La Chine lance le plus grand marché du carbone au monde

La Chine a lancé le plus grand marché du carbone au monde le 19 décembre, surpassant largement le marché d’échange de quotas d’émissions européen.

Le mécanisme chinois d’échanges d’émissions couvrira le secteur de la production d’énergie, qui représente 46 % des émissions de CO2 du pays. La Chine est le plus grand pollueur au monde. Elle émet un quart des émissions de gaz à effet de serre.

Selon le China Carbon Forum, les 1 700  premières installations couvertes par le marché chinois sont responsables de 3 500 mégatonnes de CO2 (soit 33,9 % des émissions totales de la Chine).

À titre de comparaison, le système d’échange de quotas d’émissions européen (ETS) couvrait en 2017 1939 mégatonnes de CO2 émis par les secteurs de production d’énergie et par l’industrie lourde. Le projet chinois est donc le double du marché européen en termes d’émissions, mais est toutefois beaucoup plus restreint que le projet initial.

En 2016, la Commission chinoise de réforme et de développement (NDRC) prévoyait d’étendre le marché à d’autres secteurs – pétrochimie, chimie, matériaux de construction, acier, métaux non-ferreux, fabrication du papier, centrales électriques et aviation – pour un total de 6 000 entreprises.

Les marchés du carbone mettent le cap à l'Est

Si les prix du carbone restent modestes, sa tarification gagne du terrain, notamment en Asie, qui sera d’ici un an le théâtre principal des marchés du carbone.

Quoi qu’il en soit, même un marché du carbone limité aura de grandes conséquences sur les prix du carbone. Les projets pilotes de marché du carbone en Chine, initiés dans un certain nombre de provinces en 2011, ont souffert d’un excès de délivrance de permis d’émission et d’une baisse de prix (en moyenne 4 € la tonne), tout comme le marché européen.

Selon Jiang Zhaoli, responsable adjoint du département sur le changement climatique à la NDRC, les prix doivent augmenter à 200/300 ¥ (entre 25 et 40 euros) pour encourager les entreprises à réduire leurs émissions – un niveau qu’il espère atteindre d’ici à 2020, quand le système sera pleinement opérationnel.

L’agence américaine pour l’environnement estime le coût social du carbone à 35 € – mais tous les systèmes d’échange de quotas d’émissions sont bien en deçà de ce prix.

Le Royaume-Uni a introduit un prix plancher de 18 € par tonne de CO2 pour les centrales électriques. Les opérateurs de ces centrales sont donc obligés de payer la différence entre le prix actuel dans le système d’échange européen et le prix plancher national aux autorités fiscales.

Le prix du carbone dans l’ETS européen, qui entrera dans sa troisième phase en 2020, fluctue depuis des années entre 5 et 8 € la tonne. C’est bien en dessous du niveau nécessaire pour déclencher des investissements de masse dans les technologies à faibles émissions de carbone.

Des propositions ont été faites, notamment de la part du président français Emmanuel Macron, pour la mise en place d’un prix plancher du carbone, autour de 25-30 €.

CO2 : pourquoi l’Allemagne craint le prix plancher

La transition énergétique pourrait distendre les liens forts que tentent de tisser Emmanuel Macron et Angela Merkel. Un article de notre partenaire, le JDLE.

Pourtant, l’idée risque de ne pas attirer beaucoup de monde en Europe, car cela empêcherait l’UE de lier son ETS à celui d’autres pays – chose déjà faite avec la Suisse, et bientôt avec la Californie.

Europe et Californie veulent relier leurs marchés carbone

L’UE et la Californie ont entamé des discussions qui pourraient mener à la création d’un marché du carbone commun. Celui-ci pourrait même inclure la Chine.

L’UE a salué les avancées de la Chine, surtout après que les États-Unis, second plus grand pollueur mondial, a complètement délaissé l’action pour le climat.

« Pendant que le gouvernement américain tourne le dos à la lutte contre le changement climatique, la Chine, l’UE et d’autres encore vont de l’avant », a déclaré le commissaire européen en charge du climat, Miguel Arias Cañete.

« Avec leurs marchés du carbone, deux acteurs internationaux, l’UE et la Chine s’engagent à réduire leurs émissions de manière rentable dans le cadre de l’accord de Paris. »

Le commissaire a également annoncé « une coopération renforcée » entre l’UE et la Chine sur les échanges d’émissions, et un projet potentiel de relier les deux marchés à l’avenir.

Le Conseil européen et le Parlement sont parvenus à un accord sur la troisième phase de marché européen ETS pour la période post-2020. L’accord a été vivement critiqué, car il accorde des permis gratuits de polluer aux pays lourdement dépendants du charbon et ne parvient pas à fixer un prix plancher.

En Pologne, la transition écologique passe par les centrales à charbon

L’UE offre plus de liberté à la Pologne pour subventionner la transition vers les énergies propres dans le cadre du mécanisme de quotas d’émissions (ETS). Les défenseurs de l’environnement s’alarment d’une décision qui risque de financer les centrales pendant encore plusieurs années.

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