L’UE pourrait gaspiller 29 milliards d’euros dans des projets gaziers jugés « inutiles »

L’Europe n’a pas besoin de nouvelles infrastructures gazières pour garantir sa sécurité énergétique, affirme une étude. Malgré cela, des dizaines de milliards d’euros pourraient être attribués à des projets gaziers « superflus ».

La Commission de l’industrie du parlement européen votera le 22 janvier sur une liste de projets énergétiques susceptibles de recevoir des fonds européens.

La quatrième liste des projets d’intérêt commun (PCI), présentée par la Commission européenne le 31 octobre, comprend 151 projets d’infrastructure énergétique, dont 70 % sont liés à l’électricité et aux réseaux intelligents.

Une étude réalisée par la société de conseil Artelys pour la Fondation européenne pour le climat conclut cependant que la plus grande partie des projets gaziers figurant dans la liste PCI pourraient être « inutiles ».

Le commissaire européen à l'énergie veut la fin du gaz

Le commissaire au climat et à l’énergie a délivré un message clair à l’industrie du gaz : on ne saura bientôt plus que faire de vos infrastructures. Le secteur réfute énergiquement.

« L’infrastructure gazière existante de l’UE est en mesure de répondre à un large éventail de scénarios liés à la demande de gaz dans l’Europe des 28, même dans l’éventualité de graves perturbations de l’approvisionnement », affirme le document.

Surinvestissement

« Cela suggère que la plupart des 32 projets d’infrastructures gazières de la quatrième liste PCI sont inutiles du point de vue de la sécurité de l’approvisionnement, et représentent un surinvestissement potentiel de dizaines de milliards d’euros, soutenu par les fonds publics européens », poursuit-elle.

Les projets figurant sur la liste PCI sont susceptibles de recevoir l’argent des contribuables européens par le biais du programme d’aide communautaire Connecting Europe Facility (CEF), qui peut couvrir jusqu’à 50 % des coûts d’une réalisation.

Artelys, qui a effectué un certain nombre d’études pour l’industrie du gaz et bénéficie d’un accès privilégié aux données du secteur, estime le coût des 32 projets gaziers à 29 milliards d’euros.

Selon Claude Turmes, le ministre de l’Énergie du Luxembourg, on est loin d’une utilisation judicieuse de l’argent des contribuables européens.

« Nous risquons de gaspiller 29 milliards d’euros pour de futurs actifs “enlisés” tout en enfermant notre système énergétique dans une dépendance au gaz fossile pour les 40 prochaines années » déplore-t-il, appelant l’Europe à investir prioritairement dans les énergies renouvelables.

L’eurodéputé français Pascal Canfin, qui préside la commission de l’environnement du Parlement, a appelé la Commission à réexaminer sa liste. « Si nous admettons le bien-fondé des chiffres du rapport Artelys, cela signifie que pour chaque euro versé au Fonds de transition juste, la Commission est prête à donner 4 euros au financement de projets gaziers », indique-t-il, en invitant la Commission à revoir ses priorités.

Lors de la présentation de la quatrième liste PCI, la Commission l’avait défendue en soulignant qu’elle reflétait « le rôle croissant de l’électricité renouvelable dans le système énergétique et le besoin de renforcer le réseau afin de permettre l’intégration des énergies renouvelables et du commerce transfrontalier ».

Mais il s’agissait de la précédente Commission, dirigée par Jean-Claude Juncker. Depuis, une nouvelle présidente a pris la relève et elle a promis de faire de l’Europe « le premier continent climatiquement neutre d’ici à 2050 ». Avant la fin mars, Ursula von der Leyen devrait présenter une « loi sur le climat » qui engagera l’Union à réaliser son objectif de neutralité climatique à l’horizon 2050.

Ce qui pourrait avoir des conséquences pour les projets énergétiques susceptibles de recevoir des fonds européens.

Selon l’eurodéputé Martin Hojsík, membre du groupe politique centriste Renew Europe, « la liste PCI proposée par la Commission Juncker n’est pas conforme à nos objectifs climatiques ni à la résolution du Parlement sur le Green Deal ».

Le Parlement européen veut renforcer le Green deal

Les députés européens veulent notamment abattre de 55% les émissions communautaires de gaz à effet de serre entre 1990 et 2030. Un article du JDLE.

« C’est l’un des premiers tests permettant à la Commission von der Leyen de démontrer qu’elle prend le Green Deal européen et l’Accord de Paris au sérieux », souligne-t-il, appelant la Commission à réviser d’urgence les critères des PCI ainsi que la liste elle-même.

L’appel de Martin Hojsík a été appuyé par Jean-Pascal van Ypersele, ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui enseigne aujourd’hui à l’université de Louvain en Belgique.

« Pour atteindre l’objectif zéro émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici à2050 sur le territoire de l’UE, le gaz fossile doit être éliminé progressivement et nous devons passer à des énergies renouvelables propres », indique le climatologue belge. « Ce rapport confirme que les décideurs européens n’ont aucune raison de justifier la priorité accordée aux nouvelles infrastructures de gaz fossile au nom de la sécurité énergétique de l’UE ou de la future demande de gaz ».

Projets gaziers injustifiables

Les partisans des projets gaziers affirment qu’ils sont nécessaires pour assurer la sécurité de l’approvisionnement. La quatrième liste PCI a été établie sur la base des prévisions des opérateurs des réseaux du gaz et de l’électricité concernant l’offre et la demande future, explique James Watson, le secrétaire général de l’association industrielle Eurogas.

« Les projets en question sont valables et devraient être considérés comme une part nécessaire l’infrastructure énergétique européenne », plaide-t-il, en soulignant que la liste «  reflète le besoin des États membres d’achever et d’intégrer leurs marchés de l’énergie ».

Seuls les Verts et la gauche devraient rejeter la quatrième liste PCI lors du vote du 22 janvier au sein de la commission de l’industrie du Parlement, indique une source européenne, soulignant que les eurodéputés ne se prononceront que sur la liste dans son ensemble, et non sur les projets individuels.

Et les législateurs ne semblent pas disposés à rejeter la liste dans son ensemble car cela compromettrait également les projets d’interconnexion électrique, considérés comme nécessaires au développement des énergies renouvelables, poursuit la source.

Mais les députés européens devraient aussi faire pression pour que la Commission réexamine la liste à la lumière du Green Deal européen.

« La Commission doit analyser la compatibilité de chacun des projets gaziers de cette quatrième liste PCI avec les nouveaux engagements climatiques de l’Union résultant du Green Deal et en tirer les conséquences », estime Pascal Canfin.

Le Parlement européen procédera à un vote en plénière sur la quatrième liste PCI à la mi-février.

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