Bioénergie et sylviculture veulent des financements verts de l’UE

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Les bioénergies, y compris le bois, les biocarburants et l’industrie forestière, devraient être incluses dans le projet de taxonomie financière durable de l’UE, conformément à la directive sur les énergies renouvelables récemment mise à jour, affirme une coalition industrielle.

Le projet de taxonomie de l’UE pour le financement vert est « miné par d’importantes divergences » avec la directive de l’UE sur les énergies renouvelables, selon une déclaration conjointe de dix associations industrielles actives dans les secteurs de l’industrie forestière et de la bioénergie.

« Ce manque de cohérence plombe les objectifs à long terme de l’UE en matière de climat et d’énergie », prévient la coalition.

La déclaration a été conjointement publiée le 23 octobre par dix groupes industriels : Bioenergy Europe (industries de la bioénergie), CEPF (propriétaires forestiers), CEPI (industries papetières), COGEN Europe (industrie de la cogénération), Copa-Cogeca (agriculteurs et coopératives agricoles), EBA (producteurs de biogaz), EOS (scieries), ePURE (producteurs d’éthanol), Euroheat & Power (chauffage urbain), et EUstafor (gestionnaires forestiers).

Les critères de durabilité pour la biomasse sont au cœur de leur requête. Énoncés dans la directive de l’UE sur les énergies renouvelables, ils ne sont pas repris dans la taxonomie de la finance verte de l’UE.

La Commission ambitionne de définir précisément ce qu'est un investissement vert

Après sa stratégie sur la finance durable, qui doit être publiée en mars, la Commission présentera une législation sur la définition de l’investissement « vert ».

Or, la taxonomie « devrait refléter les exigences de durabilité indiquées dans la directive sur les énergies renouvelables », qui a été mise à jour en 2018 après deux ans de négociations, affirme la coalition.

Les critères de durabilité visent à décourager les agriculteurs de remplacer les cultures vivrières par des cultures énergétiques, un phénomène connu sous le nom de changement d’affectation des sols indirect, ou CASI, accusé de faire monter les prix alimentaires et de provoquer la déforestation dans des pays comme l’Indonésie et la Malaisie.

« Seuls les biocarburants hautement susceptibles de favoriser les CASI doivent être exclus » de la taxonomie, écrit la coalition, en référence à l’huile de palme importée mélangée au biodiesel. Elle plaide pour la mise en œuvre de tous les critères de durabilité figurant dans la directive sur les énergies renouvelables « avant d’opter pour un nouvel ensemble d’exigences non testées et allant du sommet vers la base », souligne-t-elle au sujet des prérequis décrits dans le système de financement vert de l’UE.

L'Europe peine à trancher sur la durabilité des biocarburants à base d'huile de palme

Un acte délégué du RED II déterminant les critères de durabilité des biocarburants a été bloqué par certains commissaires, qui le trouvent trop laxiste.

L’an dernier, la Commission européenne a élaboré une taxonomie de classification à l’échelle de l’UE afin de diriger les investissements privés vers les technologies propres et d’évaluer si une activité économique est durable ou non sur le plan environnemental.

« Nous voulons protéger les consommateurs et les investisseurs de l’UE contre les produits financiers prétendument écologiques », a déclaré Vladis Dombrovskis, le commissaire européen chargé des services financiers. « La taxonomie fournira donc des définitions communes de ce qu’est un investissement vert, fondées sur des preuves scientifiques », a-t-il expliqué dans un récent discours.

Selon les estimations de la Commission, il faudra jusqu’à 290 milliards d’euros d’investissements annuels pour réduire à zéro les émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici à 2050.

18 pays européens soutiennent la neutralité carbone pour 2050

L’Allemagne, la Grèce, l’Italie et la Slovaquie ont ajouté leur nom à la liste des pays européens favorables à la neutralité carbone d’ici à 2050, augmentant les chances de conclure un accord lors du sommet européen.

Mais le projet de taxonomie a été vivement critiqué par l’industrie du gaz, qui a demandé l’inclusion du biométhane dans la liste des activités économiques durables, conformément à la directive sur les énergies renouvelables. Le gaz devrait également être admis dans le système de financement vert de l’UE lorsqu’il remplace le charbon dans la production d’électricité, a-t-elle affirmé.

Les militants écologistes s’opposent pour leur part à une législation qui encourage la combustion du bois pour le chauffage et la production d’électricité. Plus tôt cette année, ils ont intenté une action en justice contre l’Union européenne pour avoir reconnu la biomasse comme une source d’énergie neutre en carbone.

« Considérer la biomasse comme étant neutre en carbone va à l’encontre des découvertes scientifiques » montrant que la combustion du bois pour l’énergie émet généralement 1,5 fois plus de CO2 que le charbon et 3 fois plus que le gaz naturel, ont souligné les plaignants.

Les défenseurs de l’environnement s’opposent également à l’utilisation du biogaz dans les transports, affirmant que les véhicules fonctionnant au biométhane peuvent également rouler au gaz fossile, sans qu’il soit possible de vérifier quel type de carburant se trouve réellement dans le réservoir.

« Notre position n’est pas de fermer complètement la porte à la bioénergie, mais d’assurer la traçabilité dans tous les secteurs et de pouvoir vérifier les émissions de carbone sur l’ensemble du cycle de vie – ce qui exige des critères beaucoup plus stricts, notamment dans la taxonomie verte développée par le groupe d’experts techniques de la Commission », a précisé Sébastien Godinot, un militant du WWF.

Le bois est actuellement la plus importante source d’énergie renouvelable de l’UE, représentant près de 60 % de l’ensemble des énergies renouvelables consommées sur son territoire – bien plus que l’énergie éolienne, géothermique, hydraulique et solaire réunies.

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