Compteur géant et «café énergie» luttent contre la précarité énergétique

Inauguration du compteur géant à Brest le jeudi 18 octobre. [@Damien Goret]

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’UE mise sur le développement durable à la bretonne.

La ville de Brest et les associations travaillent main dans la main pour lutter contre La précarité énergétique. Aide au bricolage, conseils pour économiser l’énergie et débats : les actions entreprises sont avant tout concrètes.

Dans l’atelier des Compagnons bâtisseurs, installé au cœur d’un quartier résidentiel, Fred Massé et ses collègues montent la structure d’un compteur électrique géant, qu’ils ont l’intention d’installer sur la place du quartier de Bellevue à Brest.

Le compteur en question doit permettre d’afficher les économies réalisées, tant au niveau économique qu’énergétique, depuis le début du projet CAN à Brest, en février 2016. 45 391 euros ont déjà  été économisés en eau, et 14 467 kg  d’émissions de CO2 évitées.

À l’origine du projet, CAN pour Climate Active Neighborhoods, lancé par la ville et des associations pour lutter contre la précarité énergétique, est financé à 60 % par le Fonds européen de développement régional.

« On avait déjà une politique de précarité énergétique, mais on voulait expérimenter des outils pratiques. On s’est donc demandés comment susciter l’intérêt sur ce sujet ,et comment les rendre acteurs du projet », explique Gladys Grelaud, responsable du projet CAN à Brest Métropole.

Pour les populations les plus précaires, payer le loyer et acheter à manger sont clairement prioritaires. Mais pour Gladys, l’énergie c’est l’affaire de tous. « Il y a des gens qui ne se chauffent pas, car ils n’ont pas les moyens. Être au RSA c’est souvent synonyme de précarité énergétique : les gens développent des stratégies pour se réchauffer, en gardant leur ordinateur sur les genoux, ou en laissant le four ouvert pour se chauffer » se désole-t-elle.

Devant l’atelier des Compagnons se trouve le Bricobus, qui stationne le jeudi matin, jour du marché, sur la place du quartier Bellevue, et pare au plus pressé du petit bricolage. « On nous appelle pour un robinet cassé, ou une fenêtre qui se ferme mal. Parfois c’est une fuite d’eau, mais il faut tout revoir dans l’appartement, et on y passe une journée et demie au lieu de deux heures », raconte Fred Massé.

Avec le Bricobus, les Compagnons bâtisseurs accompagnent les habitants pour la réalisation des petits travaux dans leurs logements en lien avec les économies d’énergie et d’eau.

Au travers de ces contacts, le réseau CAN diffuse des conseils d’économie d’énergie.

Visite à domicile

D’autres visites à domicile, dans quatre quartiers de Brest, sont prévues  pour expliquer les écogestes, donner du matériel économe, comme des multiprises, des pommeaux de douche, et des conseils. 100 à 200 visites sont faites par an dans les quartiers en difficulté par l’association Ener’gence. Des conseils qui se traduisent en moyenne par des économies de 138 euros par an pour l’eau,  et de 118 kilos d’équivalent CO2 pour l’électricité .

« On travaille étroitement avec les services sociaux, avec le tissu associatif pour faire remonter les situations », commente Gladys Grelaud, qui ajoute que pour les ménages précaires, les économies de CO2 ne sont pas la priorité, contrairement aux économies financières.

Projet ascendant

Le projet CAN s’appuie sur une approche ascendante : les idées émanent des citoyens, et les institutions donnent les moyens financiers de les réaliser. Beaucoup d’idées ont émergé des « cafés énergie », organisés dans le quartier de Bellevue d’octobre 2018 à mars 2019. Baptisés « Viens voir de quel bois je me chauffe » pour parler du chauffage, ou « café moisi » pour parler du l’humidité, ces rencontres ont un certain succès.

« Le 4 octobre dernier, on a débattu pendant trois heures avec une quinzaine d’habitants, qui ne voulaient plus partir », raconte Raffaele Viaggi, assistant sur le projet CAN. « L’énergie c’est positif, même pour un public en situation précaire. Les gens donnent leurs idées, ils se sentent utiles. »

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Partage d’expérience

Deux à trois fois par an, les responsables de projet CAN à Brest rencontrent leurs homologues dans les autres pays du Nord-Ouest européen – Belgique, Angleterre, Allemagne, Pays-Bas. La dernière réunion en date s’est déroulée à Plymouth les 25 et 26 septembre.

« Lors de la dernière rencontre, notre concept de balade thermique, qui consiste à observer les fuites d’énergie grâce à une caméra thermique à infrarouge a eu un énorme succès auprès des autres pays, et lors de la rencontre à Brest en juin, les Pays-Bas ont décidé de répliquer nos visites chez l’habitant», raconte Gladys Grelaud.

Balade thermique

Si l’objectif est le même, les approches par pays sont souvent différentes. Ainsi,  les Britanniques, qui ont été les premiers à définir la précarité énergétique, évaluent tout et insistent pour avoir un retour sur investissement. Selon eux, il y a précarité quand une personne dépense 10 % de son revenu dans l’énergie.

En France, l’approche est plus climatique, puisque la ville se concentre davantage sur la réduction des émissions de CO2. Si elles sont différentes, toutes ces actions ne pourraient exister sans l’Europe. À Brest, l’UE finance 330 000 euros sur les 550 000 euros du budget total.

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