Berlin soutient la filiale nationalisée de Gazprom avec un prêt de 10 milliards d’euros

Gazprom Germania a joué un rôle essentiel dans la sécurisation de l’approvisionnement énergétique pour l’Allemagne, et le prêt vise à soutenir son rôle en facilitant les approvisionnements en gaz et en empêchant l’insolvabilité. [EPA-EFE/FILIP SINGER]

Le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, a déclaré qu’il ne pouvait pas spéculer sur le montant du prêt accordé par la banque d’investissement publique allemande KfW (Kreditanstalt für Wiederaufbau) pour sauver Gazprom Germania de l’insolvabilité, mais des sources situent ce montant aux alentours de 10 milliards d’euros.

En avril, Gazprom Germania, une entreprise d’État russe, a été placée sous administration provisoire à la suite de l’invasion de l’Ukraine par Moscou. Gazprom a ensuite coupé ses liens avec la filiale allemande, ce qui a conduit le gouvernement à en prendre le contrôle temporaire pour protéger l’approvisionnement en gaz du pays.

« Il ne s’agit que de garanties », a déclaré M. Lindner lors d’un voyage à Sofia, ce qui explique qu’il n’y aura pas d’implication pour le budget fédéral, a-t-il ajouté.

Gazprom Germania a joué un rôle essentiel dans la sécurisation de l’approvisionnement énergétique pour l’Allemagne, et le prêt vise à soutenir son rôle en facilitant les approvisionnements en gaz et en empêchant l’insolvabilité.

« Afin de garantir la sécurité de l’approvisionnement, le gouvernement fédéral prolonge et renforce la mise sous tutelle de Gazprom Germania », a indiqué Steffen Hebestreit, porte-parole principal du chancelier Olaf Scholz, mercredi sur Twitter.

« En outre, l’entreprise se voit accorder un prêt de la KfW [banque d’État]. Cela la protège de l’insolvabilité et sécurise ses importantes opérations commerciales », a-t-il poursuivi.

L’annonce de ce prêt, estimé à environ 10 milliards d’euros selon l’AFP, a suscité l’indignation en Allemagne, bien que le gouvernement ait déclaré que l’argent serait protégé tout en veillant à ce qu’il « ne soit utilisé que pour les activités commerciales de Gazprom Germania et pour maintenir l’approvisionnement en gaz et ne puisse pas aller en Russie ».

Une situation qui a fait bondir certains observateurs. « Nous sommes en train de sauver l’entreprise russe Gazprom (!) Germania avec l’argent des impôts allemands ! Pourquoi notre chancelière ne finance-t-elle pas directement les usines d’armement russes ? », a écrit Paul Ronzheimer, vice-rédacteur en chef du quotidien allemand BILD, sur Twitter.

Comme le gouvernement allemand n’a pas encore exproprié la filiale de Gazprom, elle continue d’être légalement détenue par un inconnu quelque part en Russie, a expliqué Klaus Müller, chef de l’agence fédérale des réseaux et administrateur de Gazprom Allemagne, en avril.

Sécuriser l’approvisionnement énergétique de l’Europe

Gazprom Germania, le pivot des flux de gaz russe vers l’Europe, sera rebaptisé « Securing Energy for Europe GmbH » (SEFE) dans ce qui pourrait être considéré comme l’une des tentatives de changement de marque les plus ambitieuses de l’année.

Cela signale également au marché que les mesures visent à sécuriser l’approvisionnement énergétique en Allemagne et en Europe, peut-on lire dans le communiqué de presse.

Le changement de nom fait suite aux appels lancés par l’entreprise publique russe Gazprom pour « éviter toute identification supplémentaire de ses activités avec le groupe Gazprom », a déclaré l’entreprise sur son canal Telegram en avril.

Ainsi, Berlin est bien décidé à garder la main sur Gazprom Germania (SEFE) et les lucratifs contrats de gaz à long terme et à bas prix liés à l’enveloppe juridique de la filiale lucrative du Kremlin.

Baisse des flux via le Nord Stream 1

L’annonce du prêt et le renforcement de l’emprise de Berlin sur la société sont intervenus dans un contexte de baisse significative de 40 % des flux de gaz dans le gazoduc Nord Stream 1.

Gazprom a invoqué des problèmes de maintenance pour expliquer cette baisse importante, rejetant la faute sur la société allemande Siemens, qui n’aurait pas assuré la maintenance des compresseurs.

« En raison du retour tardif des unités de compression de gaz réparées par Siemens […] et des dysfonctionnements techniques des moteurs, seules trois unités de compression de gaz peuvent actuellement être utilisées à la station de compression de Portovaya », a expliqué Gazprom, comme le rapporte Reuters.

Siemens a pointé du doigt les sanctions imposées par le Canada comme étant la raison de ce retard. « En raison des sanctions imposées par le Canada, il est actuellement impossible pour Siemens Energy de livrer des turbines à gaz révisées au client », a déclaré l’entreprise allemande.

Les observateurs politiques ont plutôt noté que la baisse des flux de gaz devant Berlin, renforçant son emprise sur Gazprom Germania, qui deviendra bientôt SEFE, n’était peut-être pas une surprise. « Personne à Berlin ne croit au hasard », a déclaré l’un d’eux.

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