Le Brexit pousse l’Irlande à diversifier ses sources énergétiques

Denis Naughten, ministre irlandais à l'Action climatique, à l'Énergie et à l'Environnement. [EU2016 SK/Flickr]

La forte dépendance de l’Irlande au Royaume-Uni en matière d’interconnexion gazière et électrique risque de poser problème une fois le pays sorti de l’UE.

« Toutes nos interconnexions de gaz et d’électricité nous relient au Royaume-Uni […] il serait irresponsable de notre part de ne pas explorer d’autres options », a déclaré Denis Naughten, ministre irlandais à l’Énergie, après une rencontre avec ses homologues à Bruxelles le 27 février.

« Il est important que nous soyons directement connectés à l’Union européenne et nous sommes bien décidés à nous assurer que cela se fasse », a-t-il ajouté, en référence à l’« interconnecteur celtique », prévu depuis longtemps entre l’Irlande et la France, mais qui devrait être réellement lancé grâce au Brexit. Après la sortie du Royaume-Uni de l’UE, l’Irlande se retrouverait en effet sans aucune interconnexion dans l’union.

La majorité des importations énergétiques irlandaises (88 %) proviennent du Royaume-Uni. Une tendance encore plus flagrante en ce qui concerne le gaz, dont 97 % est importé depuis la Grande-Bretagne. L’exploitation d’un gisement de gaz en Irlande devrait ramener ce pourcentage à 80 d’ici une dizaine d’années, mais cela reste peu, surtout que près de la moitié (40 %) de l’électricité est produite à partir du gaz.

Le Brexit a donc ressuscité des discussions sur de nouvelles infrastructures irlandaises qui permettraient de réceptionner des livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) d’autres régions du monde. « Le Brexit a remis [le GNL] au goût du jour, et nous examinons les possibilités à ce niveau également », a indiqué Denis Naughten.

L’investissement dans ces infrastructures proviendra probablement en partie de l’UE. Cette aide est rendue nécessaire par les règles budgétaires européennes, a-t-il précisé.

Un certain nombre d’autres ministres européens de l’Énergie se sont renseignés sur l’impact possible du Brexit sur leurs marchés. Ainsi, la Belgique, le Danemark, la France, les Pays-Bas et la Norvège, qui ne fait pas partie de l’UE, collaborent avec Londres en matière d’énergie.

« Naturellement, il y aura des inquiétudes, mais je pense qu’il existe une volonté de s’assurer que certaines zones, comme la mer du Nord, restent ouvertes à la libre-circulation », a-t-il ajouté.

Un réseau électrique en mer pourrait relier les éoliennes de 10 pays

La création d’un grand réseau électrique en mer, qui relierait les parcs éoliens de dix pays du Nord de l’Europe, pourrait rentrer dans le cadre de l’Union de l’énergie.

Union de l’énergie

Améliorer l’interconnexion entre les États membres est l’un des objectifs de la stratégie d’Union de l’énergie, censée réduire les importations d’énergie et lutter contre le changement climatique.

Interconnectés, les États membres pourraient plus facilement acheter et vendre de l’énergie entre eux, ainsi que faciliter la circulation de l’approvisionnement afin de pallier les pénuries. L’interconnectivité reste cependant peu performante.

>>Lire : L’Union de l’énergie vise une interconnexion de 10 % pour l’électricité

L’Irlande a une interconnexion directe avec le Royaume-Uni et partage un marché unique électrique avec l’Irlande du Nord. Un deuxième interconnecteur des réseaux électriques entre les deux Irlandes est actuellement à l’examen.

Selon le groupe de réflexion E3G, le Brexit a cependant déjà fait l’effet d’une douche froide sur l’investissement dans les interconnecteurs entre le Royaume-Uni et les autres États membres.

Le divorce imminent entre l’UE et Londres pourrait également voir ressurgir une vraie frontière, avec droits de douane, entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Une perspective très négative sur le commerce dans la région.

Gerry Adams juge inévitable le rétablissement des frontières en Irlande

L’établissement de postes de frontières entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande est inévitable, 12 ans après la disparition des postes militaires, prévient le chef de file du parti nationaliste irlandais Sinn Fein.

Denis Naughten estime cependant que l’incertitude n’affectera pas l’interconnecteur entre les deux Irlandes, qui sera financé par les consommateurs, ou  dans le cadre de l’interconnexion avec la France. Il rappelle par ailleurs que Theresa May ne souhaite pas supprimer le marché électrique partagé lors de la sortie du pays de l’UE.

Dublin ne croit pas au calendrier du Brexit

Le Premier ministre irlandais, Enda Kenny, peine à croire que la Première ministre britannique, Theresa May, déclenchera l’Article 50 lors du Conseil européen du 9 mars prochain,  date à laquelle elle s’est engagée à lancer la procédure légale pour quitter l’UE.

Contexte

Subscribe to our newsletters

Subscribe