions de CO2 du secteur. Mais la décarbonisation de la production d’électricité ne s’est pas confirmée, même si l’UNEP assure qu’une telle option est possible, sur le long terme, avec un prix du CO2 avoisinant les 70 dollars par tonne.

Acceptabilité et fiscalité

Parmi les solutions évoquées dans le rapport, les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et la protection de la forêt sont les trois secteurs clés qui permettraient de retrouver une voie permettant de limiter sérieusement les émissions de CO2, vers un niveau de 30 à 32 gigatonnes de Co2 par an en 2030.  « Beaucoup de pays ont compris que les énergies renouvelables autorisaient des co-bénéfices importants pour l’environnement, l’indépendance énergétique, la santé » rappelle Niklas Höhne, du New Climate Institute.

Autre solution clé évoquée, celle des taxes et de la fiscalité. Kurt Van Dender de l’OCDE assure que seuls 10 % des énergies fossiles paient un prix à la tonne de CO2 émise, et que 0,5 % du PIB mondial passe encore dans les subventions à la consommation d’hydrocarbures. « Mais la bataille du climat, c’est autant de parvenir de faire des réformes fiscales inclusives que de donner un prix au carbone » reconnait prudemment le fiscaliste, qui assure qu’il faut communiquer et établir la confiance envers les citoyens qui votent avant tout. Comment ? La question reste ouverte.

 

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