Connie Hedegaard réclame la fin du soutien aux énergies fossiles

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La commissaire en charge de l’Action pour le climat a demandé aux banques de développement de faire évoluer leur politique de prêt. L’objectif est de mettre fin au soutien des énergies fossiles. 

« Je me réjouis de voir trois institutions financières internationales, la Banque européenne d'investissement (BEI), la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et la Banque mondiale, se joindre à l'UE et à l'OCDE afin d'assumer un rôle prépondérant dans la fin du soutien aux énergies fossiles », a déclaré Connie Hedegaard dans l'avant-propos d'un rapport sur les politiques de prêts des banques dans les Balkans occidentaux, publié le 25 juin.

 

Même si les politiques des trois institutions visent à encourager des prêts en faveur d'énergies renouvelables et d'efficacité énergétique, dans la pratique, les projets, les centrales et les infrastructures liés à l'énergie fossile profitent toujours de leur largesse. Les projets de gaz naturel constituent la source principale de financement.

 

La BEI a investi 15 milliards d'euros dans des projets d'énergies fossiles entre 2007 et 2011, contre 14,8 milliards d'euros dans les sources renouvelables, selon des représentants. Ces derniers affirment que ces programmes permettent de réduire les émissions de CO2.

 

Les banques de développement ont investi des milliards d'euros dans des infrastructures énergétiques dans les Balkans occidentaux entre 2006 et 2012, selon le nouveau rapport de South East Europe Change Network (SEECN). Quelque 1,68 milliard d'euros étaient destinés aux énergies renouvelables non hydrauliques alors qu’un montant 32 fois plus élevé concernait les énergies fossiles.

 

Le rapport indique que les énergies fossiles représentaient 36 % de tous les prêts bancaires dans la région et près de la moitié des prêts du plus grand prêteur régional, la BERD. De manière plus générale, environ la moitié des 6,7 milliards d'euros annuels de prêts dans le secteur énergétique de la BERD est destinée aux énergies fossiles.

 

« Les prêteurs multilatéraux peuvent donner l'exemple en limitant les conditions de financement public du charbon, le combustible fossile le plus néfaste, et en préconisant une plus grande transparence dans la déclaration d'émissions », a indiqué la commissaire en charge de l'Action pour le climat.

 

Elle a également demandé aux banques d'accroître les dépenses dans les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique. Le rapport de SEECN révèle que seulement 17 % des prêts des banques dans les Balkans occidentaux sont actuellement destinés à des projets relatifs à l'efficacité énergétique.

 

Le rapport se penche sur l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, le Kosovo, la Macédoine, Monténégro et la Serbie.

 

Révision de la BERD

 

La BERD dévoilera dans le courant du mois un nouveau projet de politique de prêts dans le domaine de l'énergie. EURACTIV a cru comprendre qu'une version actuelle du texte donnait des critères plus précis de financements de centrales à combustible fossile, en particulier au charbon.

 

Aucune modification n'est attendue dans la politique actuelle sur le financement de la gestion des déchets nucléaires, le déclassement et les améliorations de la sûreté. Les défenseurs de l'environnement affirment toutefois que, dans la pratique, ces éléments peuvent prolonger dangereusement la vie des réacteurs de l'ère communiste.

 

Une source de la BERD a toutefois déclaré à EURACTIV que la révision de la banque serait « neutre » à propos du gaz de schiste.

 

« Nous ne sommes ni pour ni contre la technologie en elle-même », a indiqué cette source. « Si elle s'avère économiquement viable, si toutes les préoccupations environnementales sont correctement abordées, je ne pense pas que le financement posera problème. »

 

La BERD est axée vers le secteur privé et les gouvernements non membres de l'UE, tels que les États-Unis et le Japon, qui détiennent des parts importantes. La BEI doit au contraire agir en tant qu'« agent financier de l'Union européenne ». Elle a accès à un fonds beaucoup plus important de 14 milliards d'euros par an pour l'énergie.

 

Les projets de prêts de la BEI

 

Le projet de prêt de la BEI, annoncé le 24 juin, définit également de nouveaux critères qui reflètent les priorités de la banque : la croissance, la sécurité énergétique et le développement durable.

 

Ces critères ont suscité la colère des défenseurs de l'environnement. La BEI fixe des normes de performance en matière d'émissions de 550 grammes de CO2 par kilowattheure (g/kWh), contre 420 g/kWh introduits au Canada en août 2012.

 

Ces normes soutiennent difficilement la comparaison avec les nouvelles exigences américaines en matière de centrale nucléaire, présentées par le président Barack Obama le jour où la BEI a dévoilé son projet de politique.  La BEI pourrait octroyer un prêt en faveur des énergies fossiles si une centrale « contribue à la sécurité d'approvisionnement » au sein de l'UE, ou « à la réduction de la pauvreté et au développement économique » en dehors de l'Union.

 

Les propositions de règles de la BEI permettraient également de financer de nouvelles centrales au charbon et au gaz ainsi que des projets nucléaires et de gaz de schiste.

 

Berber Verpoest, le coordinateur de l'organisation qui surveille les activités de la BEI, Counter Balance, basée à Bruxelles, a parlé de « suppression des investissements dans l'énergie durable dont nous avons besoin et [de] grande déception pour quiconque espère que l'UE souhaite jouer un rôle prépondérant dans la lutte contre le changement climatique ».

L’UE s’est dotée de l’objectif contraignant de réduire ses émissions de dioxyde de carbone de 20 % d'ici 2020 par rapport aux niveaux de 1990 et d'augmenter d’autant la part d'énergies renouvelables dans son bouquet énergétique.

 

L’objectif d’une augmentation de 20 % en termes d'efficacité énergétique a également été défini, mais il n'est pas juridiquement contraignant.

 

La feuille de route de l'UE pour une économie à faible intensité de carbone va plus loin et fixe un objectif contraignant de réductions des émissions de CO2 de 80 à 95 % d'ici 2050 par rapport aux niveaux de 1990.

  • Été 2013 : la BERD dévoilera la révision de la politique de prêt
  • Été 2013 : la BEI approuvera la révision de la politique de prêt

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