Les États membres reviennent sur l’objectif d’efficacité énergétique

Miguel Arias Cañete [European Council]

Les 28 ministres de l’Énergie se sont accordés sur la révision de deux directives clé de l’efficacité énergétique. La Commission européenne déplore une « réduction significative » de l’ambition initiale.

Durant une discussion marathon à Luxembourg, les ministres de l’Énergie des États membres se sont mis d’accord sur une stratégie pour la révision de deux directives sur l’efficacité énergétique. Ces textes sont considérés comme essentiels pour les accords de Paris.

Pour le commissaire à l’énergie et au climat, Miguel Arias Cañete, la négociation n’avait pas été facile et  le compromis n’est « pas à la hauteur des attentes de la Commission ».

Objectif contraignant

Les États membres sont notamment en désaccord sur le fait de rendre contraignant, ou non, l’objectif de 30 % d’efficacité énergétique. Un certain nombre de capitales trouvent qu’il devrait rester purement indicatif, et certaines voudraient même le faire descendre à 27 %.

Les 28 louvoient encore sur l'efficacité énergétique

Les États membres veulent réduire les objectifs d’efficacité énergétique de l’UE pour 2030. Un bras de fer est entamé au Parlement européen, où les élus plaident pour plus d’ambition.

La rencontre s’est clôturée sur un objectif à 30 %, mais non obligatoire. Cela représenterait une amélioration par rapport à l’objectif actuel de 20 %, mais ne rendrait toujours pas sa concrétisation contraignante.

WWF a récemment publié une infographie comparant l’impact d’un objectif à 30 % à celui d’un objectif à 40 %. Rien qu’en ce qui concerne les soins de santé, l’objectif à 30 % obligerait les États à débourser 40 milliards d’euros de plus, à cause de la pollution et de la perte de 4,4 millions d’emplois d’ici 2030.

Économies annuelles

La Commission a également proposé des économies d’énergie annuelles de 1,5 % pour les consommateurs finaux pour la période 2020-2030. Avant la rencontre, il semblait que cet objectif serait abaissé à 1,4 %. Les États ont cependant décidé de diviser la période l’échéance, conservant le 1,5 %, mais en ne l’appliquant que de 2020 à 2025.

L’obligation de réduction annuelle sera alors automatiquement baissée à 1 % jusqu’à 2030 si le bilan prévu pour 2024 confirme que l’UE est en bonne voie pour respecter ses objectifs énergétiques.

Miguel Arias Cañete a souligné que l’installation de points de recharge pour les voitures électriques était un chapitre particulièrement décevant de l’action des États dans le cadre de la directive sur la performance énergétique des bâtiments, autre texte législatif clé discuté par les représentants nationaux.

Le commissaire a indiqué que la proposition initiale de l’exécutif était de 3 millions de points de recharge intégrés aux bâtiments. Ce chiffre a été abaissé de 96 %, un allègement « considérable » des ambitions de la Commission.

Le secteur de l’électricité veut jouer un rôle clé dans la transition énergétique de l’UE

Les acteurs du solaire, de l’éolien, des piles à combustible, du cuivre et des pompes à chaleur lancent l’Alliance de l’électrification. Un nouveau lobby qui veut donner à l’électricité une place clé dans le processus de décarbonisation de l’Europe.

Mieux vaut un mauvais accord que pas d’accord ?

L’eurodéputé vert Claude Turmes a estimé que l’accord était « insuffisant », mais a félicité la France, l’Allemagne, le Luxembourg, la Suède et l’Irlande, « qui ont lutté » pour le texte proposé. Il s’est engagé à utiliser sa voix à la commission parlementaire de l’industrie pour « relever le niveau d’ambition ».

Le Royaume-Uni, la Pologne, la Bulgarie, la Hongrie, la Slovénie, la Slovaquie et la Roumanie ont pour leur part été pointées du doigt pour leur opposition à un accord ambitieux. Ils n’ont « même pas soutenu l’accord final, très dilué », déplore WWF.

Si Miguel Arias Cañete a été dérouté par la volonté du Conseil d’affaiblir certaines parties de la proposition initiale de la Commission, il a admis que « le pire scénario politique aurait été une absence d’approche générale ».

Il a ajouté espérer relever le niveau des objectifs lors des négociations avec le Parlement. La Commission attend donc la prochaine étape et espère que le trilogue pourra commencer durant la présidence estonienne.

Les nouveaux étiquetages approuvés

Lors de la première session de discussions, le Conseil a toutefois adopté rapidement un projet de modification des étiquetages indiquant la performance énergétique des appareils électroménagers. Le système actuel, de A+, A++, sera donc remplacé par un modèle plus simple, allant de A à G, afin d’aider les consommateurs à faire des choix informés. Une base de données publique sera également mise en place.

Les enquêtes auprès des consommateurs ont en effet révélé que si 85 % des Européens tiennent compte de la performance énergétique lors de l’achat d’un appareil électroménager, le système d’étiquetage est jugé difficile à comprendre.

En mars, Maroš Šefčovič, le commissaire à l’Union de l’énergie avait déclaré qu’il était « grand temps de mettre notre système d’étiquetage à jour ». Miguel Arias Cañete a pour sa part estimé que le nouveau classement pourrait se traduire par une économie de 500 euros par an pour les ménages ».

Le Bureau européen pour l’environnement, une coalition d’ONG de protection de l’environnement, s’est félicité de l’adoption du nouveau système, mais a averti que l’absence de date d’application pourrait poser problème.

« Si l’on considère la rapidité à laquelle la technologie progresse et les marchés se développent, les obligations adoptées aujourd’hui pourraient devenir obsolètes d’ici huit ans, voire moins », a souligné Stéphane Arditi, de l’organisation.

Les eurodéputés modernisent l'étiquetage énergétique des appareils ménagers

Les eurodéputés ont approuvé l’introduction de nouvelles étiquettes classant les appareils électroménagers selon leur efficacité énergétique.