Climat : le double discours de l’Union européenne

Malgré l’ambition climatique de sa présidente, l’Europe continue de vouloir investir dans les énergies fossiles. Un article de notre partenaire le Journal de l’environnement.

Les députés européens avaient un curieux choix à faire, mercredi 22 janvier. Dans la matinée, les membres de la commission Industrie, recherche et énergie (Itre) devaient se prononcer sur la liste des « projets communs d’intérêt communautaire ». Constitué cet automne par la Commission européenne et le Conseil, cet inventaire recense 151 projets éligibles aux fonds communautaires.

Dans le lot, on trouve de nombreuses interconnections électriques, des autoroutes électriques liant le continent à des parcs éoliens marins, des pipelines pour faciliter le stockage géologique du CO2 : la transition climatique en action.

La porte ouverte au gaz de schiste US

Curieusement, on trouve aussi 55 projets d’énergie fossile, dont de nombreux gazoducs et même quelques oléoducs. En ligne de mire des eurodéputés écologistes : Shannon LNG, un projet de terminal gazier irlandais, porte ouverte sur l’Europe aux exportations de gaz de schiste américain.

A l’heure où l’Europe se lance, avec son Pacte vert, sur la voie de la neutralité carbone, elle continue d’investir lourdement dans les énergies fossiles. Selon un recensement établi par le cabinet Artelys, les seuls projets gaziers représentent une capacité supplémentaire de 338 GW (+ 17% de capacité totale) et un coût voisin de 30 milliards d’euros, dont près de la moitié pourrait être financés par l’UE.

L’UE pourrait gaspiller 29 milliards d’euros dans des projets gaziers jugés « inutiles »

L’Europe n’a pas besoin de nouvelles infrastructures gazières pour garantir sa sécurité énergétique, affirme une étude. Malgré cela, des dizaines de milliards d’euros pourraient être attribués à des projets gaziers « superflus ».

Tout ou rien

Le 22 janvier, donc, la Commission Itre devait se prononcer sur ladite liste. «Nous n’avons pas la compétence juridique pour choisir les projets, nous ne pouvons que l’accepter ou la rejeter», regrette l’eurodéputée (EEVL, France) Marie Toussaint. Et pour le moment, c’est le plateau des fossiles qui fait pencher la balance: seuls 17 des 73 députés de la commission se sont opposés à la liste.

Celle-ci devra encore passer sous les fourches caudines du parlement européen en séance pleinière, dans la première quinzaine du mois de février. L’Europe peut encore alléger son bilan carbone.

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