Bruxelles condamne l’huile de palme mais absout le soja

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Dans une décision très attendue, la Commission européenne a classifié l’huile de palme comme un biocarburant non durable, mais a épargné les petits producteurs et le soja.

Prévu pour la fin du mois de janvier, l’acte de la Commission définissant les critères de durabilité pour les biocarburants à base de produits agricoles n’a finalement été rendu public que le 8 février.

Les eurodéputés et ministres européens avaient ajourné la catégorisation des risques de changement d’affectation des sols indirect (risques CASI) lors de la conclusion de l’accord sur la directive sur les énergies renouvelables (RED II), une législation supplémentaire était donc nécessaire.

La catégorisation des cultures responsables de déforestation est essentielle ; classifier une matière première agricole comme ayant un risque CASI peu élevé lui permettra de ne pas se faire évincer progressivement du marché à l’instar des cultures à haut risque CASI.

Après examen de la Commission, l’huile de palme est le seul biocarburant classifié à haut risque CASI et sera donc peu à peu remplacée d’ici à 2030, en conformité avec les objectifs écologiques de l’exécutif européen. Basé sur des recherches scientifiques existantes ou nouvelles, cet examen a révélé qu’entre 2008 et 2015, 45 % des plantations de palmier à huile se trouvaient sur des zones riches en carbone. Selon une source de la Commission, ce chiffre serait « incomparable avec celui des autres matières premières ».

Le soja épargné

Selon cette même source de la Commission, la méthodologie explicitée dans l’acte délégué n’a pas permis de catégoriser le soja comme étant une culture à haut risque CASI.

Cette analyse repose sur des données récoltées par l’Institut des ressources mondiales (World Resource Institute, WRI) et sur une analyse de la déforestation liée aux biocarburants réalisée à l’aide de cartes satellites par le Consortium de durabilité de l’Université de l’Arkansas. Ces nouvelles recherches vont dans le même sens attendu et démontrent que l’expansion des cultures de soja sur des zones riches en carbone à fortement diminué.

L’examen final a révélé que l’expansion de la culture de soja vers des zones riches en carbone s’élevait à 8 %, un chiffre inférieur au seuil de 10 % établi par l’exécutif européen. Selon la même source, les biocarburants dont le seuil dépasserait 14 % ne permettraient aucune économie d’émissions. « La Commission a donc opté pour un seuil plus strict de 10 % pour minimiser les émissions de gaz à effet de serre dans la production et l’utilisation de biocarburants », a-t-elle déclaré, concluant que ces mesures contribueraient également à l’objectif de sauvegarde la biodiversité.

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Selon Laura Buffet, responsable des « biocarburants propres » à l’ONG Transport & Environment la décision de ne pas catégoriser le soja à haut risque CASI semble pour le moins arbitraire. « Comme l’a reconnu la Commission, l’expansion de la culture de soja est à l’origine d’une déforestation considérable et les biocarburants à base de soja sont en moyenne deux fois pire pour le climat que les carburants d’origine fossile », a-t-elle ajouté.

En 2017, les biocarburants produits au sein de l’UE étaient composés à 55 % d’huile de colza, 35 % d’huile de palme, 6 % d’huile de soja et 4 % d’huile de tournesol. Et leur utilisation est en hausse.

Moyens détournés

Si la culture du palmier à huile a été catégorisée comme la plus grande cause de déforestation, certaines exceptions ont été accordées aux petits producteurs disposant de moins de cinq hectares et dans les cas de cultures sur des terrains inutilisés, tels que les terrains abandonnés ou particulièrement dégradés. « Ces exceptions pour les petits producteurs ne reviennent pas juste à autoriser l’arrivée en douce de l’huile de palme en Europe, mais son importation sans gêne », a regretté Emmanuel Desplechin, secrétaire général de l’association Epure pour la production d’éthanol, ajoutant que cette exception montre que la Commission se moque en réalité de la directive REDII.

Selon le think-tank Farm Europe, le manque de crédibilité de l’audit catégorisant les cultures à bas risque CASI est bien plus inquiétant que la catégorisation du soja en elle-même. « Il est évident que la catégorisation des cultures à bas risque CASI est un moyen détourné de permettre l’utilisation des biocarburants à haut risque, à savoir l’huile de palme », a jugé Luc Vernet, secrétaire général du think-tank.

« La Commission retire d’une main ce qu’elle donne de l’autre », a renchéri Laura Buffet, pour qui l’exécutif « ne peut pas classifier les biocarburants à l’huile de palme comme non durables pour les laisser entrer par une autre voie aux mêmes niveaux de consommation tout en espérant que personne ne le remarque ». Selon elle, la Commission ne respecte pas le mandat des ministres et du Parlement.

L’exécutif européen prendra en compte les réactions jusqu’au 8 mars. Le Parlement et le Conseil ne peuvent pas amender la directive et peuvent uniquement la rejeter entièrement.

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