La faible motivation des citoyens entrave la rénovation énergétique

75% des habitations européennes ne sont pas efficaces du point de vue énergétique. [William Murphy/Flickr]

La méfiance vis-à-vis du secteur de la construction risque d’entraver les plans de rénovation soutenus par l’UE.

En vertu de l’Union de l’énergie, l’UE cherche à réduire sa dépendance aux importations et à lutter contre le changement climatique. La Commission européenne a identifié deux priorités, à savoir l’efficacité énergétique et la rénovation des habitations les plus énergivores d’Europe.

La Commission soutient qu’une augmentation annuelle du taux de rénovation de seulement 1 % au sein de l’UE serait cruciale pour réduire les émissions et les importations. Toujours d’après l’exécutif européen, cela permettrait en outre d’améliorer les conditions de santé et de confort des citoyens, tout en donnant un coup de pouce plus que nécessaire à l’économie européenne par la création d’emplois dans le secteur de la construction.

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D’après Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission à la tête de l’Union de l’énergie, le chauffage et la climatisation représentent à eux seuls 40 % de la consommation d’énergie en Europe. Et les deux tiers du parc immobilier européen ont été construits avant l’adoption des normes énergétiques aujourd’hui en vigueur.

« Il s’agit de moderniser et de dynamiser l’Europe, notre objectif principal est de faire de l’Europe le meilleur endroit au monde où habiter », a déclaré le président au cours d’une conférence sur la stratégie énergétique européenne, à Bruxelles.

En novembre 2016, des représentants de l’UE ont rendu public un plan d’action prônant une « énergie propre pour tous les Européens », qui apporte notamment des modifications à la directive sur l’efficacité énergétique et à la directive sur la performance énergétique des bâtiments.

Néanmoins, le directeur général de l’Institut européen de la performance énergétique (BPIE), Oliver Rapf, a rappelé au cours du débat à quel point la méfiance vis-à-vis des professionnels du secteur de la construction pouvait entraver tout progrès. « Il est clair que les progrès nécessaires ne sont pas réalisés », a-t-il regretté au sujet des besoins des Européens vivant dans des habitations inefficaces du point de vue énergétique.

D’après Pascal Eveillard, président de l’association des fabricants européens de matériaux d’isolation (Eurima), persuader les citoyens de rénover leurs maisons ou leurs immeubles ne peut fonctionner qu’en les ciblant en fonction de leur statut économique. « S’il est vrai que certaines personnes n’ont pas les moyens d’entreprendre des rénovations, d’autres ont un peu d’argent et sont prêtes à dépenser pour refaire leurs cuisines ou leurs salles de bain. Il s’agit donc de cibler le bon public », a-t-il ajouté.

« Nous ne faisons pas office de maillon faible en proposant des produits d’isolation ou des rénovations de qualité », a déclaré Riccardo Viaggi, le secrétaire général de la confédération générale des constructeurs européens. « Nous créons des marchés porteurs; les gens veulent une belle cuisine, mais n’ont pas 20 000 euros en poche pour la rénover, nous devons donc changer cette situation et leur donner les ressources financières nécessaires. »

« On ne peut pas dire que la rénovation soit une chose facile: elle implique de nombreuses ressources technologiques, beaucoup de personnel et un nombre important de décisions à prendre », a fait savoir Brian Motherway, responsable de la division efficacité énergétique auprès de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Pour Adrian Joyce, secrétaire général de l’Alliance européenne des entreprises pour l’efficacité énergétique dans les bâtiments (EuroACE), obliger les propriétaires à agir dans certains cas, par exemple lors de la mise en location d’une habitation, permettrait d’encourager les rénovations. Si ces mesures sont soutenues par des instruments financiers bien pensés, elles donneront aux propriétaires la possibilité d’entreprendre leurs rénovations dans de bonnes conditions.

« Une bonne manière de motiver les citoyens est de leur montrer où commencer avec des investissements peu coûteux qui les feront rapidement économiser. Dans un premier temps, ils peuvent notamment se lancer dans l’optimisation de leur système de chauffage », a conseillé Susanne Tull, chargée des affaires publiques européennes chez Danfoss.

« Le concours ‘Better Homes’ au Danemark est une illustration parfaite de ce genre d’initiatives », a-t-elle ajouté. « Dans ce projet, un spécialiste analyse les habitations et fait des propositions sur la meilleure manière de les rénover en fonction des besoins des habitants. Si nous simplifions la modernisation, nous serons en mesure de relancer le marché de la rénovation immédiatement. »

Jernej Vernik, représentant du fabricant Velux auprès de l’UE, a souligné l’importance « de placer l’objectif d’une efficacité énergétique ‘pure’ sur un pied d’égalité avec le confort intérieur et le bien-être chez soi ».

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Emplois

D’après Maroš Šefčovič, la mise aux normes énergétiques d’habitations pourrait créer 900 000 emplois.

L’UE ne respectera cependant les engagements pris lors de la signature du traité de Paris sur le changement climatique qu’en éliminant les industries à haute intensité de carbone, telles que les centrales électriques à charbon. Et si Maroš Šefčovič s’est empressé de préciser que « tout sera fait pour s’assurer que personne ne se sente abandonné », nul ne sait si le boom des rénovations sera suffisant pour compenser les pertes d’emplois dans ces secteurs.

Selon le commissaire, les programmes scolaires devraient être adaptés pour donner aux futurs travailleurs les compétences requises afin de réussir dans des métiers « propres ».

À l’horizon 2030, l’UE prévoit d’accroître son efficacité énergétique de 30 % par rapport aux niveaux de 1990. Le Parlement européen n’a toutefois pas validé cet objectif, exigeant qu’il soit augmenté à 40 %. Les États membres avaient auparavant plaidé pour un objectif de 27 %. Le Conseil et le Parlement doivent se mettre d’accord sur le contenu exact du texte avant que celui-ci ne puisse devenir une loi.

« Je ne suis pas inquiet du tout, en 2030 nous franchirons ensemble la ligne d’arrivée », a affirmé Bendt Bendsten, l’eurodéputé en charge de la directive sur la performance énergétique des bâtiments.

D’après le représentant permanent adjoint de Malte et actuel président du Conseil de l’UE, Neil Kerr, la législation qui imposera les nouvelles normes en matière d’efficacité énergétique des habitations devra être mûrement réfléchie.

« Nous devons nous assurer que les États membres ne se précipitent pas, car cela pourrait avoir des conséquences négatives sur la qualité de leur législation », a-t-il reconnu. « Nous essaierons de nous impliquer autant que possible avec le Parlement européen. »

Le Conseil veut aboutir à une orientation générale concernant les deux directives avant la fin de la présidence maltaise en juillet. C’est sur cette base que débuteront les négociations avec le Parlement.

Bendt Bendsten ne s’est pas montré préoccupé quant à la capacité de l’Europe d’atteindre les objectifs présentés par l’Union de l’énergie. Il a ajouté que ceux-ci pouvaient même être satisfaits plus rapidement que prévu, « à condition d’utiliser les outils à notre disposition ».

Un de ces outils est justement la directive sur la performance énergétique des bâtiments. « Je suis un fervent défenseur de l’énergie verte. Celle-ci doit être au cœur de la directive. Nous devons obtenir davantage de fonds de la part d’acteurs privés. La rénovation énergétique peut créer de nouveaux emplois, alors agissons rapidement », a-t-il conclu.

>> Lire : La rénovation des bâtiments au cœur du débat sur les objectifs d’efficacité énergétique

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