Cañete défend une réduction modeste d’émissions de CO2 des voitures

Pour Miguel Arias Cañete, l'approvisionnement en énergie durable est essentiel pour les entreprises, les industries et les ménages. [© European Union 2018 - Source : EP / Christian CREUTZ]

Le commissaire en charge de l’action climatique réfute les accusations selon lesquelles Bruxelles a manqué d’ambition dans le plafonnement des émissions de CO2 des voitures. Il défend un compromis entre objectifs environnementaux, sociaux et industriels.

Le commissaire européen à l’environnement aimerait mettre en place un objectif intermédiaire de réduction des émissions des véhicules, pour 2030. Cela « assurera que l’investissement commence dès aujourd’hui », a-t-il déclaré aux eurodéputés de la commission parlementaire dédiée à l’environnement.

Les fabricants automobiles ont pour leur part écarté le projet de Miguel Arias Cañete, qui prévoit de réduire de 30 % les émissions de CO2 des voitures d’ici 2030, estimant le projet « trop agressif » et appelant les élus européens à « proposer des chiffres réalistes, tenant compte des réalités du marché ».

Erik Jonnaert, secrétaire général de l’Association européenne des constructeurs automobiles (ACEA), estime ainsi qu’« au moins la moitié » de ces réductions devraient venir des véhicules électriques, qu’il s’agisse de voitures à batteries, à pile à combustible ou d’hybrides rechargeables.

« Mais que se passera-t-il si les gens n’achètent pas ces voitures ? Nous ne pouvons pas les forcer », raisonne l’industriel lors d’un entretien accordé à Euractiv. Pour lui, les eurodéputés devraient « se pencher sur les facteurs influençant le comportement des consommateurs », tels que le prix, le coût des batteries et la construction des infrastructures de charge.

Manque d’infrastructure

La construction des infrastructures de la mobilité électrique reste une responsabilité des États membres. Or, le manque de cohérence entre les différentes initiatives en cours d’un pays à l’autre est déjà critiqué. Le sujet inquiète même la Commission, admet Miguel Arias Cañete.

« En ce qui concerne la mobilité électrique, mon inquiétude principale est l’absence d’infrastructures de charge et de volonté politique », a-t-il indiqué. Il assure cependant que la Commission ne manque pas d’ambition, précisant que l’exécutif avait envisagé soigneusement « tous les éléments dans la préparation de sa proposition », qu’ils soient environnementaux, sociaux ou commerciaux.

L’Union européenne dispose d’une importante industrie automobile, nous devons élaborer des véhicules zéro émission, nous devons développer les infrastructures, et nous devons dynamiser la construction de batteries dans l’Union européenne», a-t-il ajouté. « Et tout cela doit être fait simultanément et dans le respect de nos engagements de réductions des émissions de gaz à effet de serre dans le cadre de l’accord de Paris. »

Loin de n’être pas assez ambitieuse, « notre proposition instaure le bon équilibre », insiste-t-il, soulignant l’impact d’une transition des moteurs fossiles aux moteurs électriques pour l’emploi.

Nouveaux talents

« Nous devons assurer une transition en douceur vers des véhicules zéro émission tout en garantissant une bonne formation et en améliorant les compétences des travailleurs » du secteur automobile, fait remarquer le commissaire.

Les véhicules électriques ont moins de pièces détachées que les moteurs à combustion – environ 300 contre 1 300 pour les véhicules traditionnels, a souligné le commissaire espagnol, précisant que « la chaîne d’approvisionnement en subira les conséquences ». Cela inclut notamment le marché de la maintenance après-vente, secteur où le syndicat IndustriaALL s’attend aux pertes d’emplois les plus importantes, principalement parmi les PME.

« Il est certain que nous allons assister à une transition vers des véhicules à émissions zéro, mais cela doit se faire progressivement », a souligné le commissaire.

S’adressant aux eurodéputés après la réunion de la commission parlementaire, Miguel Arias Cañete a également déclaré que le temps était compté pour l’adoption de son projet de loi avant que le Parlement ne soit dissout avant les élections européennes de mai 2019.

Dans ce contexte, il a appelé les législateurs à éviter une discussion interminable sur les objectifs, en affirmant que l’objectif de 30 % fixé par la Commission pour 2030 était équilibré.

« À moins que le Parlement défende un objectif de 40 ou 50 %, je suis persuadé que nous pourrons le faire sous la présidence autrichienne en décembre », a déclaré le commissaire espagnol.

« Nous devons parvenir rapidement à une position commune sur cette question au Conseil. Les problèmes potentiels ne sont en effet pas insurmontables. Nous pouvons discuter du niveau [des objectifs] – 40% -, nous pouvons discuter du bonus-malus [pour les véhicules électriques], mais je pense que la structure est bonne », conclut-il.

Le bras-de-fer sur les émissions de voitures se poursuit à Bruxelles

Au Parlement européen, les socialistes se préparent à batailler pour un objectif de réduction de 40 % des émissions de CO2 des voitures et un changement radical des méthodes de calcul.

 

 

  • One Policy Place: View Meeting Summary of the ENVI Committee exchange of views with Commissioner Cañete.

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