Le Brexit hypothèque l’avenir du marché du carbone au Royaume-Uni

Julie Girling [European Parliament]

La réforme en cours du marché du carbone envoie un « signal fort » aux entreprises énergivores. Mais au Royaume-Uni, la perspective du Brexit  risque de retarder la transition attendue. Un article de notre partenaire edie.net.

De nouvelles règles censées corriger le déséquilibre entre l’offre et la demande au sein du système d’échange de quotas d’émissions (ETS) ont été décidées en novembre. La semaine dernière, 535 eurodéputés ont voté pour la proposition de Julie Girling (CRE), qui doit à présent être validé par les États membres.

Cette proposition de réforme vise à limiter la quantité de quotas excédentaires sur le marché. Le volume du quota actuel aurait, selon certains critiques, étouffé les investissements dans les technologies à faibles émissions de carbone. L’ETS européen fixe par exemple un plafond pour les émissions totales provenant de la production d’électricité et permet aux industries basées au Royaume-Uni d’acheter des réductions d’émissions à l’étranger, ce qui est souvent une alternative moins coûteuse que la réduction directe des émissions opérationnelles.

Selon Julie Girling, la nouvelle réforme est un compromis entre l’ambition environnementale de l’Union et la protection des industries très énergivores, telles que la sidérurgie et la construction. Le Royaume-Uni continuera de faire partie de l’ETS pendant une période de transition de deux ans après Brexit, mais peu d’informations ont été fournies sur le plus long terme.

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L’eurodéputée craint d’ailleurs que le Brexit ne crée des incertitudes et distractions qui empêchent les industries émettant beaucoup de carbone d’accélérer leur transition.

« La réforme est certainement un signal assez fort que l’industrie britannique devra commencer à en faire plus » pour réduire ses émissions, a-t-elle déclaré. « Je n’ai rencontré aucun industriel qui ne veuille pas essayer, mais les cycles d’investissement et la disponibilité du capital ne permettent pas de progrès rapides. »

« Je crains que toutes les incertitudes économiques du Brexit vont occuper tous les esprits. Les entreprises énergivores ne savent pas quelles seront les relations commerciales de demain, ou s’ils seront exportateurs, importateurs ou les deux. Je ne pense pas qu’il soit de bon augure pour notre programme de décarbonisation que les entreprises subissent d’autres pressions en ce moment », ajoute-t-elle.

Le Royaume-Uni est le deuxième plus important émetteur de CO2 de l’UE, et les recherches suggèrent qu’une sortie du Royaume-Uni de l’ETS entraînerait un resserrement de l’équilibre entre l’offre et la demande du système d’environ 745 millions de tonnes.

La réforme vise à définir le marché du carbone de l’UE pour la période post-2020. Actuellement, le système d’échange de quotas d’émission oblige plus de 11 000 centrales électriques et usines à obtenir des permis pour chaque tonne de carbone émise. L’objectif du marché était de créer une incitation financière à polluer moins, mais un excédent d’environ 1,6 milliard de quotas a entravé la transition depuis 2013.

L’enjeu de la réforme est d’absorber l’excédent, ce qui devrait inciter les pollueurs à investir dans des solutions qui réduisent les émissions sans réduire la productivité.

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La Commission européenne a adopté une nouvelle mesure visant à protéger son ETS contre une éventuelle rupture des négociations de Brexit. Celle-ci prévoit de mettre un terme aux ventes potentielles de permis si les entreprises britanniques sont expulsées du marché en raison de Brexit, ce qui suscite davantage de préoccupations financières pour les entreprises.

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