Des projets solaires en Grèce menacés par le paquet énergie

Thessaloniki [Shutterstock]

Deux projets pionniers d’énergie solaire en Grèce sont menacés par les futures règles de l’UE sur l’autoconsommation d’énergies renouvelables. Greenpeace s’alarme.

L’installation photovoltaïque de Larissa est le second plus grand projet grec reposant sur un système appelé « comptabilisation virtuelle», qui permet de diffuser l’électricité renouvelable produite par un bâtiment à d’autres bâtiments de la même municipalité – même s’ils sont situés à des kilomètres.

Le premier projet était un système solaire d’une capacité de 10 kilowatts installé sur le toit d’une école dans le nord de la ville de Thessalonique. Grâce à la « comptabilisation virtuelle », l’électricité produite par ces cellules photovoltaïques peut être attribuée à une auberge de la municipalité, qui accueille des femmes et des enfants victimes de violence.

Pour ces installations, le gouvernement grec a dû élaborer une législation spécifique, soutenue par Greenpeace Grèce, et en coopération avec la ville de Thessalonique.

Ce modèle fait faire des économies non négligeables aux municipalités, qui utilisent les toits d’école pour produire de l’énergie solaire, et qui distribuent ensuite l’électricité à d’autres bâtiments municipaux ayant une consommation élevée en énergie, comme la mairie, les structures d’accueil, les cliniques et hôpitaux.

« La Grèce est le premier pays en Europe à utiliser ces innovations pour encourager la production d’énergie renouvelable et sa distribution », explique Greenpeace.

Mais selon l’ONG de défense de l’environnement, cela ne sera plus autorisé dans le cadre du projet de révision de la directive énergie renouvelable, qui définit actuellement l’autoconsommation d’énergie renouvelable comme « un système où l’électricité est produite là où elle est consommée ou vendue ».

La Commission européenne a défendu la production locale d’électricité dans son paquet Énergie propre, dévoilé en novembre 2016. « Les consommateurs et les communautés seront amenés à participer activement au marché de l’électricité et à produire leur propre électricité, la consommer ou la vendre sur le marché », avait déclaré l’exécutif à cette occasion.

L’UE peine à se donner les moyens d'une «électricité citoyenne»

Le « paquet hiver » dévoilé le 30 novembre par la Commission, a pour objectif de faciliter la production d’électricité locale et domestique. Bien des obstacles n’ont cependant pas été levés par l’exécutif.

Autoproduction d’énergie renouvelable

Un an après, reste toujours à savoir si cette promesse sera tenue. Même si elle soutient les projets énergétiques des communautés locales, la Commission n’a pas inclus de règles permettant la « comptabilisation virtuelle » dans son projet de révision de la directive. Et Berlin fait pression pour s’assurer que l’électricité produite à petite échelle à partir de sources renouvelables ne puisse être consommée que là où elle est produite, comme c’est le cas actuellement en Allemagne.

« La définition d’autoproduction d’énergie renouvelable doit être clarifiée pour éviter de discréditer tout le concept », prévient Berlin dans un document de travail sur la directive en question, envoyé au Conseil des ministres européen.

« La formulation actuelle permettrait un système de regroupement de grands consommateurs qui ne se situent même pas les uns à côté des autres », écrit l’Allemagne, avant d’ajouter que « cela modifierait l’adhésion du public à l’octroi d’exemption pour les petits consommateurs autosuffisants. »

Selon une source proche du dossier, Berlin ne cherche qu’à s’assurer que les coûts de la transition énergétique – l’Energiewende – continuent d’être couverts par le projet de révision de la directive sur les énergies renouvelables.

Les foyers allemands qui installent des panneaux solaires sur leurs toits ne paient actuellement pas de charges liées à la transition énergétique et la maintenance du réseau, explique la source. Voilà pourquoi le producteur d’énergie et le consommateur « doivent être le même » en Allemagne.

Berlin ne veut toutefois pas imposer ce modèle au reste de l’Europe, affirme la source qui rappelle que tous les pays devraient être libres de choisir comment financer leur infrastructure énergétique.

De son côté, le gouvernement grec défend les « compteurs virtuels » et les avantages qu’ils apportent aux municipalités. Greenpeace accuse même l’Allemagne d’essayer de discréditer les « compteurs virtuels » car « ce modèle menace les grandes entreprises d’énergie qui dominent actuellement la production d’électricité ».

Autoconsommation d’énergie renouvelable

Pour l’instant, le Conseil de l’UE semble suivre la position allemande. Une version modifiée de la directive sur les énergies renouvelables (RED II), définit l’autoconsommation d’énergie renouvelable comme « un système où l’électricité est produite là où elle est consommée ou vendue », une définition qui correspond parfaitement à la vision allemande.

La présidence estonienne de l’UE estime pour sa part que la Grèce ne devrait pas s’inquiéter pour les « compteurs virtuels » car cette pratique pourra perdurer dans le cadre de la nouvelle directive.

« Il est faux de prétendre que le système en question ne sera pas autorisé dans le cadre de RED II », insiste Annikky Lamp, porte-parole de la présidence estonienne. « Ni la présidence ni le texte discuté au Conseil ne prennent position sur la grande variété des systèmes mis en place par les États membres partout en Europe. »

Elle rappelle qu’un des objectifs de la présidence était d’éviter de créer un système trop lourd pour les programmes nationaux de soutien aux énergies renouvelables.

Lorsqu’elle a pris la tête de l’UE, l’Estonie a lié les discussions sur l’électricité à la politique numérique. Tallinn défend en effet l’utilisation des compteurs intelligents et des agrégateurs d’électricité, pouvant négocier au nom des consommateurs un meilleur arrangement avec les entreprises d’électricité.

L’Estonie mise sur la numérisation du marché de l’électricité

La présidence estonienne entend porter une attention « particulière » à la réorganisation du marché de l’électricité, envisagée comme faisant partie de l’enveloppe numérique.

Le mois dernier, les responsables politiques et les représentants de l’industrie ont signé une déclaration électronique sur l’énergie, dans le but de numériser encore davantage le marché de l’électricité.

Annikky Lamp estime toutefois que le système de « comptabilisation virtuelle  n’a rien à voir avec les outils numériques », car il est simplement connecté « virtuellement » à l’approvisionnement d’électricité en utilisant des méthodes de mesure virtuelle via le réseau électrique.

« Si dans ce processus, les droits des grossistes et des acteurs du marché ne sont pas violés, et que les consommateurs utilisant ces compteurs sont taxés de manière transparente pour les services du réseau, nous n’y voyons aucun inconvénient », conclut Annikky Lamp.

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