Compteurs intelligents : les ambitions de l’UE ne répondent pas aux attentes

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ÉDITION SPÉCIALE / Le projet ambitieux de l’UE en faveur d’une pénétration du marché de 80 % pour les compteurs intelligents d’ici 2020 n’est pas à la hauteur des attentes. Un haut fonctionnaire pour l’énergie à la Commission européenne a reconnu que la pénétration du marché était toujours très lente, en particulier dans les nouveaux États membres, et que les investissements n’étaient vraiment pas suffisants.

Selon Jan Panek, le chef d'unité « marché intérieur » de la DG Énergie de la Commission, six milliards d'euros ont été investis jusqu'à présent dans 300 projets de compteur intelligent en Europe.

« Des investissements supplémentaires sont nécessaires : 50 milliards d'euros pour 250 millions de compteurs intelligents d'ici 2020 et 480 milliards d'euros pour mettre à jour le reste du réseau d'ici 2030 », a-t-il déclaré à l'assemblée lors de la Semaine européenne de l'énergie durable à Bruxelles.

« Tout dépendra de la rigueur et de l'ambition des États membres dans le déploiement de systèmes de compteurs intelligents », a-t-il expliqué.

Le troisième paquet énergie oblige les États membres à entreprendre une analyse coût-bénéfice du déploiement des compteurs intelligents et à soumettre les résultats à la Commission. Ce cadre règlementaire, entré en vigueur en septembre 2009, vise à promouvoir le marché intérieur du gaz et de l'électricité dans l'UE.

Même si les États membres devaient présenter leurs résultats avant septembre 2012, plusieurs d'entre eux ne l'ont pas encore fait, dont un pays « très important », a déclaré M. Panek, sans citer l'Allemagne. Il a toutefois indiqué que la Commission n'engagera pas de poursuites judiciaires afin d'obliger les retardataires à s'exécuter, car elle préfère maintenir un dialogue ouvert.

Quant à ceux qui ont déjà remis leur analyse coût-bénéfice, seuls deux tiers des États membres ont présenté de bons résultats pour l'industrie de l'électricité, contre un tiers seulement pour l'industrie du gaz, a expliqué le chef d'unité.

Le troisième paquet énergie ne comprend aucune obligation générale de déployer des compteurs intelligents, mais exige que ces appareils soient introduits où les conditions de marché sont favorables. Étant donné les résultats peu reluisants, il semble que les États membres doivent être encore convaincus par les compteurs intelligents, malgré les avantages évidents en matière d'efficacité énergétique des bâtiments.

« Sommes-nous sur la bonne voie ? Oui, nous le sommes, mais pas aussi rapidement que nous pourrions ou devrions l'être », a reconnu Jan Panek.

Faible utilisation en Europe centrale

Selon une mise à jour récente du Smart Grid Inventory Report 2012, il existe actuellement 281 projets de recherche et de développement relatifs aux compteurs intelligents dans l'UE et seulement 90 projets pilotes et déploiements sont réellement mis en place. La plupart des projets se situent dans l'Europe des 15 et l’utilisation des compteurs intelligents est beaucoup plus faible dans les nouveaux États membres.

La pénétration du marché dans l'UE est toujours très faible : seulement 15 à 18 % des ménages disposent de compteurs intelligents.

La plupart des investissements dans les compteurs intelligents dépendent des gestionnaires du réseau de distribution (GRD) qui gèrent ou soutiennent 116 des 281 projets de recherche et de développement. Ils sont responsables de 57 % des investissements dans des projets de marché, selon le rapport récemment mis à jour.

Il est généralement admis que les fournisseurs s'opposent aux mesures d'efficacité énergétique, dont le déploiement des compteurs intelligents. Certains affirment que les fournisseurs européens font pression contre des politiques telles que la directive sur l'efficacité énergétique (DEE) en raison de son incidence négative éventuelle sur leurs sources de revenus.

L'eurodéputé Vert Bas Eickhout assure que les fournisseurs doivent changer d'attitude et arrêter de faire pression s'ils veulent adhérer pleinement à l'efficacité énergétique.

« Nous avons besoin d'une attitude différente. Nous constatons qu'au Danemark, par exemple, le comportement des entreprises énergétiques a réellement changé. Elles sont passées de la vente d'énergie à celle de services énergétiques. L'un de ces services consiste bien sûr dans le soutien des personnes se situant dans des régions isolées […] Ces changements sont perceptibles dans certains pays, malheureusement dans de nombreux autres, vous constatez toujours que les fournisseurs sont des conservateurs qui disent : “nous voulons vendre de l'énergie”. Tant que leur attitude reste la même, ils feront toujours pression contre l'efficacité [énergétique] », a déclaré l'eurodéputé néerlandais à EURACTIV.

Un fonctionnaire de la Commission qui a préféré garder l'anonymat a déclaré à EURACTIV que même si certains fournisseurs ne voulaient pas changer de comportement et être confrontés à de nouvelles conditions de marché, d'autres adaptaient leurs pratiques commerciales et prenaient conscience des occasions offertes par l'efficacité énergétique.

Des économies d'énergie éventuelles

De manière plus générale, des avantages financiers importants pourraient découler du marché en pleine expansion des technologies liées à l'efficacité énergétique. Eurelectric, l'association qui représente le secteur européen de l'électricité a récemment publié une étude qui estime que ce marché rapporterait 30 milliards d'euros par an à l'économie de l'UE d'ici 2030.

« Nous sommes optimistes quant à l'efficacité énergétique et les occasions commerciales qu'elle entraîne grâce à l'électrification des transports, le chauffage et le refroidissement ainsi que les nouvelles offres de service de gestion de l'énergie », a déclaré Jesse Scott d'Eurelectric à EURACTIV.

Les fournisseurs avec qui EURACTIV s’est entretenu préfèrent toutefois que les gouvernements stimulent la demande au lieu d'imposer des restrictions règlementaires, comme c'est le cas avec la DEE, qui oblige les fournisseurs à réaliser des économies d'énergie de 1,5 % par an.

« L'efficacité énergétique a un rôle clé à jouer dans la réussite de la transition énergétique. Lors de la mise en œuvre de la directive, les États membres devraient suivre une approche axée sur le marché qui aide le client à gérer au mieux sa consommation d'énergie », a expliqué à EURACTIV un représentant du fournisseur allemand RWE.

Un représentant de l'entreprise énergétique néerlandaise Eneco a déclaré à EURACTIV qu'il considérait la DEE comme une occasion opportune, mais il a toutefois ajouté que le gouvernement devrait stimuler davantage la demande des consommateurs en faveur de l’efficacité énergétique.

« Nous appelons à la stimulation de la demande du marché, parce que c'est le goulot d'étranglement. Les mesures concrètes de soutien à la réalisation de l'objectif en matière d'efficacité [énergétique] pourraient comprendre des améliorations obligatoires de l'étiquetage, des audits énergétiques pour l'immobilier ainsi que des projets d'habitation et de bâtiments publics. La création d'un fonds national pour l'efficacité énergétique est également une mesure en faveur de la demande qui pourrait réduire les obstacles liés aux investissements et auxquels sont confrontés les consommateurs », a déclaré Eneco dans un communiqué.

Contexte

Les compteurs intelligents sont combinés à des systèmes de communication permettant aux utilisateurs de contrôler leur consommation d'électricité en temps réel.

Les directives sur le gaz et l'électricité du troisième paquet européen pour l'énergie, adopté en 2009, obligent les États membres à préparer un calendrier pour l'introduction de systèmes de mesure intelligents. La directive sur la performance énergétique des bâtiments adoptée la même année enjoint les États membres à développer des plans nationaux pour l'installation de compteurs intelligents.

Dans le cas de l'électricité, au moins 80 % des consommateurs devraient être équipés en compteurs intelligents d'ici 2020, à la suite d'une évaluation coûts-bénéfices.

>> Lire le LinksDossier d'EURACTIV : Compteurs intelligents : contrôler votre facture énergétique ? 

Prochaines étapes

  • Mi-2013 : la Commission devrait publier un rapport de référence sur les coûts et les bénéfices d'un déploiement à l'échelle européenne
  • D'ici 2020 : si l'analyse cout-bénéfice est positive, au moins 80 % des consommateurs seront équipés de systèmes de compteurs intelligents.

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