BP reconnait des erreurs dans ses prévisions sur les renouvelables

Le rythme auquel l’Inde et la Chine ont développé l’énergie solaire a surpris les analystes de BP selon l’économiste en chef de l’entreprise.

Lorsque BP a publié ses Perspectives énergétiques 2018 en février, le directeur général du groupe a souligné dans l’avant-propos du rapport qu’un thème central de l’édition de cette année était « la vitesse de la transition en cours ».

Lors d’un entretien avec Euractiv à Bruxelles, l’économiste en chef de BP, Spencer Dale, est allé plus loin en reconnaissant que l’entreprise avait fait une « erreur » dans son évaluation de la vitesse de la transition.

« Nous ne prétendons pas que l’erreur n’a pas été faite – nous avons fait cette erreur », a admis Spencer Dale, qui affirme que BP a finalement « revu à la hausse » ses prévisions de croissance des énergies renouvelables.

« Tout cela s’explique par le solaire », a souligné l’économiste, expliquant que la croissance impressionnante du solaire photovoltaïque dans le monde entier a suivi une « courbe d’apprentissage » typique où les coûts diminuent d’environ 25 % chaque fois que la capacité solaire double.

« Nous n’avons pas été surpris par l’inclinaison de cette courbe », a souligné Spencer Dale, mais plutôt par « l’état d’avancement de la courbe » au niveau mondial, en particulier en Chine et en Inde.

L’année dernière, la Chine a connu un « boom sans précédent » de l’énergie solaire, selon le rapport « Global Trends in Renewable Energy Investment 2018 » (tendances mondiales des investissements dans les énergies renouvelables) publié par le programme des Nations unies pour l’environnement et Bloomberg New Energy Finance en avril.

La Chine éclipse l’UE sur l’investissement dans le solaire en 2017

Le monde a financé plus d’énergie solaire que d’énergies fossiles. Si la Chine pèse pour plus de la moitié de la nouvelle capacité solaire mondiale, l’Europe est à la traîne.

BP surpris par le « rythme » de la transition énergétique en Chine

Pour BP, les chiffres surprenants « nous en disent moins sur l’énergie solaire et plus sur le rythme de la transition énergétique en Chine. Et le rythme auquel le pays a réduit sa part de charbon et comblé ce trou avec l’énergie solaire », explique Spencer Dale.

L' »erreur » est familière. Pendant des années, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et les grandes compagnies pétrolières telles que BP et ExxonMobil ont eu tendance à sous-estimer la croissance des énergies renouvelables dans leurs perspectives énergétiques annuelles.

La crédibilité de l'AIE mise en cause par des spécialistes du climat

Censée guider les États dans leurs efforts climatiques, l’ Agence internationale de l’énergie proposent des scénarios qui ne respectent pas l’Accord de Paris selon Oil Change international.

« Chaque année, BP prédit un ralentissement soudain de la croissance des énergies renouvelables et, chaque année, elle se trompe », commente Greg Muttitt de Oil Change International, une ONG de défense de l’environnement.

Les prévisions de croissance des énergies renouvelables les plus précises proviennent généralement de Greenpeace et d’autres ONG environnementales, soulignent les critiques. Et même celles-là semblent un peu conservatrices après coup.

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Mise à jour des projections de l’UE

À Bruxelles, la Commission européenne a récemment admis avoir été surprise par la chute rapide des coûts des énergies renouvelables, et a mis à jour ses propres projections sur la base de nouvelles données.

La divergence entre les prévisions en matière d’énergies renouvelables et la réalité peut être significative à un moment où les législateurs décident de la politique de l’UE en matière d’énergies renouvelables pour 2030.

La discussion à Bruxelles s’est principalement concentrée sur les objectifs, le Parlement européen préconisant un objectif plus ambitieux de 35 %, en hausse par rapport aux 27 % provisoirement convenus par les États membres.

« Pas une course aux énergies renouvelables »

Spencer Dale refuse de se laisser entraîner dans une discussion sur les objectifs, affirmant qu’il n’est pas qualifié pour porter des jugements sur la politique. « Quand on pense à la transition vers une économie à faible émission de carbone, on ne devrait pas envisager cela en termes de course aux énergies renouvelables », souligne-t-il.

« Ce n’est pas une course aux énergies renouvelables, c’est une course à la réduction des émissions de carbone. Et il existe de nombreuses façons de le faire », rappelle-t-il, faisant référence notamment à l’amélioration à grande échelle  de l’efficacité énergétique en Europe.

Il a également averti que l’investissement massif de la Chine dans l’énergie solaire pourrait s’arrêter à un moment donné, et « ne pas continuer au même rythme » chaque année.

BP tient également à souligner que ses scénarios « ne sont pas des prédictions », mais plutôt « une série d’hypothèses » qui aident les décideurs à mieux comprendre la nature de l’incertitude à laquelle ils sont confrontés. « Chacun de ces scénarios sera erroné – je le sais », a reconnu Spencer Dale.

Malgré ces mises en garde, Spencer Dale a déclaré que BP essayait de comprendre la source de l’erreur et que l’entreprise intégrera les chiffres mis à jour sur les énergies renouvelables dans ses prochaines perspectives énergétiques. « J’espère que nous saurons tirer les leçons de nos erreurs. »

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