Des militants pro-nucléaires allemands en manifestation à Berlin

Des manifestants pro-nucléaire à Berlin, ce samedi (13 novembre). [Nikolaus J. Kurmayer]

Alors que l’Allemagne s’apprête à fermer ses six derniers réacteurs en 2022, un groupe de militants pronucléaires s’est réuni à Berlin ce week-end dans l’espoir d’inverser la décision. Ce type de manifestation est plutôt rare dans le pays. De leur côté, les opérateurs des centrales se méfient d’un autre changement brusque de politique.

En 2010, le gouvernement dirigé par Mme Merkel avait décidé de prolonger l’exploitation des centrales nucléaires allemandes jusqu’en 2024 pour les plus récentes d’entre elles. Cependant, la catastrophe de Fukushima de 2011 avait changé la donne, et il avait dès lors été décidé d’accélérer la sortie du pays du nucléaire.

Trois des six derniers réacteurs nucléaires allemands devaient être fermés en 2021, les trois autres devant suivre en 2022.

Mais il se pourrait bien que les Allemands soient en train de changer d’avis. Un sondage représentatif réalisé par Verivox, un comparateur de prix, a montré que « près d’une personne sur trois (31 %) continuerait avec l’énergie nucléaire dans le but de bénéficier d’une électricité moins chère ». Il s’agit là d’une augmentation par rapport aux 20 % enregistrés en 2018.

Des nouvelles comme celles-ci enhardissent le mouvement pro-nucléaire en Allemagne, qui se fait de plus en plus entendre.

Lors d’un rassemblement organisé à Berlin ce samedi (13 novembre), Björn Peters, un militant pro-nucléaire, a indiqué aux participants que « 56 % des Allemands sont pour le nucléaire, seuls 34 % des Allemands sont contre ».

Svenja Schulze, ministre allemande de l’Environnement par intérim, « a formé une alliance avec des nains en Europe, à savoir le Danemark, l’Autriche, le Luxembourg et le Portugal, et ce dans le but d’aller à l’encontre des grands pays d’Europe » et de s’opposer à l’inclusion de l’énergie nucléaire dans la taxonomie financière durable de l’UE, a-t-il déploré.

« Nous avons besoin que Svenja Schulze se retire », a-t-il alors affirmé, tandis que la foule scandait « retire-toi, retire-toi ».

La semaine dernière, Mme Schulze et ses homologues de quatre autres pays de l’Union ont annoncé qu’ils s’opposeraient à l’inclusion de l’énergie nucléaire dans la taxonomie financière durable de l’UE, un ensemble de règles visant à fournir aux investisseurs une définition commune de ce qui est durable et de ce qui ne l’est pas. Cette taxonomie a pour but de canaliser davantage de capitaux vers les entreprises durables.

COP26 : cinq États membres de l'UE s'allient contre le nucléaire

Face aux pressions exercées par la France pour relancer l’énergie nucléaire en Europe, un groupe de cinq États membres de l’UE, dirigé par l’Allemagne, s’est allié pour demander à la Commission européenne d’exclure le nucléaire de la taxonomie européenne pour une finance durable.

En politique, pas de place pour le nucléaire

Le mois dernier, un groupe de 25 intellectuels avait exhorté l’Allemagne à maintenir ses réacteurs nucléaires en service, prévenant que l’abandon de l’énergie atomique ne ferait qu’augmenter les émissions de carbone du pays, et ce en pleine crise climatique.

Cependant, les politiques ne semblent pas réceptifs à cette idée, a confié M. Peters à EURACTIV.

Même le parti libéral FDP, pourtant favorable aux entreprises, est contre le nucléaire, s’écartant ainsi de sa position traditionnellement neutre en matière de technologies énergétiques. Maintenir les réacteurs nucléaires en activité « ne serait ni rentable ni réaliste en 2021 », a déclaré le chef du FDP, Christian Lindner, dans un entretien au quotidien allemand FAZ.

« Je porte un regard critique sur l’énergie nucléaire en termes de politique de régulation, car c’est une source d’énergie qui ne peut pas être assurée sur le marché, ce qui rend les États responsables en cas d’incident », a-t-il déclaré. Le FDP négocie actuellement une coalition dite de « feu tricolore » à Berlin après les élections de septembre.

L’énergie nucléaire est depuis longtemps un sujet de controverse en Allemagne. En effet, en 1975 déjà, des manifestations avaient bloqué la construction de nouvelles centrales. Ce mouvement avait contribué à la fondation du parti des Verts, qui entretient des liens étroits avec les militants anti-nucléaires. Les Verts sont actuellement engagés dans des négociations de coalition aux côtés des libéraux.

Une différence majeure entre défenseurs du climat et partisans de l’énergie nucléaire a également pu être observée lors de cette manifestation à Berlin. En effet, alors que les grèves pour le climat organisées par le mouvement « Fridays for Future » attirent régulièrement des foules de près de 100 000 personnes, la « deuxième plus grande manifestation » pro-nucléaire n’a rassemblé que 150 personnes.

Environ 150 militants pro-nucléaires réunis le 13 novembre à Berlin. Photo : Nikolaus J. Kurmayer

Mais alors que ces militants cherchent à maintenir les réacteurs en activité, les opérateurs des centrales ont depuis longtemps fait leur deuil.

« Vouloir lancer le débat afin de savoir si les centrales nucléaires apportent une contribution importante à la protection du climat peu de temps avant leur fermeture en Allemagne est déconcertant », a déclaré Leonhard Birnbaum, PDG du fournisseur E.ON, au journal allemand Handelsblatt. « Cela arrive bien trop tard et ne sera d’aucune utilité à qui que ce soit », a-t-il ajouté.

« La sortie progressive du nucléaire a été décidée par consensus politique et social en 2011 et est clairement réglementée par la loi », a expliqué Georg Stamatelopoulos, responsable de l’infrastructure de production durable chez EnBW, la troisième compagnie d’électricité en Allemagne. « L’utilisation de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité touche donc à sa fin en Allemagne. »

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