Climat : le monde de l’énergie se réunit face au rebond de ses émissions

Au programme de ces dialogues centrés sur le secteur de l'énergie, le principal émetteur de CO2 : contribuer à "transformer en réalité les ambitions de neutralité carbone", affichées par de nombreux pays pour le milieu du siècle. [MAXIM SHIPENKOV]

En vue de la COP26 en fin d’année, le monde de l’énergie se réunit mercredi pour chercher les moyens de limiter ses émissions de gaz à effet de serre, dont un « très fort rebond » est à craindre cette année avec la reprise économique.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) et la présidence britannique de la conférence climat COP26 – prévue en novembre à Glasgow – organisent une réunion internationale à distance, baptisée « Sommet Net Zéro ».

Au programme de ces dialogues centrés sur le secteur de l’énergie, le principal émetteur de CO2 : contribuer à « transformer en réalité les ambitions de neutralité carbone », affichées par de nombreux pays pour le milieu du siècle.

Les responsables énergie et/ou climat d’une quarantaine de pays sont annoncés : l’émissaire américain John Kerry, le chinois Xie Zhenhua, le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans, ou le ministre indien de l’Energie Raj Kumar Singh.

De grands Etats émergents seront représentés, l’Indonésie, l’Afrique du Sud, le Brésil… mais aussi Australie, Italie, Japon, France ou Allemagne ainsi que des ONG, institutions internationales et entreprises.

L’enjeu est d’importance : après un coup de frein lié à la pandémie de Covid-19 – un recul inédit depuis la Seconde guerre mondiale – les émissions liées à l’énergie sont reparties, et leur bilan en décembre 2020 dépassait déjà celui de 2019.

Et déjà se profile une reprise économique pas si « verte », a alerté l’ONU début mars, malgré les promesses de nombreux gouvernements.

« Si les Etats ne mettent pas en place dès que possible des mesures en faveur des énergies propres, je ne serais pas surpris de voir un très fort rebond en 2021 : nous aurions alors raté l’occasion historique de faire de 2019 l’année du pic des émissions », a prévenu lundi devant la presse le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol.

20% de plans « verts »

« Le leitmotiv c’est coopération et coordination internationales, notamment en matière de technologies propres : c’est bien que les pays aient des engagements nationaux mais cela ne suffira pas pour atteindre les objectifs climatiques globaux », plaide-t-il.

L’économiste turc évoque un besoin de « transition profonde dans tous les secteurs où la demande énergétique est forte », et la nécessité d’ « identifier des moyens d’action à court terme » : « ce qui va se passer dans les dix ans sera critique ».

Ainsi dans les transports, secteur très émetteur avec l’industrie et la production d’électricité, qui connaît un boom des voitures électriques mais surtout des SUVs (respectivement 4% et 42% des ventes en 2020).

« Alors nous avons deux devoirs, et nous en discuterons mercredi », dit Fatih Birol : « trouver des incitations en faveur des moyens de transport propres, mais aussi des freins financiers aux plus polluants ».

Plusieurs dizaines de pays, représentant 70% des émissions mondiales, se sont engagés à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 (2060 pour la Chine), pour tenter de garder le monde sous un seuil déjà périlleux de +2°C de réchauffement par rapport à l’ère pré-industrielle.

D’ici la 26e conférence de l’ONU sur les changements climatiques (COP26), les Etats sont aussi appelés à présenter des plans nationaux de réduction d’émissions renforcés, généralement à horizon 2030, comme le prévoit l’accord de Paris.

A ce jour, environ 80 pays, dont les membres de l’UE et le Royaume-Uni, l’ont fait.

Les Etats-Unis, qui ont opéré leur retour dans l’accord climat en janvier après l’élection de Joe Biden, devraient présenter leurs engagements améliorés d’ici le 22 avril, date d’un sommet organisé par Washington pour la Journée de la Terre.

Et pourtant, seuls 20% des plans de relance post-Covid mis en place dans le monde sont à ce stade favorables à l’environnement, a pointé l’ONU.

Déjà, la consommation de charbon repart, tirée par l’Asie, après une chute de 4% l’an dernier. Le charbon reste aujourd’hui la première source mondiale de CO2.

Du côté du pétrole, la demande pourrait atteindre de nouveaux records dans les années à venir et, sans mesures audacieuses pour l’entraver, l’AIE ne voit pas de « pic » à l’horizon.

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