Aucune anomalie majeure sur le marché européen du carbone, selon l’AEMF

La grande centrale électrique au charbon Mannheim AG (GKM) à Mannheim, en Allemagne, le 12 janvier 2022. [Ronald Wittek / EPA-EFE]

Il n’y a pas d’anomalies majeures sur le marché du carbone de l’Union européenne, mais des contrôles plus stricts pourraient permettre d’améliorer la transparence et la surveillance, a déclaré l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF) ce lundi (28 mars).

Le système européen d’échange de quotas d’émission (SEQE-UE) fixe un prix pour certains secteurs, notamment les producteurs d’énergie et les industries à forte émission de carbone, afin d’encourager la réduction des émissions. Le système, composé d’un marché primaire de quotas et d’un marché secondaire principalement constitué de produits dérivés liés aux quotas, est un élément central du plan européen de réduction des émissions.

Cependant, le prix du carbone a été instable au cours des dernières semaines. En février, le prix du CO2 sur le marché européen du carbone a atteint un niveau record de 98,49 euros la tonne, après avoir augmenté d’environ 150 % en 2021. Il a ensuite chuté à un peu moins de 60 euros début mars à cause de la guerre en Ukraine. À mesure que le mois de mars avançait, il s’est stabilisé autour de 75 euros.

La flambée des prix a incité des pays comme la Pologne à demander à l’UE de restreindre la participation des spéculateurs financiers au marché.

Toutefois, un rapport de l’AEMF publié lundi n’a pas relevé de défaillance majeure sur le marché du carbone.

« Sur la base de l’ensemble des données dont nous disposons, nous ne pouvons certainement pas affirmer que nous avons assisté à une monopolisation du marché », a déclaré Carsten Ostermann, chef de l’unité de négociation de l’AEMF, lors d’une conférence de presse, comme le rapporte Reuters.

Le rapport a révélé que les positions longues sur les dérivés du carbone sont principalement détenues par des entités non financières à des fins de couverture, tandis que les positions courtes sont principalement détenues par des banques et des sociétés d’investissement, qui fournissent des liquidités et des financements carbone.

Par ailleurs, les positions des fonds d’investissement restent limitées et sont principalement détenues par des fonds situés dans des pays hors Europe. Les sociétés de trading à haute fréquence et les teneurs de marchés pratiquant le trading algorithmique sont souvent originaires de Grande-Bretagne et des États-Unis mais ne détiennent que de petites positions nettes.

Une plus grande transparence

Dans son rapport, l’AEMF propose plusieurs recommandations visant à améliorer la transparence et le suivi du marché européen du carbone. Cela inclut l’extension des contrôles de gestion des positions dans les échanges de quotas ainsi que la publication de rapports hebdomadaires sur les positions ouvertes.

L’AEMF a également indiqué qu’elle examinerait la nécessité de renforcer les exigences de transparence pour les quotas d’émission et leurs dérivés.

Selon l’AEMF, les responsables politiques de l’UE pourraient aller plus loin en envisageant de limiter les positions pouvant être détenues sur les produits dérivés du carbone, une mesure déjà en place pour certaines matières premières, ainsi qu’une surveillance centralisée du marché du carbone au niveau de l’UE.

La transparence et la surveillance ont également été remises en question avec le Brexit. Par exemple, ICE Endex, qui domine les positions ouvertes dans le marché secondaire avec une part de marché de 85 %, a quitté Londres pour les Pays-Bas en 2021 en raison du Brexit, ce qui rend plus difficile pour l’AEMF de suivre les opérateurs en Grande-Bretagne.

« Ces défis rendent très complexe l’obtention d’une image claire de qui négocie et d’où et ils doivent être résolus afin d’améliorer la surveillance future des marchés du carbone de l’UE », a indiqué l’AEMF.

« Laisser le marché opérer »

Les conclusions de l’AEMF montrent qu’il n’est pas nécessaire de réformer radicalement les mécanismes du marché du carbone, estime le législateur européen à l’origine de la position du Parlement européen sur la réforme du SEQE-UE.

« Il est important de laisser le marché opérer et de permettre aux entreprises, en particulier aux PME, d’obtenir l’aide des acteurs financiers pour gérer leurs obligations », a déclaré Peter Liese, un député chrétien-démocrate allemand qui pilote la réforme au Parlement.

« Cependant, il est important d’accroître encore la transparence pour éviter les manipulations et limiter la spéculation », a-t-il ajouté.

M. Liese a également appelé à un renforcement de la réglementation des prix afin de limiter la volatilité sur le marché.

« Bien que le prix du SEQE ne représente qu’une petite fraction des prix de l’énergie actuellement extrêmement élevés, ces prix élevés et la dépendance aux importations d’énergie russe nous poussent à trouver des solutions efficaces et ayant un impact pour garder les prix sous contrôle et permettre aux entreprises de survivre même si elles doivent utiliser temporairement du charbon », a-t-il expliqué.

En 2020, l’UE a permis aux entreprises d’acheter des quotas plus tardivement que prévu et M. Liese demande que cela soit réitéré.

Son homologue allemand, le législateur européen écologiste Michael Bloss, a convenu que le prix du CO2 n’est pas le fruit de la spéculation financière, ce que la Commission européenne a déjà répété depuis plusieurs mois.

« Cependant, le prix est encore trop bas pour rendre visibles les véritables dégâts climatiques. Pour tous ceux qui veulent faire baisser le prix, c’est une défaite. La tâche doit maintenant consister à réformer le système d’échange de quotas d’émission afin que le marché fonctionne », a expliqué M. Bloss à EURACTIV.

« Pour ce faire, le marché doit être rendu plus transparent. Nous pouvons y parvenir en créant un registre de transparence reprenant tous les partenaires commerciaux. Jusqu’à présent, les informations sur qui achetait quoi et quand n’étaient pas rendues publiques. Il faut abolir cette protection des manœuvres », a-t-il ajouté.

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