Donald Tusk considère Nord Stream 2 comme la «  plus grosse erreur  » d’Angela Merkel

M. Tusk a évoqué le projet gazier du point de vue de l’Union européenne plutôt que de l’intérêt national polonais lors d'une conférence sur l'avenir de l'Europe à Gdańsk. EPA-EFE/ADAM WARZAWA POLAND OUT [EPA-EFE/ADAM WARZAWA]

Donald Tusk, l’ancien président du Conseil européen et leader du Parti populaire européen (PPE), a critiqué la décision du gouvernement allemand sortant concernant le gazoduc Nord Stream 2 reliant l’Allemagne à la Russie.

«  Angela Merkel était impuissante face au pouvoir de lobbying des hommes d’affaires allemands  », a déclaré M. Tusk dimanche 28 novembre. Selon lui, «  Nord Stream 2 a été la plus grande erreur  » de la chancelière allemande sortante.

Nord Stream 2 est un gazoduc reliant directement la Russie à l’Allemagne sous la mer Baltique. L’objectif du projet est de contourner l’Ukraine en tant que pays de transit.

M. Tusk a évoqué le projet gazier du point de vue de l’Union européenne plutôt que de l’intérêt national polonais lors d’une conférence sur l’avenir de l’Europe à Gdańsk.

«  Du point de vue des intérêts de l’Union européenne, le Nord Stream 2 est un mauvais projet  », a-t-il déclaré.

Utiliser publiquement un langage critique à l’encontre du gouvernement sortant dirigé par la CDU/CSU n’est pas typique de M. Tusk. Pendant des années, Mme Merkel a été la dirigeante la plus influente du PPE et l’élection de M. Tusk à la présidence du Conseil européen en 2014 ainsi que celle à la direction du PPE en 2019 n’aurait pas été possible sans le soutien de Mme Merkel.

À Gdańsk, M. Tusk a déclaré que Mme Merkel était «  impuissante  » face aux intérêts du lobby économique allemand.

«  Elle l’a admis au cours de l’une de nos conversations  », a-t-il déclaré.

Stratégiquement, la volonté de l’Allemagne de poursuivre la coopération énergétique avec la Russie est un problème, «  et l’une des plus grandes erreurs de Mme Merkel  », selon M. Tusk.

L’ancien Premier ministre polonais ne dirige pas seulement les travaux du PPE, dont il se prépare à démissionner l’année prochaine. Il est récemment rentré en Pologne pour diriger le plus grand parti d’opposition, la Plateforme civique (Platforma Obywatelska, PO) membre du PPE.

Alors qu’il défie le parti Droit et Justice (Prawo i Sprawiedliwość, PiS) au pouvoir en Pologne, M. Tusk s’est efforcé d’être plus crédible que le gouvernement dans la critique de la politique de Mme Merkel concernant l’approvisionnement en gaz russe.

«  J’ai tout fait pour que l’Union européenne soit indépendante des approvisionnements en gaz russe. Par exemple, en créant l’Union de l’Énergie, qui est un mécanisme d’achats communs de gaz  ».

L’Union de l’Énergie est un projet de la Commission européenne visant à transformer l’approvisionnement énergétique européen. Elle a été lancée en février 2015 à l’initiative de Donald Tusk, alors Premier ministre de la Pologne, dans le but de fournir une énergie sûre, durable, compétitive et abordable aux pays de l’UE en Europe centrale et orientale.

Règlements de comptes

Il a également nommé publiquement les États membres qui n’étaient pas intéressés «  à créer une opposition commune contre la construction du Nord Stream 2 » au Conseil européen : les Pays-Bas, l’Autriche et la Hongrie. La République tchèque a également souligné sa neutralité dans le conflit, a déclaré M. Tusk.

Les critiques à l’encontre de Nord Stream 2 s’intensifient également aux États-Unis, où de nouvelles sanctions pourraient être décidées contre le projet de gazoduc. Au début du mois de novembre, le sénateur républicain Jim Risch, membre principal de la commission des relations extérieures, a déclaré que le Congrès «  continuera à faire pression en faveur d’une législation qui protège nos alliés et nos intérêts en Europe, tout en contrant les projets d’influence malveillants du Kremlin  ».

Nord Stream 2 : "Les Américains piétinent la souveraineté européenne"

Nouveau coup dur dans une longue série de controverses. Avec leur budget de la défense pour 2021, les États-Unis resserrent (encore) la vis sur Nord Stream 2. L’ingérence américaine suscite peu de réactions en Europe bien que l’avenir du projet de gazoduc soit une fois de plus plongée dans l’incertitude.

Les critiques se multiplient également au sein de l’Union européenne, notamment en Allemagne, où une nouvelle coalition de centre-gauche est sur le point de prendre la tête du gouvernement d’Angela Merkel.

« Nord Stream 2 est devenu une valise sans poignée : difficile à abandonner, difficile à emporter », écrivaient au début de l’année Jonathan Hackenbroich et Kadri Liikl du bureau berlinois du Conseil européen des relations étrangères (ECFR).

Stefan Meister, du think tank allemand DGAP, a averti que «  Berlin soutient un projet qui va nuire à sa crédibilité  », tandis que Daniel Gros, du CEPS à Bruxelles, a soutenu la même thèse : «  Le gouvernement allemand devrait donc cesser de défendre ce projet et l’Europe devrait créer sa propre réserve stratégique supplémentaire de gaz. Tout le monde pourra alors oublier ce gazoduc au fond de la mer Baltique  ».

Ces derniers jours, l’agence de réseau allemande Bundesnetzagentur a pris la décision de suspendre temporairement le processus de certification de Nord Stream 2.

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